Le doc­teur Do­vy exerce en­core à 85 ans au Puy-en-Ve­lay

On ne se connais­sait pas. Et pour­tant, dès le pre­mier contact, il a eu cette gen­tillesse, cette sim­pli­ci­té, cette com­pli­ci­té presque : « Com­ment al­lez-vous ? Vous avez bien com­men­cé l’an­née ? »

La Montagne (Haute-Loire) - - La Une - Cé­dric De­dieu ce­dric.de­dieu@cen­tre­france.com

Da­mien Do­vy a cette voix cha­leu­reuse et cet ac­cent rieur qui vous met tout de suite en confiance. Et il lui en a fal­lu – de la confiance en lui et de la part de ses pa­tients – pour exer­cer son mé­tier avec pas­sion pen­dant plus de 50 ans.

Da­mien Do­vy est doc­teur spé­cia­li­sé en gy­né­co­lo­gie et obs­té­trique. Il a 85 ans. Il exerce tou­jours, deux de­mi­jour­nées par se­maine à la cli­nique Bon Se­cours.

De Co­to­nou à Lyon en pas­sant par Da­kar et Di­jon, son par­cours de for­ma­tion – au­tant que sa car­rière pro­fes­sion­nelle – pour­rait être éle­vé au rang d’exemples pour les fu­turs pra­ti­ciens, hos­pi­ta­liers ou non.

Mais ce qui nous in­té­resse, sur­tout, c’est son lien avec la Haute­Loire. Une his­toire de pas­sion et de ren­contres dé­bu­tée en 1964.

Alors en for­ma­tion de gy­né­co­logue­ac­cou­cheur à Lyon, il ef­fec­tue à cette époque le rem­pla­ce­ment d’un confrère gé­né­ra­liste à Ro­sières : « C’était le 4 jan­vier, je m’en sou­viens très bien. Il y avait une mon­tagne de neige. »

Une épouse sage-femme

Pen­dant ce sé­jour de trois mois et de­mi, il fait la connais­sance de plu­sieurs confrères gé­né­ra­listes qu’il rem­place ponc­tuel­le­ment par la suite.

C’est l’un d’eux qui lui sug­gère de ve­nir s’ins­tal­ler au Puy. Le 10 dé­cembre 1967, il se­ra le pre­mier gy­né­co­logue di­plô­mé de la ville, exer­çant au nu­mé­ro 3 de la rue Bu­rel. « Ce fut un peu stres­sant au dé­part, mais après 4 ou 5 mois d’ac­ti­vi­té, je pou­vais payer mon loyer… C’est nor­mal, je ve­nais d’ar­ri­ver et les gens n’avaient pas l’ha­bi­tude d’al­ler voir un gy­né­co. »

Pour­quoi cette spé­cia­li­sa­tion en gy­né­co ? Par pas­sion. Et par amour aus­si : « Au dé­but de mes études de mé­de­cine, je ne sa­vais pas ce que j’al­lais faire. Mon épouse était sage­femme. Pen­dant nos stages obli­ga­toires, j’ai vu des ac­cou­che­ments. Ça m’a plu. C’est ce qui m’a dé­ci­dé à en­trer en obs­té­trique. Mon pre­mier di­plôme est ce­lui d’ac­cou­cheur comme on di­sait à l’époque. Et pour être com­plet, j’ai pour­sui­vi en de­ve­nant gy­né­co­logue mé­di­cal. Les deux dis­ci­plines se com­plètent. »

En 1968, le doc­teur Do­vy est re­con­nu par le Conseil de l’Ordre des Mé­de­cins comme com­pé­tent exclusif en gy­né­co­obs­té­trique. N’ayant au­cune pos­si­bi­li­té de pra­ti­quer des ac­cou­che­ments rue Bu­rel, il équipe la cli­nique de Ro­sières de tout le ma­té­riel adé­quat : ac­qui­si­tion d’un ap­pa­reil de mo­ni­to­ring obs­té­tri­cal, ins­tal­la­tion d’une salle de ré­ani­ma­tion néo­na­tale avec table chauf­fante équi­pée d’un sys­tème d’as­pi­ra­tion, achat d’une cou­veuse, etc. Une bonne par­tie des ac­cou­che­ments des Po­notes se fait alors à Ro­sières, ce qui pousse l’hô­pi­tal du Puy à in­ves­tir…

Da­mien Do­vy exerce rue Bu­rel jus­qu’au 31 dé­cembre 2001. Il prend sa re­traite à 69 ans, mais s’en­nuie très ra­pi­de­ment et amorce des dé­marches pour don­ner des consul­ta­tions gra­tuites au­près des plus dé­mu­nis. Mais entre­temps, la pé­nu­rie de mé­de­cins s’ac­cen­tuant, le Gou­ver­ne­ment pro­pose aux pra­ti­ciens à la re­traite de re­prendre une ac­ti­vi­té : « Quand j’ai ap­pris cette dé­ci­sion, inu­tile de vous dire que je ne me suis pas fait prier et j’ai re­pris mes ac­ti­vi­tés en juillet 2004, après 3 ans et de­mi de souf­france (rires) .»

De­puis, Da­mien Do­vy réa­lise deux de­mi­jour­nées de tra­vail par se­maine à la cli­nique Bon Se­cours au Puy.

Et il n’a pas pré­vu de date pour rac­cro­cher sa blouse… : « Aus­si long­temps que j’au­rais la san­té et le plai­sir de le faire, je conti­nue­rais. »

10 dé­cembre 1967, le pre­mier gy­né­co­logue di­plô­mé de la ville

PHOTO CÉ­DRIC DE­DIEU

DEVISE. Da­mien Do­vy : « La­bor om­nia vin­cit im­pro­bus - un tra­vail obs­ti­né vient à bout de tout ».

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