Quelques conseils de bon sens à l’aune d’un de­mi-siècle de car­rière

La Montagne (Haute-Loire) - - Haute-Loire -

Lors de l’en­tre­tien que nous avons eu avec Da­mien Do­vy, ce der­nier nous a li­vré sa fa­çon de voir le mé­tier, son ex­pé­rience, ses in­fluences, ses doutes, ses sa­tis­fac­tions. En voi­ci un ré­su­mé en quelques mots clefs.

Im­plan­ta­tion « Il est dom­mage que les jeunes s’ag­glu­tinent et “s’en­qui­quinent” dans les grands centres. Il faut ve­nir à la cam­pagne. Les choses sont beau­coup plus simples et beau­coup plus vraies. Dans le mi­di, que j’aime beau­coup, mais où je n’ai­me­rais pas exer­cer, on se tape sur le ventre, on boit un pas­tis et on dit que l’on est ami. Ce n’est pas vrai. C’est ar­ti­fi­ciel. Quand vous ve­nez à la cam­pagne, les gens vous ob­servent. Il ne faut pas croire qu’ils vont se je­ter à votre cou. C’est la men­ta­li­té des mon­ta­gnards et des se­mi­mon­ta­gnards. Mais une fois qu’ils ont vu qui vous êtes et qu’ils vous font confiance, ils sont d’une fi­dé­li­té in­dé­fec­tible. Et ça, c’est for­mi­dable. »

Conseil : « Il y a quelques pe­tites règles qu’il faut ob­ser­ver dans la pro­fes­sion. Entre mé­de­cins, il ne faut ja­mais par­ler du confrère. À plus forte rai­son, ne ja­mais par­ler en mal du confrère. À par­tir de ce mo­ment­là, on peut être tran­quille, même si on ne l’est pas tou­jours… »

« 30 ac­cou­che­ments en 24 heures »

For­ma­tion : Da­mien Do­vy et son épouse, sage­femme, ont réa­li­sé une par­tie de leurs études à Da­kar, dans un contexte où l’on pri­vi­lé­gie la pra­tique… : « Quand je suis par­ti pour la France, elle m’a re­joint. Elle a pas­sé le concours à Di­jon pour être ad­mise comme sage­femme. Elle a ob­te­nu le di­plôme en un an, parce qu’en Afrique elle avait eu une for­ma­tion qui n’avait rien à voir avec les si­mu­lacres d’ici : si vous n’êtes pas de la haute hié­rar­chie, vous ne

tou­chez pas aux ma­lades. À Da­kar, elle fai­sait en moyenne 30 ac­cou­che­ments en 24 heures. Ici, avec dix ac­cou­che­ments dans la même nuit, tout le monde était sur les ro­tules. Là­bas, 10 ac­cou­che­ments, c’était les va­cances. »

In­ves­ti­ga­tions : « En mé­de­cine, le plus im­por­tant n’est pas d’être un grand sa­vant. La for­ma­tion est fon­da­men­tale, mais il faut avoir beau­coup de bon sens et d’hu­mi­li­té. Par­fois, au lieu de s’oc­cu­per des pa­tients, on est de­vant son or­di­na­teur, comme si on était trois dans la salle de consul­ta­tion. On de­vrait plu­tôt se par­ler entre quatre yeux. De plus, je crois que l’on n’écoute plus suf­fi­sam­ment les gens. Quel­qu’un qui se plaint d’avoir mal à la tête, il faut lui po­ser des ques­tions, creu­ser pour es­sayer de com­prendre. Un pa­tient peut ve­nir avec le mo­tif tout prêt de sa consul­ta­tion. Mais il faut se mé­fier, un train peut en ca­cher un autre. Il y a des pa­tients qui ne disent pas tout. Ils ont quelque chose, mais de peur qu’on leur dise que c’est grave, ils vont vous orien­ter vers autre chose. Il faut donc prendre la peine de les orien­ter pa­tiem­ment et sur­tout, les mettre en confiance. »

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