Cé­cile Cou­lon, d’un es­sai à l’autre

La Montagne (Haute-Loire) - - Sports Course À Pied - Jean-Phi­lippe Béal

Écri­vain, Cé­cile Cou­lon est une pas­sion­née de course à pied, pra­tique qui nour­rit ses écrits, coeur d’un de ses ro­mans et à la­quelle elle vient de consa­crer un es­sai. Avec en tête de dis­pu­ter son pre­mier ma­ra­thon.

La ro­man­cière cler­mon­toise Cé­cile Cou­lon, qui vient de pu­blier « Pe­tit éloge du run­ning », pour le coup, un es­sai, en­tre­tient une re­la­tion de longue date avec le sport. Fa­mi­liale, entre une mère ath­lète, un père pon­giste. Cé­cile, elle, c’était le bas­ket. Jus­qu’au jour où… : « À 15 ans, j’ai dis­pu­té mon pre­mier 5 km, ce­lui de Cou­rir à Cler­mont qui, à l’époque, avait lieu le soir. Et j’ai vrai­ment ado­ré. » Le dé­but, pour celle qui court ses 40 km heb­do­ma­daires, un peu en fa­shion vic­time, elle l’avoue, mais sans montre, sans écou­teur (ou alors en pri­vi­lé­giant les pod­casts d’émis­sions ou de lec­tures au­dio de ro­mans), d’une longue sé­rie de courses. Avec bien­tôt, un ma­ra­thon.

■ Après « Le Coeur du Pé­li­can », « Pe­tit éloge du run­ning » est un nou­vel ou­vrage avec pour thé­ma­tique la course à pied, construit comme un « ma­ra­thon lit­té­raire ». Le ma­ra­thon, une dis­tance que vous n’avez ja­mais cou­rue…

Sur ce plan­là, ça reste donc une vi­sion per­son­nelle. Mais j’ai ren­con­tré des gens qui avaient cou­ru des ma­ra­thons. Pour me rendre compte que per­sonne ne pré­pare et ne vit son ma­ra­thon de la même fa­çon, quels que soient les âges, les sexes…

■ Di­manche, ça au­rait dû être votre tour, à An­ne­cy, épreuve que vous aviez lon­gue­ment pré­pa­rée…

Oui, mais une grippe m’en em­pêche. An­nu­ler son pre­mier ma­ra­thon, ça fait un peu mal au coeur. Du coup, je pense cou­rir ce­lui de Cler­mont, en oc­tobre. Le ma­ra­thon, c’est quand même une épreuve reine. Le dé­clic m’est ve­nu une fois que j’ai eu ter­mi­né mon pre­mier se­mi­ma­ra­thon : je me sen­tais bien, ce qui m’a fait pen­ser que je pou­vais éven­tuel­le­ment faire plus, un jour. En­suite, je pense qu’écrire « Le Coeur du Pé­li­can » m’a en­core plus mo­ti­vée parce que pen­dant que je l’écri­vais, je cou­rais dé­jà beau­coup, je par­lais beau­coup de course à pied… Après, at­ten­tion, je ne dis pas : « Je vais cou­rir un ma­ra­thon » mais « Je vais es­sayer de cou­rir un ma­ra­thon ». Mon but, c’est vrai­ment de le fi­nir. En tout cas, du jour où j’ai pris ma dé­ci­sion, der­rière, c’est fou comme c’est de­ve­nu un truc hy­per­im­por­tant !

■ Un « truc hy­per-im­por­tant » qui change quoi ?

Dé­jà, au ni­veau psy­cho­lo­gique, pen­dant deux ou trois mois, ça prend le pas sur le reste. Après, je vois moins de monde, je dors beau­coup plus qu’avant, je ne mange pas du tout de la même fa­çon. Alors ça mo­di­fie le corps aus­si, ce qui n’est pas désa­gréable, en fait (sou­rire). Je crois que je suis en train de me bâ­tir un truc qui me rend fière, mais de fa­çon simple, sans ef­fort…

■ Et le re­gard des autres sur le pro­jet ?

Pour ceux qui en ont dé­jà cou­ru, le com­men­taire, c’est : « Ben, c’est cool » voire « C’est su­per ! ». Mais pour les autres, il y a une forme d’in­com­pré­hen­sion, par­fois d’in­quié­tude, même. C’est vrai que pour des gens qui ne courent pas, ça peut pa­raître étrange ce truc d’être ca­pable de dire : « Oui, je viens à la soi­rée mais je ne boi­rai pas d’al­cool parce que je vais cou­rir un ma­ra­thon… dans deux mois ! » (rires )Ça change un peu, par­fois, le rap­port aux autres, oui, les ques­tion­ne­ments. Je pense qu’il y a des gens pour qui mon tra­vail c’est ne pas faire grand­chose de mes jour­nées. Alors, quand ils m’ont vue pré­pa­rer un ma­ra­thon !

■ La « cou­reuse » y trouve donc son compte. Mais la ro­man­cière ?

Pour les ro­mans, cou­rir, ça nour­rit et je peux même pa­rier qu’à la fin du ma­ra­thon, ça au­ra dé­blo­qué des noeuds sur ce que je suis en train d’écrire… Parce que pen­dant 40 bornes, je pense qu’on a le temps de ré­flé­chir sur plein de choses. Ma tête, quand je cours, c’est une es­pèce de grosse malle à l’an­cienne, avec des idées qui se mé­langent, s’in­tègrent entre elles. Les idées, pour un ro­man, c’est comme nous lors d’une pré­pa ma­ra­thon : on en­lève l’in­utile, le su­per­flu. C’est une sen­sa­tion étrange, comme s’il y avait une par­tie de moi qui était de­vant mon bu­reau en train de trier, d’écrire, et une autre en train de cou­rir. À l’ar­ri­vée, les idées se­ront tou­jours là, mais dé­grais­sées. Mais même dans sa vie, au mo­ment où on est quand même tous à se po­ser des ques­tions sur tout et n’im­porte quoi, peu­têtre que, de temps en temps, être dé­bar­ras­sé du su­per­flu, se vi­der, se dé­grais­ser in­té­rieu­re­ment et faire de la place pour des choses saines, ça fait du bien…

■ Ha­ru­ki Mu­ra­ka­mi, dans « Au­to­por­trait de l’au­teur en cou­reur de fond » dit, à la fin d’un ma­ra­thon : « Ouf ! Je n’ai plus à cou­rir. » Vous, à la fin d’un livre, c’est : « Ouf ! Je n’ai plus à écrire » ?

: Non, plu­tôt : « Ouf, je suis ar­ri­vée au bout ! » Et c’est ce que je me dis d’ailleurs sur chaque course. Ja­mais : « Ouf, j’ai fi­ni d’écrire, j’ai fi­ni de cou­rir ». Plu­tôt : « J’ai fi­ni, quand est­ce que je re­com­mence ? » Même si ça fait très mal. Quand ça ne se passe pas bien, je me dis : « Quand est­ce que je re­com­mence pour me prou­ver que ça peut se pas­ser dif­fé­rem­ment ? » Après, ce qui se passe dans un ma­ra­thon, c’est in­croyable, je pense, et c’est pour ça que les gens en re­font un après, pour re­trou­ver l’ex­tase. Car c’est sor­tir de soi­même aus­si. Je pense qu’au­jourd’hui, on a du mal à être avec soi­même et que des ex­pé­riences comme celles­là, ça aide, jus­te­ment, à s’écou­ter, à se pous­ser, à sa­voir se par­ler. Je trouve ça ter­ri­ble­ment né­ces­saire ac­tuel­le­ment. On ver­ra si en oc­tobre, à Cler­mont, je connaî­trai ce sas­là… ■

« Il y a un mo­ment, quand je cours où j’éprouve du bien­être. Une sen­sa­tion que je n’éprouve qu’en cou­rant et qui me donne confiance en moi. Pour plein de choses dans la vie… »

CÉ­CILE COU­LON Écri­vain et adepte de course à pied

PHO­TOS JEAN-LOUIS GORCE

PRU­DENCE. « Je ne dis pas : “Je vais cou­rir un ma­ra­thon” mais “Je vais es­sayer de cou­rir un ma­ra­thon”. »

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