Pro­me­nons-nous dans les bois…

Fran­syl­va a or­ga­ni­sé une vi­site en fo­rêt avec les élèves de l’école d’ar­chi­tec­ture de Cler­mont Fer­rand

La Montagne (Haute-Loire) - - Saint-flour Vivre Sa Ville - Isa­belle Bar­né­rias isa­belle.bar­ne­rias@cen­tre­france.com

La ges­tion du­rable est la so­lu­tion pour as­su­rer la ré­gé­né­ra­tion des fo­rêts pri­vées. C’est le mes­sage que Fran­syl­va et le CRPF ont por­té aux étu­diants en ar­chi­tec­ture, bâ­tis­seurs de de­main.

Tordre le cou aux idées re­çues. Voi­là bien l’ob­jec­tif que re­cher­chait Jacques La­coste, pré­sident du syn­di­cat Fran­syl­va 15 lors­qu’il a ac­cueilli, ven­dre­di ma­tin, des étu­diants de l’école d’ar­chi­tec­ture de Cler­mont­Fer­rand en im­mer­sion sur le ter­ri­toire (lire notre édi­tion du 1er oc­tobre) dans ses bois, en fo­rêt de Mar­ge­ride. L’oc­ca­sion aus­si de sen­si­bi­li­ser les fu­turs pres­crip­teurs, qu’ils se­ront bien­tôt, à l’em­ploi d’une res­source lo­cale qu’est le bois, et que Pas­cal Per­rier, conseiller dé­par­te­men­tal du CNPF (Centre na­tio­nal de la pro­prié­té fo­res­tière) dé­fi­nit comme « abon­dante et de qua­li­té ». Car qui mieux que les ar­chi­tectes sont les plus à même de participer à la va­lo­ri­sa­tion des fo­rêts et de pro­mou­voir les fi­lières de trans­for­ma­tion, no­tam­ment en pro­po­sant à leurs clients des construc­tions en bois.

Mais pour ça, il faut sa­voir de quoi on parle. Il faut donc tout d’abord com­prendre comment vit la fo­rêt, l’es­pace qu’elle oc­cupe, comment elle se re­nou­velle, quels sont ses atouts, qui l’en­tre­tient, comment elle est gé­rée, comment elle est va­lo­ri­sée, à quoi sert le bois pro­duit, à quel rythme elle s’ac­croît… Au­tant de ré­ponses qu’ont ap­por­tées Jacques La­coste et Pas­cal Per­rier, pro­prié­taires fo­res­tiers pas­sion­nés et qui connaissent la fo­rêt sur le bout des doigts, com­plé­tées par Mat­thias Gau­met, tech­ni­cien au CRPF. Et tous prônent « la ges­tion du­rable », l’unique clé, se­lon eux, pour pré­ser­ver et pé­ren­ni­ser les bois. Une ges­tion axée sur la du­rée, via un en­ga­ge­ment des pro­prié­taires sur 30 ans, afin de « mo­bi­li­ser et re­nou­ve­ler la res­source dans le temps et entre gé­né­ra­tions ».

Plan de ges­tion, la clé du re­nou­vel­le­ment

La fo­rêt fran­çaise pri­vée est la deuxième d’Eu­rope en terme de sur­face et de vo­lume sur pied. Et la ré­gion Au­vergne Rhône­Al­ pes n’est pas en reste, puis­qu’on la re­trouve à la troi­sième place du classement avec 1,9 mil­lions d’hec­tares de fo­rêts que se par­tagent 670.000 pro­prié­taires. Dans le Can­tal, la fo­rêt pri­vée s’étend sur 130.000 hec­tares et ap­par­tiennent à 23.000 pro­prié­taires, dont la grande ma­jo­ri­té dé­tient en moyenne une sur­face de 4 hec­tares. C’est dire l’en­jeu de sa ges­tion.

Au­jourd’hui, le dé­par­te­ment compte seule­ment 500 plans de ges­tion, dont la mise en oeuvre est obli­ga­toire à par­tir de 25 hec­tares. « Mais, ras­sure Jacques La­coste, il y a aus­si des pro­prié­taires qui gèrent leurs bois sans faire de plan de ges­tion ». Mais qui dit ges­tion, dit coupes de bois, éclair­cies, mar­te­lages, ventes, dé­bar­dages… Au­tant de termes tech­niques que Pas­cal Per­rier a dû ap­prendre lors­qu’il a dé­ci­dé d’ache­ter une fo­rêt. « Je n’y connais­sais rien du tout. J’ai donc sui­vi des for­ma­tions et au­jourd’hui je m’oc­cupe de mes bois », ex­plique­t­il. Et de pré­ci­ser dans la fou­lée, avec hu­mour : « il ne faut pas ache­ter des bois pour pen­ser faire un pla­ce­ment ».

Jacques La­coste gère, lui aus­si, sa fo­rêt, 35 hec­tares re­çus en hé­ri­tage par la fa­mille de son épouse, dans la­quelle il s’in­ves­tit to­ta­le­ment jus­qu’à avoir ache­té des en­gins pour s’oc­cu­per lui­même du dé­bar­dage et né­go­cier la vente de ses bois. Et il en connaît un rayon. Comme lais­ser un arbre mort sur pied tant qu’il ne pose pas de pro­blème de sé­cu­ri­té pour les bien­faits de la bio­di­ver­si­té, cou­per les branches pour qu’elles ne tombent pas sur la tête d’un pro­me­neur ou d’un ra­mas­seur de cham­pi­gnons, lais­ser du bois mort à terre pour fa­vo­ri­ser la ré­gé­né­ra­tion ou en­core vendre des arbres ju­gés à ma­tu­ri­té. Et Pas­cal Per­rier de ren­ché­rir : « Quand on fait une coupe, on en­tre­tient la fo­rêt, contrai­re­ment à ce que les gens pensent ». ■

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