Un cercle ver­tueux à en­clen­cher

Mar­lène Schiap­pa ne veut pas que les pe­tites filles soient as­si­gnées par leur genre

La Montagne (Haute-Loire) - - 7 Joursfrea N Np Ce & Ol Itiqmuoende Actualités - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

On fait ap­pel aux hommes pour leur ex­per­tise. Aux femmes, pour leur ex­pé­rience…

Le che­min est en­core long. Mar­lène Schiap­pa connaît les ré­sis­tances et les pré­ju­gés. Mais la se­cré­taire d’État à l’éga­li­té entre les femmes et les hommes se ré­jouit d’ini­tia­tives qui vont dans le bon sens, comme celle de TF1 qui, as­so­cié à des mé­dias, lance « Ex­pertes à la Une » pour don­ner la pa­role à l’ex­per­tise fé­mi­nine.

Le champ des pos­sibles se­rait bien plus vaste si les pe­tites filles trou­vaient des mo­dèles pour se pro­je­ter. La se­cré­taire d’État Mar­lène Schiap­pa par­ti­cipe de­main à Pa­ris au lan­ce­ment d’« Ex­pertes à la Une », une opé­ra­tion me­née par TF1 et des­ti­née à va­lo­ri­ser l’ex­per­tise au fé­mi­nin.

■ « Les ex­pertes à la Une », vraie prise de conscience ou opé­ra­tion de com­mu­ni­ca­tion ?

Quand il s’agit de l’éga­li­té femmes­hommes, on cherche trop sou­vent la pe­tite bête. Est­ce pur, sin­cère, dés­in­té­res­sé ? On ne se po­se­rait pas la même ques­tion sur une opé­ra­tion au­tour des nou­velles tech­no­lo­gies par exemple. Voi­là pour­quoi je sa­lue cette ini­tia­tive qui re­lève d’une vraie dé­marche. Et même s’il y a de la com­mu­ni­ca­tion, il en faut aus­si car l’éga­li­té femmes­hommes est un com­bat cultu­rel.

■ Im­po­ser des quo­tas, comp­ter les femmes pré­sentes dans les mé­dias… Il faut en ar­ri­ver là ?

Si on ne force pas les choses, ce­la ne se fait pas tout seul. L’ex­pé­rience nous l’a en­sei­gné. Après, il faut faire des quo­tas in­tel­li­gents et ne pas im­po­ser aveu­glé­ment. Mais il est utile d’ini­tier de bonnes pra­tiques. Re­gar­dez comme la loi Co­pé­Zim­mer­mann a per­mis une meilleure mixi­té au sein des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion dans les grandes en­tre­prises.

■ Est-il dif­fi­cile d’exis­ter en po­li­tique quand on est une femme ?

Non, je ne di­rais pas ce­la. Di­sons qu’il y a tou­jours une pré­somp­tion d’in­com­pé­tence, qu’il s’agisse de po­li­tiques, de jour­na­listes, d’ex­pertes. Un homme qui monte en tri­bune, cos­tu­mé, cra­va­té… va ap­pa­raître au­to­ma­ti­que­ment plus com­pé­tent qu’une femme ma­quillée, fé­mi­nine, jeune, et pour peu qu’elle soit is­sue de la di­ver­si­té… On exige des femmes da­van­ tage de cri­tères. Avoir les épaules larges, de l’au­to­ri­té, une voix grave… Même le vo­ca­bu­laire se rap­porte au mas­cu­lin. Beau­coup de gens ne se rendent par­fois même pas compte qu’ils tiennent des propos sexistes. La ma­nière dont Sé­go­lène Royal a été trai­tée est par­ti­cu­liè­re­ment symp­to­ma­tique avec le lexique de l’idio­tie, de la lé­gè­re­té. Des propos qu’on n’au­rait ja­mais te­nus à l’en­contre d’un homme. Je viens en­core de voir l’une de mes col­lègues com­pa­rées à une Miss France dans la presse… Quoi qu’on fasse, on est per­dante. Si vous êtes jo­lie, vous êtes sé­duc­trice et lé­gère. Si vous n’ac­cor­dez pas d’im­por­tance à votre phy­sique, vous êtes moche et mo­quée. Si je porte une robe d’été par temps de ca­ni­cule, j’ai droit à des ré­flexions. Ou quand c’est Au­rore Ber­gé qui porte une jupe courte… On a tou­jours l’im­pres­sion qu’une femme doit re­ce­voir une va­li­da­tion phy­si­ que avant d’ac­cé­der à l’es­pace pu­blic. Chaque fois qu’une femme s’ex­prime, on com­mente son ap­pa­rence, pas ses propos. Je crois qu’il est im­por­tant de ne rien lais­ser pas­ser. Je le fais pour toutes celles qui ne peuvent pas for­cé­ment par­ler.

■ Rendre les femmes plus vi­sibles, d’ac­cord, mais pas uni­que­ment pour par­ler de su­jets dits fé­mi­nins…

Ona cou­tume de faire ap­pel aux hommes pour leur ex­per­tise. Et aux femmes pour leur ex­pé­rience. Pour être cré­dible, une femme doit en faire deux fois plus, quand il va suf­fire d’une tri­bune pu­bliée pour un homme. C’est as­sez déso­bli­geant de de­voir se jus­ti­fier. Or, c’est un cercle ver­tueux : si des femmes s’ex­priment sur tous les su­jets, d’autres vont se sen­tir lé­gi­ti­mées. Il est es­sen­tiel que les pe­tites filles ne soient pas as­si­gnées par leur genre et qu’elles aient des mo­dèles fé­mi­nins aux­quels s’iden­ti­fier dans tous les do­maines. Une in­gé­nieure, une as­tro­naute… Quelque part, nous sommes tous por­teurs de sté­réo­types. Quand on dit à une pe­tite fille par­lant beau­coup qu’elle est ba­varde alors qu’on di­ra d’un pe­tit gar­çon qu’il a la trempe d’un lea­der, on col­porte des pré­ju­gés. Il faut faire at­ten­tion à ce que nous trans­met­tons aux gé­né­ra­tions fu­tures. ■

PHOTO AFP

M. SCHIAP­PA. « On a tou­jours l’im­pres­sion qu’une femme doit re­ce­voir une va­li­da­tion phy­sique avant d’ac­cé­der à l’es­pace pu­blic ».

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