Af­faire Fio­na : deux ac­cu­sés sur la dé­fen­sive

La Montagne (Issoire) - - La Une - Jean-Bap­tiste Le­dys

Au pre­mier jour du pro­cès en ap­pel de l’af­faire Fio­na, au Puy-en-Ve­lay, le pré­sident a lon­gue­ment in­ter­ro­gé Ber­kane Ma­kh­louf sur son par­cours et sa per­son­na­li­té. L’ac­cu­sé re­con­naît sans peine avoir été un homme violent. Mais, as­sure-t-il, il ne l’a ja­mais été en­vers les en­fants.

Ber­kane Ma­kh­louf l’a dit à la pre­mière oc­ca­sion qui s’est pré­sen­tée à lui, hier, au pre­mier jour du pro­cès en ap­pel de l’af­faire Fio­na. « Je ne suis pas un as­sas­sin. Je ne suis pas un tueur d’en­fant. J’ai tou­jours fait la dif­fé­rence entre les en­fants et les adultes. » Cette phrase, il l’a ré­pé­tée en­core, à de mul­tiples re­prises, comme un leit­mo­tiv, tout au long de l’après­mi­di. L’ac­cu­sé a te­nu à contre­ba­lan­cer le por­trait peu flat­teur qui se des­sine de lui, au terme des pre­miers élé­ments de per­son­na­li­té abor­dés hier. Car, quel que soit l’angle sous le­quel on se place, la vio­lence vient tou­jours tein­ter son his­toire. Re­garde­t­on par le prisme de ses re­la­tions amou­reuses avant Cé­cile Bour­geon ? Ses pe­tites amies peuvent certes lui re­con­naître des actes at­ten­tion­nés. Mais très ra­pi­de­ment, la re­la­tion qu’elles en­tre­te­naient avec Ber­kane Ma­kh­louf se tein­tait d’une autre conno­ta­tion, avec des coups ou des me­naces. S’agit­il du ca­sier ju­di­ciaire du beau­père de Fio­na ? Il est émaillé de mul­tiples condam­na­tions, sur­tout pour des vio­lences, com­mises tan­tôt à Ne­vers, où il a gran­di, tan­tôt à Cler­mont­Fer­rand. Sa dé­ten­tion pro­vi­soire elle­même est émaillée de nom­breux in­ci­dents. L’en­fance alors ? Non plus. « J’ai été bai­gné dans la vio­lence as­sez jeune », ra­conte­t­il à la barre. De­vant la cour, il évoque les sé­vices que lui fai­sait su­bir son frère aî­né, d’une di­zaine d’an­nées plus âgé que lui. Il parle en­suite du foyer dans le­quel il a été pla­cé quelque temps, à l’ado­les­cence. « C’était la loi du plus fort. » La vio­lence est de­puis si long­temps sa com­pagne de route qu’il a fi­ni par en faire, comme il le dé­crypte, « ma réponse à la frus­tra­tion ». Très tôt, ce trait de per­son­na­li­té est ve­nu en épou­ser un autre : sa dé­pen­dance aux drogues. Ses pre­miers joints, il les a grillés à 13 ans. D’autres sub­stances plus dures se sont ajou­tées par la suite : co­caïne, hé­roïne… Ces deux as­pects de sa vie, il ne les nie pas. Il les constate. Et, ce fai­sant, il les as­sume.

« J’aime trop les en­fants »

Ce­la fait quatre ans que Ber­kane Ma­kh­louf est à l’iso­le­ment, comme le fait re­mar­quer son avo­cat, Me Mo­ha­med Kha­ni­far. Par­ler lui est dif­fi­cile. Mais, vi­si­ble­ment, il en a be­soin. Et en­core une fois, il le ré­pète : « Je n’ai ja­mais été violent en­vers des en­fants. » Tout juste re­con­naît­il une pe­tite tape sur les fesses de Fio­na « quand elle abu­sait ». « J’aime trop les en­fants. Fio­na et sa soeur, ce sont elles qui m’ont don­né en­vie d’avoir un pe­tit avec Cé­cile », glisse­t­il, d’une voix que l’on per­çoit fai­ble­ment. Cé­cile Bour­geon sort de sa lé­thar­gie et in­ter­vient : « Si Ber­kane Ma­kh­louf avait tou­jours mal­trai­té Fio­na, je l’au­rais quit­té », af­firme­t­elle d’un ton pé­remp­toire. Mais mal­gré l’af­fec­tion qu’il af­firme res­sen­tir pour les filles de Cé­cile Bour­geon, pres­sé par les ques­tions de Me Ma­rie Grimaud, l’une des avo­cates des par­ties ci­viles, il ne peut que ti­rer un amer constat au sujet de ses ca­pa­ci­tés de père : « J’avais des la­cunes. »

PHO­TO RÉ­MI DUGNE

DÉ­FENSE. Au cours de la pre­mière jour­née d’au­dience, hier, Ber­kane Ma­kh­louf (à droite, entre deux avo­cats), l’ex-com­pa­gnon de Cé­cile Bour­geon (de dos, au centre), a re­con­nu avoir été violent dans sa vie mais ja­mais en­vers des en­fants.

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