Ro­bert Ri­gou­let et son hor­loge ré­vo­lu­tion­naire

Quand il n’est pas dans son jar­din, Ro­bert Ri­gou­let tra­vaille à une hor­loge pas ba­nale

La Montagne (Issoire) - - La Une - Mi­chel Cha­lier

Ses 86 bou­gies main­tiennent en ébul­li­tion son cer­veau. Der­nière lu­bie de Ro­bert Ri­gou­let, une hor­loge qui fonc­tionne avec des billes.

Meubles divers et par­ti­cu­liers, billard per­so, jeux en bois, cadre mu­si­cal à cinq faces, pen­dule à ca­dran illus­tré avec les pho­tos de ses huit pe­tits­en­fants et quatre ar­rières pe­tit­sen­fants… tout un in­ven­taire à la Pré­vert qui n’a ja­mais dé­bou­ché au con­cours Lé­pine. « Le plai­sir d’ima­gi­ner, de faire, suf­fit lar­ge­ment à mon bonheur.” Ro­bert Ri­gou­let, is­soi­rien bon teint, est un Géo­Trou­ve­tout et touche à tout. Bois et mé­taux divers, ma­té­riaux d’au­jourd’hui comme le plas­tique ou les bois com­po­sites. « À 13 ans et de­mi, je suis ren­tré à l’ate­lier Du­cel­lier comme apprenti ajus­teur­ou­tilleur où je me suis sen­ti comme un pois­son dans l’eau. Il y avait là d’anciens ou­vriers que l’on ap­pe­lait com­pa­gnons. J’ob­ser­vais leurs gestes avec beau­coup d’at­ten­tion. J’ai ap­pris beau­coup de choses à leur contact. » Il avoue aus­si avoir beau­coup ap­pris de ses échecs. Entre deux com­mandes de son chef, Ro­bert ne res­tait pas sans rien faire. « Il y avait tou­jours une pièce dans l’étau. Je n’ai­mais pas perdre mon temps, même au bou­lot. » Peu à peu, il va mon­ter son propre ate­lier al­lant jus­qu’à fa­bri­quer ses propres ou­tils. Pas tou­jours ques­tion d’économie mais pour avoir le plai­sir de dire : « Ça, c’est moi qui l’ai fait ! » Pour mieux com­prendre, il faut voir le dit ate­lier. Ti­roirs éti­que­tés, ou­tils soi­gneu­se­ment et ha­bi­le­ment ran­gés dans un râ­te­lier spé­cia­le­ment conçu. Im­pres­sion­nant ! Notre homme a fa­bri­qué nombre d’ob­jets. « Plus jeune, je fai­sais es­sen­tiel­le­ment des choses de tous les jours dont on avait be­soin. Puis, peu à peu, des choses plus fan­tai­sistes. » Il cache hum­ble­ment qu’il a mis son ta­lent à ima­gi­ner et conce­voir cer­taines choses qui ont pu rendre ser­vice à des gens han­di­ca­pés. Comme un jeu ré­édu­ca­tif de­man­dé par un ami doc­teur. Ou en­core ce jeu de billes à des­ti­na­tion d’une nièce at­teinte de mo­no­nu­cléose. « Au dé­part, j’ai comme une vi­sion de l’ob­jet. Et puis ça s’af­fine dans ma tête. En fait, je m’en­dors avec un ques­tion­ne­ment et me re­lève avec la so­lu­tion. Par­fois, il m’ar­rive de me ré­veiller et de faire un pe­tit plan sur un bout de pa­pier avant de me ren­dor­mir. En­fin, avant même de com­men­cer l’ob­jet, je le vois fi­ni. » À 86 ans, il s’est fa­mi­lia­ri­sé avec in­ter­net. « On y trouve des trucs fabuleux pour peu que l’on sache ce que l’on cherche. Je suis cu­rieux de na­ture. Quand on m’a pro­po­sé, il y a long­temps, de faire une for­ma­tion sur les or­di­na­teurs, j’ai de suite ac­cep­té. Dé­sor­mais, je peux conce­voir des pro­grammes pour comp­ta­bi­li­ser les points au billard, ma pas­sion. »

Une sorte de sa­blier ani­mé par des billes

Au mo­ment du chan­ge­ment d’heure, il s’est re­mis à son pro­jet d’hor­loge à billes en­tiè­re­ment en bois. « L’idée m’est ve­nue lors­qu’on m’a par­lé de celle exis­tante à Mou­lins, que je n’ai ja­mais vu d’ailleurs. J’en ai fa­bri­qué quatre ou cinq avant d’ar­ri­ver à cette der­nière mou­ture, un peu bruyante à mon goût. » Un mo­teur élec­trique à l’ar­rière en­traîne une hé­lice. Cette der­nière ef­fec­tue un tour com­plet en 15 se­condes. Elle délivre une bille cueillie au pas­sage. À l’avant, des gout­tières mar­quant les se­condes, les mi­nutes et les heures. Un sys­tème de bas­cules en cas­cades ali­mente suc­ces­si­ve­ment ces der­nières… jus­qu’à la trei­zième heure qui re­met le comp­teur à zé­ro. Pas fa­cile à ex­pli­quer, alors à ima­gi­ner... on ne vous dit pas. Et le tout en bois avec de mi­cro pièces. « Avec 32 billes, je couvre douze heures. » Sa­me­di, Ro­bert en­lè­ve­ra une bille dans la gout­tière des heures et bé­né­fi­cie­ra d’une heure de som­meil en plus… pour trou­ver une so­lu­tion à la der­nière idée qui lui trotte dans la tête.

« Re­gar­der des mains d’ar­ti­sans tra­vailler, c’est su­blime »

MA­TÉ­RIEL. Dans l’ate­lier de Ro­bert Ri­gou­let, chaque chose a sa place, rien ne dé­passe.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.