« Dé­ci­der pour son corps »

Il y a 50 ans, la pilule était ac­cueillie comme une li­bé­ra­tion sexuelle. Au­jourd’hui, chan­ge­ment de dis­cours. Les scan­dales sa­ni­taires sont pas­sés par là et le contra­cep­tif oral perd du ter­rain.

La Montagne (Issoire) - - Sports - flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

L a po­lé­mique au­tour des pi­lules de 3e et 4e gé­né­ra­tion de 2012 a lais­sé des traces. Même si le contra­cep­tif oral est le plus uti­li­sé, il ré­gresse. En­tre­tien avec le gy­né­co­logue­obs­té­tri­cien Igor Po­po­vic, exer­çant à Tou­louse et ré­pon­dant aux ques­tions des in­ter­nautes sur « la­san­te­sur­tout.com ». ■ Cette dé­fiance face à la pilule que rap­portent les en­quêtes est-elle per­cep­tible en ca­bi­net ? Ab­so­lu­ment. Je vois de très jeunes femmes, les 18­25 ans, dé­sor­mais s’in­té­res­ser au sté­ri­let en cuivre, tan­dis que la po­pu­la­tion des 28­40 ans garde en­core une vi­sion ar­chaïque du dis­po­si­tif in­tra­uté­rin. Au fond, c’est as­sez pa­ra­doxal. On re­trouve les mêmes ré­ti­cences face au sté­ri­let hor­mo­nal Mi­re­na. Dans d’autres pays, les gy­né­co­logues se montrent moins ré­ti­cents à po­ser des sté­ri­lets en cuivre, y com­pris chez les nul­li­pares (*). ■ Vous pen­sez que les gy­né­cos fran­çais de­vraient da­van­tage avoir ce ré­flexe sté­ri­let au cuivre ? C’est à chaque mé­de­cin de conseiller… Le sté­ri­let, ça peut faire mal et ce n’est pas tou­jours évident à po­ser. Néan­moins, ce­la reste une très bonne al­ter­na­tive à la pilule. Il faut ex­pli­quer sans im­po­ser. ■ Et quelle est votre propre pra­tique ? Je pose pas mal de sté­ri­lets au cuivre et j’ai de bons re­tours. Au bout d’un an, le taux de sa­tis­fac­tion de mes pa­tientes est de 75 à 80 %. ■ Avez-vous consta­té une évo­lu­tion des femmes dans leur rap­port à la contra­cep­tion ? Elles sont mieux in­for­mées, et ce­la, sur tous les moyens de contra­cep­tion, no­tam­ment les jeunes gé­né­ra­tions. ■ Voyez-vous le re­tour de mé­thodes na­tu­relles comme Ogi­no ou le re­trait ? Oui, j’en vois, même si en prin­cipe ces femmes ne nous consultent pas, donc il est dif­fi­cile d’éva­luer le phé­ no­mène. Mais je ne vais pas leur dire : « Pre­nez la pilule ou met­tez un sté­ri­let ! » On n’est pas là pour dire à une pa­tiente ce qu’elle doit faire. On dis­cute, on ex­plique, on éclaire, mais cha­cun dé­cide pour son corps. ■ Cer­taines femmes se plaignent d’un dis­cours condes­cen­dant de gy­né­cos conver­tis au « tout pilule »… Cha­cun son style, c’est sans doute gé­né­ra­tion­nel. J’ai 44 ans et je n’entre pas dans la case des pa­ter­na­listes. Une grande ma­jo­ri­té des gy­né­co­logues fran­çais ont un rap­port de confiance avec leurs pa­tients. Avoir « son » gy­né­co de­vien­dra peut­être un luxe dans les an­nées à ve­nir, sur­tout avec la dé­mo­gra­phie mé­di­cale ac­tuelle. Un su­jet de ré­flexion pour les po­li­tiques peut­être ! ■ (*) Femme n’ayant pas (en­core) eu d’en­fant.

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