L’Au­vergne a conquis la ci­trouille amé­ri­caine

La Montagne (Issoire) - - LA UNE - Do­mi­nique Dio­gon do­mi­nique.dio­gon@cen­tre­france.com

LIMAGRAIN. Avec plus de 60 % de parts de mar­ché, via sa fi­liale HM Clause, le groupe au­ver­gnat est le nu­mé­ro 1 de la se­mence de ci­trouilles pour Hal­lo­ween aux USA. CA­LI­FOR­NIE. À l’heure où les États­Unis et le reste du monde cé­lèbrent Hal­lo­ween, re­por­tage sur la côte ouest, dans les cou­lisses d’un bu­si­ness à la dé­me­sure très amé­ri­caine.

Lea­der du mar­ché amé­ri­cain de la se­mence de ci­trouilles, avec la marque Har­ris Mo­ran de sa fi­liale HM Clause, le groupe au­ver­gnat Limagrain surfe sur le phé­no­mène Hal­lo­ween qui gros­sit d’an­née en an­née. Une pas­sion ty­pi­que­ment amé­ri­caine où tout est ques­tion, comme sou­vent outre-At­lan­tique, de dé­me­sure. Re­por­tage en Ca­li­for­nie. u bord de l’In­ters­tate 5, qui file droit en di­rec­tion de Los An­geles, à une cen­taine de ki­lo­mètres au sud de Sa­cra­men­to, la Dell’Os­so Fa­mi­ly Farm tient plus du parc d’at­trac­tions que de la ferme pé­da­go­gique. To­bog­gans géants, courses de co­chons, la­by­rinthe de maïs, pe­tit train font le bon­heur des fa­milles qui s’y ruent sous le so­leil de plomb d’une fin oc­tobre anor­ma­le­ment es­ti­vale. Mais si l’en­droit est si cou­ru, il le doit sur­tout à l’autre spé­cia­li­té mai­son. Les Dell’Os­so, ori­gi­naires d’Ita­lie, ont eu l’idée voi­là quelques an­nées de vendre en di­rect leur pro­duc­tion de ci­trouilles pour Hal­lo­ween. Avant de pous­ser le sens des af­faires jus­qu’à mul­ti­plier les at­trac­tions au­tour du thème de la ci­trouille. Les en­fants peuvent ain­si tour­noyer dans des cap­sules en forme de cu­cur­bi­ta­cées. Ou les peindre pour les rap­por­ter à la mai­son. Non sans s’être ac­quit­tés de quelques dol­lars sup­plé­men­taires. Pe­tits et grands ont même le droit de bom­bar­der des cibles en fer­raille avec des ci­trouilles mi­nia­tures à l’aide d’un ba­zoo­ka à air com­pri­mé. Ef­fet ad­dic­tif ga­ran­ti. À six dol­lars le pe­tit pa­nier, le concept est, là aus­si, (très) ren­table. Après s’être dé­fou­lée, la fa­mille re­part gé­né­ra­le­ment avec sa grosse ci­trouille, trans­por­tée dans une brouette mise (gra­cieu­se­ment) à dis­po­si­tion. C’est l’in­dis­pen­sable élé­ment pour dé­co­rer le sa­lon, sans le­quel Hal­lo­ween ne se­rait pas Hal­lo­ween. « En l’es­pace d’un mois, nous ac­cueillons 250.000 vi­si­teurs et nous ven­dons plus de 30.000 ci­trouilles », sa­voure Yvonne Samp­son, in­ta­ris­sable di­rec­trice mar­ke­ting, fière de ses ori­gines basques. Des en­droits comme ce­lui­là, la Ca­li­for­nie en re­gorge. Les pump­kins patches, dé­cli­nai­son amé­ri­caine du tou­risme à la ferme, sont une vé­ri­table ins­ti­tu­tion. Phé­no­mène de so­cié­té, Hal­lo­ween est à l’image des Etats­Unis, pays où tout est sur­di­men­sion­né. Dé­me­su­ré. En in­ves­tis­sant ce mar­ché de niche qui ne cesse de gros­sir, voi­là une qua­ran­taine d’an­nées, HM Clause, fi­liale de Limagrain, via sa marque Har­ris Mo­ran, a pris ses concur­rents de vi­tesse. Au point d’en de­ve­nir le lea­der in­con­tes­té avec plus de 60 % de parts de mar­ché (lire ci­des­sous). « En l’es­pace de quinze ans, nos ventes de ci­trouilles ont tri­plé » Pour com­prendre ce qui se cache der­rière cette opé­ra­tion com­mer­ciale XXL, il faut re­prendre l’In­ters­tate 5 vers le nord et bi­fur­quer en di­rec­tion de Man­te­ca. Brian Van Gro­nin­gen et sa fa­mille, des des­cen­dants d’im­mi­grés néer­lan­dais, ont construit un pe­tit em­pire de 2.000 hec­tares où, à cô­té du maïs doux, des noi­settes et de la pas­tèque, les ci­trouilles oc­cupent une place de plus en plus im­por­tante. « Le com­té de San Joa­quin, où nous nous trou­vons, concentre l’es­sen­tiel de la pro­duc­tion de ci­trouilles de Ca­li­for­nie car il offre, en théo­rie, les meilleures

condi­tions cli­ma­tiques, ex­plique le qua­dra­gé­naire. Il fait chaud la jour­née et froid la nuit. Et puis, ques­tion lo­gis­tique, nous ne sommes pas loin de Los An­geles et de Sa­cra­men­to, d’où nous pou­vons ex­pé­dier dans tous les États­Unis. » Pour ré­pondre à la de­mande crois­sante, les Van Gro­nin­gen ont plan­té cette an­née 650 hec­tares et pèsent, à eux seuls, 40 % de la pro­duc­tion ca­li­for­nienne ! Las, ce ne se­ra pas suf­fi­sant. « Nous avons eu un prin­temps plu­vieux puis un été très chaud. Or, la ci­trouille n’aime pas les condi­tions ex­trêmes. Les ren­de­ments ont chu­té de 30 % par rap­port à 2016. Et nous avons été obli­gés d’ache­ter la pro­duc­tion d’autres agri­cul­teurs pour rem­plir nos en­ga­ge­ments », ex­plique­t­il, alors que des di­zaines d’em­ployés condi­tionnent les ci­trouilles dans de grands car­tons que l’on re­trou­ve­ra bien­tôt dans les Wal­mart ou Tra­der Joe’s, mas­to­dontes de la dis­tri­bu­tion. Client presque ex­clu­sif de la fi­liale de Limagrain, pour la­quelle il teste les nou­velles va­rié­tés dont il loue « la qua­li­té », Brian Van Gro­nin­gen s’avoue lui­même sur­pris par l’am­pleur prise par Hal­lo­ween outre­At­lan­tique. « En l’es­pace de quinze ans, nos ventes de ci­trouilles ont tri­plé. Nous réa­li­sons plus de 12 mil­lions de dol­lars de ventes, soit 15 % de notre chiffre d’af­faires an­nuel. Tout ce­la parce que les gens gagnent mieux leur vie et ont donc plus d’ar­gent à dé­pen­ser. Puis, que vous vou­lez­vous, Hal­lo­ween est à la mode. C’est amu­sant. Mais nous n’al­lons pas nous plaindre quand même », ri­gole­t­il. Der­nier par­ti­cu­la­risme de cette fré­né­sie et non des moindres, 99 % des ci­trouilles pro­duites pour Hal­lo­ween sont des­ti­nées à la dé­co­ra­tion. « C’est vrai qu’en tant que pro­duc­teurs de lé­gumes, culti­ver une es­pèce juste pour ça, si on ré­flé­chit cinq mi­nutes, on trouve ça bi­zarre. Mais comme tout est une ques­tion de mar­ke­ting, on s’adapte », s’es­claffe­t­il. Bu­si­ness is bu­si­ness.

LO­GIS­TIQUE. Les em­ployées de Van Gro­nin­gen and sons, par­te­naire his­to­rique de Limagrain, qui pro­duit plus de 40 % des ci­trouilles ca­li­for­niennes, condi­tionnent les cu­cur­bi­ta­cées afin qu’elles ar­rivent dans les ma­ga­sins avant le 31 oc­tobre et Hal­lo­ween, une fête ma­jeure outre-At­lan­tique.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.