Mi­chel Dru­cker ne compte pas en­core lais­ser la place aux jeunes

Mi­chel Dru­cker ne compte pas dé­ser­ter son ca­na­pé rouge. Dans son nou­veau livre (Il faut du temps pour res­ter jeune), il se lâche. C’est di­rect et drôle aus­si.

La Montagne (Issoire) - - La Une - Oli­vier Bo­hin oli­vier.bo­hin@cen­tre­france.com

En­dives au jam­bon. Quand Mi­chel Dru­cker vous re­çoit, il aime vous ser­vir l’un de ses plats pré­fé­rés. La re­cette de la lon­gé­vi­té té­lé­vi­suelle de cet au­to­di­dacte flam­boyant et « ja­mais sûr de lui » ne tient pas uni­que­ment dans des plats à basse ca­lo­rie mais plu­tôt dans une fa­rouche en­vie de du­rer. Une ob­ses­sion qu’il ex­plique dans son ou­vrage, Il faut du temps pour res­ter jeune

(Ro­bert Laf­font). « J’ai eu la chance d’être jeune long­temps, comme John­ny. Comme lui, je ne me suis pas vu vieillir ».

■ Vous n’ex­cluez pas d’être cen­te­naire et de pré­sen­ter tou­jours Vi­ve­ment Di­manche.

C’est sé­rieux ? Pour­quoi pas ? Charles Az­na­vour l’avait en­vi­sa­gé, on bos­sait sur le pro­jet. On compte 21.000 cen­te­naires. Même si leur vue ou l’au­di­tion baisse, ils ont toute leur tête. Plus on en­tre­tient le cer­veau et plus on a de pro­jets, tout va bien. J’ai de­man­dé à Jean­Pierre Fou­cault de re­faire une émis­sion en­semble.

■ Jean-Pierre Fou­cault a pris une “se­mi-re­traite” pour se consa­crer à sa col­lec­tion de voi­tures, le bri­co­lage. Vous, il n’y a que la té­lé­vi­sion ? Mon père était mé­de­cin, il ne fai­sait que ça. Quand on a une pas­sion, on ne peut pas faire autre chose. Pour une rai­son très simple : si on ra­len­tit, j’ai peur que le mo­teur cale et qu’il ne re­parte pas.

■ Vous écri­vez que vous n’êtes tou­jours pas sûr de vous, au­tant an­gois­sé qu’au pre­mier jour. Ce­la pa­raît in­croyable ? C’est pour­tant vrai. En li­sant mon livre, ma femme m’a dit qu’elle igno­rait être ma­riée avec

un homme si peu sûr de lui. Tous les ar­tistes sont comme ça. John­ny avait tel­le­ment peur de perdre son sta­tut de nu­mé­ro 1. J’au­rais pré­fé­ré être un se­cond rôle de la té­lé­vi­sion. Mais, on m’a confié très tôt des “gros ba­teaux”, des prime­time. Je me ré­veille en­core la nuit pour les pro­chaines émis­sions que je pré­pare. C’est très dif­fi­cile de ne pas dé­ce­voir les gens. Je n’ai ja­mais su au dé­part que Champs Ely­sées ou Vi­ve­ment di­manche al­laient être des suc­cès.

■ Pen­sez-vous au jour où vous quit­te­rez l’an­tenne ?

J’y ai pen­sé lors de la der­nière émis­sion faite avec Fran­çois Hol­lande. Ma femme me di­sait : “Que veux­tu de plus ? Tu ne vas pas être sur ton ca­na­pé à 80 ba­lais”. Si Ta­kis Can­di­lis, di­rec­teur des pro­grammes de France Té­lé­vi­sions, ne m’avait pas dit “Tu es fou”, je par­tais. On a réus­si dans ce mé­tier quand on part au top. Je ne sou­haite pas dis­pu­ter le com­bat de trop. Je veux par­tir après avoir fait une bonne émis­sion.

■ Il faut bien don­ner sa chance aux nou­velles gé­né­ra­tions. Vou­loir mettre des jeunes à l’an­tenne, c’est la moindre des choses. Mais je re­fuse ce jeu­nisme sys­té­ma­tique. Mes émis­sions fonc­tionnent et les se­niors ne sont pas un sous­pu­blic. Je veux mon­trer que l’on peut vieillir sans de­ve­nir vieux.

■ Quand on s’ap­pelle Mi­chel Dru­cker, c’est plus fa­cile d’abor­der la vieillesse qu’un se­nior ano­nyme ? On n’est pas égaux de­vant l’âge. Mais je connais beau­coup de gens qui ont eu des pe­tits bou­lots et vivent plei­ne­ment leur re­traite. Quand ce­la s’est ar­rê­té, ils ont réa­li­sé un rêve en pra­ti­quant des loi­sirs. La re­traite peut être un sou­la­ge­ment. Le plus mor­tel, c’est quand tout s’ar­rête.

■ On vous ima­gine avoir

plein d’amis ar­tistes. Mais ce

n’est pas le cas. Je tra­vaille beau­coup, comme les ar­tistes. Je n’ai pas le temps. Mes rares amis ar­tistes sont des gens que je connais de­puis très long­temps, comme c’était le cas avec John­ny ou Az­na­vour. Et puis, les gens cé­lèbres, je les vois tout le temps. On ne de­mande

pas à un mé­de­cin d’in­vi­ter ses pa­tients chez lui, le soir. J’ai des potes qui ne sont pas dans le mé­tier. Ils sont mé­de­cins ou sont tout sim­ple­ment des pa­pys avec qui je fais du vé­lo ! ■ Et que faites-vous le di­manche ? Je fais da­van­tage de sport, de la na­ta­tion, du vé­lo. Je re­garde Vi­ve­ment di­manche. Je suis par­fois dur avec moi­même mais je suis content de la nou­velle équipe de chro­ni­queurs. Moi aus­si, j’ai re­nou­ve­lé les marques ! ■

J’ai re­nou­ve­lé les marques !

PHO­TO NIKOS ALIAGAS

CONSTAT. « Je re­grette la dic­ta­ture de l’im­mé­dia­te­té de la té­lé­vi­sion. Il faut faire le buzz. Il y a aus­si de belles choses, les fic­tions du ser­vice pu­blic et de très bons ani­ma­teurs comme Cy­ril Fer­raud. Les ma­mies l’aiment dé­jà, comme moi lorsque j’avais 30 ans ».

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