À Cler­mont-Theix l’In­ra in­nove en ma­tière de blés « tout-ter­rain »

La Montagne (Montluçon) - - La Une - Do­mi­nique Dio­gon do­mi­nique.dio­gon@cen­tre­france.com

Le chan­ge­ment cli­ma­tique, la mul­ti­pli­ci­té des ma­la­dies et le res­pect de l’en­vi­ron­ne­ment sti­mulent la re­cherche sur les blés.

Re­cherche

Face au chan­ge­ment cli­ma­tique, à la mul­ti­pli­ci­té des ma­la­dies et à la né­ces­si­té d’être plus res­pec­tueux de l’en­vi­ron­ne­ment, les cher­cheurs, comme ceux de l’In­ra de Cler­mont-Theix, tra­vaillent sur des nou­velles va­rié­tés de blé ca­pables de s’adap­ter à tout type de condi­tions. Avec un atout de poids, le dé­cryp­tage du gé­nome.

Gilles Char­met et Thier­ry Lan­gin ont beau être des scien­ti­fiques purs et durs qui ma­nient avec ai­sance les for­mules sa­vantes, ce­la ne les em­pêche pas d’avoir aus­si, au pied de la lettre, le sens de la for­mule. Et de fi­ler la mé­ta­phore avec tout au­tant d’es­prit quand il s’agit d’évo­quer les futures va­rié­tés de blé mises au point dans le se­cret des la­bo­ra­toires.

« On ne cherche plus à créer des Fer­ra­ri mais des tout­ter­rain, des 4x4. Alors que pen­dant 20 ans, ce­la a été le contraire. Nous sé­lec­tion­nions des va­rié­tés qui se com­portent très bien dans cer­taines condi­tions, comme une Fer­ra­ri sur un cir­cuit à 300 km/h mais très mal sur une pe­tite route dé­par­te­men­tale. Or, au­jourd’hui, la pro­blé­ma­tique a évo­lué », sou­rient le di­rec­teur de re­cherche et le di­rec­teur de l’Uni­té mixte de re­cherche In­ra – UCA (Uni­ver­si­té de Cler­mont Au­vergne) gé­né­tique di­ver­si­té éco­phy­sio­lo­gie des cé­réales (UMR GDEC).

Le col­loque de l’as­so­cia­tion eu­ro­péenne des sé­lec­tion­neurs (EUCARPIA), qui a réuni fin mars 200 spé­cia­listes in­ter­na­tio­naux dans la ca­pi­tale au­ver­gnate, a mis en lu­mière le vi­rage pris par la re­cherche sous la pres­sion de deux élé­ments mo­teurs : le chan­ge­ment cli­ma­tique et le bas­cu­le­ment vers une agri­cul­ture plus res­pec­tueuse de l’en­vi­ron­ne­ment.

Sous l’ef­fet du chan­ge­ment cli­ma­tique, les ren­de­ments sta­ gnent de­puis 1995. Or, avec 9 mil­liards de bouches à nour­rir à l’ho­ri­zon 2050, il y a ur­gence à aug­men­ter la pro­duc­tion de la cé­réale la plus culti­vée au monde. Et donc de trou­ver de nou­velles va­rié­tés tout ter­rain grâce à une avan­cée ma­jeure : le dé­cryp­tage du gé­nome du blé. Un tra­vail ti­ta­nesque réa­li­sé, en par­tie, dans le cadre du pro­jet Breedw­heat, pi­lo­té de­puis 2011 par l’In­ra avec 25 autres par­te­naires.

« Grâce à ce dé­cryp­tage, nous sommes en me­sure de ré­ex­plo­rer les res­sources gé­né­tiques d’un oeil nou­veau pour dé­ni­cher des ca­rac­tères qui nous per­met­tront de créer des va­rié­tés tout­ter­rain », pour­suit le cher­cheur.

Au lieu de tâ­ton­ner en mul­ti­pliant les croi­se­ments, dif­fé­rentes tech­niques per­mettent de ga­gner un temps pré­cieux. « Pour créer une va­rié­té ca­pable de faire face à une mul­ti­tude de me­naces (ma­la­dies, sé­che­resse, tem­pé­ra­tures, CO2, etc.) et non un agres­seur par­ti­cu­lier, il faut bien com­prendre chaque ca­rac­tère gé­né­tique, un tra­vail énorme qui ne fait que com­men­cer (lire ci­des­sous), pour en­suite les ma­rier de fa­çon à ce que l’on op­ti­mise l’en­semble. Les ou­tils de si­mu­la­tion sont en­suite pré­cieux pour avan­cer plus vite afin de tes­ter en condi­tions réelles toutes les com­bi­nai­sons. Et en re­te­nir 500 sur les 10.000 pos­sibles. C’est un chan­ge­ment de pa­ra­digme im­por­tant », com­plète Thier­ry Lan­gin.

Deuxième axe fort, le bas­cu­le­ment vers une agri­cul­ture éco­lo­gi­que­ment in­ten­sive est en­clen­ché en Eu­rope. « Le grand dé­fi d’au­jourd’hui est d’ob­te­nir une pro­duc­tion op­ti­mum dans les condi­tions d’une agri­cul­ture du­rable, sou­ligne Gilles Char­met. On ne peut plus se per­mettre des pra­tiques qui dé­truisent les sols et l’en­vi­ron­ne­ment. Mais en même temps, l’en­jeu est que la fi­lière blé fran­çaise puisse conser­ver sa place de four­nis­seur sur le mar­ché mon­dial. Li­mi­ter la pol­lu­tion aux ni­trates ne se­ra pas très com­pli­qué. Pour les pes­ti­cides, c’est plus cultu­rel. On a ha­bi­tué pen­dant des an­nées les agri­cul­teurs à avoir une aver­sion aux risques. Mais les nou­veaux ou­tils d’aide à la dé­ci­sion de­vraient per­mettre de dire quand ce risque de­vient in­sup­por­table. »

Les ré­sis­tances aux ma­la­dies dues au trai­te­ment poussent éga­le­ment à un chan­ge­ment de pra­tique. « La sep­to­riose, la prin­ci­pale ma­la­die du blé, est dé­sor­mais ré­sis­tante aux stro­bi­lu­rines, conçus spé­cia­le­ment pour lut­ter contre elle. C’est une des rai­sons pour les­quelles il faut ar­rê­ter cette spi­rale in­fer­nale. Mais c’est dur de dire aux agri­cul­teurs de pas­ser à des mé­thodes qui n’offrent pas à l’ins­tant T les mêmes ga­ran­ties. Il y au­ra un pas­sage un peu dé­li­cat », conclut Thier­ry Lan­gin. ■

« On ne cherche plus à créer des Fer­ra­ri mais des 4x4 »

PHO­TO HER­VÉ CHELLÉ

ES­SAIS. Thier­ry Lan­gin et Gilles Char­met aus­cultent une nou­velle va­rié­té de blé culti­vée dans les serres de l’In­ra sur le site de Crouel à Cler­mont-Fer­rand.

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