La sélection, ci­ment d’une na­tion

Après l’épo­pée de 1998, le re­nou­veau de 2018

La Montagne (Montluçon) - - Coupe Du Monde -

Son par­cours au Mon­dial russe ré­veille la fer­veur de la Croa­tie pour sa sélection qui, de­puis plus d’un quart de siècle, joue un rôle cru­cial dans l’af­fir­ma­tion na­tio­nale du jeune Etat.

Vingt ans après l’épo­pée croate au Mon­dial 1998 où ils avaient été éli­mi­nés en de­mi­fi­nales par la France, les Croates re­trouvent les Bleus de­main à Mos­cou mais cette fois en fi­nale du Mon­dial 2018.

De­puis la mort en 1980 de Ti­to, pa­tron de la You­go­sla­vie, sa fé­dé­ra­tion de peuples de Slaves du sud, se dé­lite. Elle n’échappe pas au phé­no­mène eu­ro­péen « ul­tra », sou­vent po­li­ti­sé. Les stades « de­vien­nen t des l ieux d’ex­pres­sion d’op­po­si­tion au ré­gime », ex­plique Loïc Tre­goures, auteur d’une thèse de sciences po­li­tiques sur « Foot­ball, po­li­tique et iden­ti­tés » en exYou­go­sla­vie. En Croa­tie no­tam­ment, on vient au stade re v e n d i q u e r un « na­tio­na­lisme croate ré­pri­mé » ailleurs.

Le 13 mai 1990, la vi­site à Za­greb de l’Etoile Rouge Bel­grade est émaillée de vio­lences. Le Croate Zvo­ni­mir Bo­ban de­vient un hé­ros na­tio­nal en frap­pant un po­li­cier pour ve­nir au ÉTAT. Les Croates ont uti­li­sé le foot­ball comme moyen d’af­fir­ma­tion de leur sou­ve­rai­nisme.

se­cours d’un sup­por­teur. Cet épi­sode est le plus cél è b re, m a i s il y en eut d’autres en cette an­née pré­cé­dant la guerre d’in­dé­pen­dance contre les forces serbes ( 1 9 9 1 ­9 5, 20.000 morts).

Coup po­li­tique

Le 26 s e p t e m b re, les joueurs du Par­ti­zan Bel­grade fuient la pe­louse du Ha­j­duk Split, en­va­hie par des sup­por­teurs croates, dra­peaux à da­mier au vent. En haut de son mât,

le dra­peau you­go­slave est in­cen­dié.

Le 17 oc­tobre en­fin, les Croates réus­sissent un coup po­li­tique avec ce qu’ils consi­dèrent comme le pre­mier match de leur sélection. « Les Croates avaient men­ti à la Fi­fa, en di­sant que c’était une sélection de joueurs you­go­slaves qui al­lait jouer », ra­conte Loïc Tre­goures. Mais leur maillot rouge et blanc ne trompe per­sonne : c’est bien la Croa­tie qui bat à Za­greb les Etats­Unis (2­1) et af­firme sa vo­lon­té de quit­ter le gi­ron you­go­slave

Après la guerre, la sélection ci­mente l’iden­ti­té na­tio­nale. Y contri­buent la par t ic ipat ion à l’Eu­ro 1996, mais sur­tout l’épo­pée du Mon­dial 1998, ter­mi­né à la troi­sième place. L’en­goue­ment di­mi­nue en­suite. En cause, des ré­sul­tats en baisse mais sur­tout le di­vorce d’une par­tie des sup­por­teurs qui dé­noncent la main­mise sur le foot­ball croate de Zdrav­ko Ma­mic, homme d’af­faires sul­fu­reux au­jourd’hui en fuite en Bos­nie après sa ré­cente condam­na­tion à de la pri­son pour des mal­ver­sa­tions.

La si­tua­tion se nor­ma­lise, la guerre d’in­dé­pen­dance s’éloigne, les dif­fi­cul­tés éco­no­miques rat­trapent la Croa­tie qui entre dans l’Union eu­ro­péenne en 2013.

Les sup­por­teurs se si­gnalent par leurs dé­bor­de­ments, comme en France lors de l’Eu­ro 2016, ou par les dé­ra­pages des plus ul­tra­na­tio­na­listes qui en­tonnent vo­lon­tiers le sa­lut pro­na­zi « Za dom sprem­ni » . En juin 2015, des sup­por­teurs des­sinent une croix gam­mée sur la pe­louse à Sp l i t avant un match contre l’Ita­lie. ■

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