Fes­ti­val Jean-Car­met : ap­pre­nez les fi­celles de la réa­li­sa­tion

La Montagne (Moulins) - - La Une - Ma­thilde Du­cha­telle

Vingt-neuf jeunes en ser­vice ci­vique dans l’Al­lier ont par­ti­ci­pé à une jour­née spé­ciale hier, dans le cadre du fes­ti­val Jean-Car­met. Après avoir vi­sion­né des courts mé­trages, ils ont été in­vi­tés à réa­li­ser un plan sé­quence. Ac­tion !

Le fes­ti­val Jean­Car­met, dont la pas­sion est de mettre en lu­mière les jeunes es­poirs et les se­conds rôles, au­ra peut­être créé des vo­ca­tions en réa­li­sa­tion, hier, sous la bien­veillante hou­lette de Ni­co­las Bir­ken­stock.

Vingt­neuf jeunes en ser­vice ci­vique ont été in­vi­tés à réa­li­ser un court plan sé­quence (sans mon­tage), via un smart­phone prê­té par l’Atal­lier (le Fa­blab de Mou­lins), en pe­tits groupes de cinq ou six. Les contraintes : pré­sen­ter une per­sonne dans un contexte qui n’est pas le sien, et en choi­sis­sant un point de vue fort.

Voi­là pour les tra­vaux pra­tiques. Heu­reu­se­ment pour les jeunes gens, ils ont pu au préa­lable ap­prendre quelques « trucs » de réa­li­sa­teurs, en vi­sion­nant cinq courts­mé­tra­ ges, tous sur le thème de la mi­gra­tion (*) : Aïs­sa ,ou l’exa­men d’un mé­de­cin d’une jeune Congo­laise pour dé­ter­mi­ner si elle est ma­jeure (dé­jà dif­fu­sé en 2014) ; Es­tate, ou l’his­toire d’un homme noir qui ar­rive sur une plage, épui­sé, que per­sonne ne semble voir ; Le Ti­cket, ou un mal­en­ten­du qui pré­ci­pite un Fran­çais dé­nom­mé Aziz en centre de ré­ten­tion ;

Ré­ten­tion, ou le com­bat d’une jeune femme pour em­pê­cher les ex­pul­sions ou en­core Tu­ni­sie 2045, court d’an­ti­ci­pa­tion qui met en scène une fa­mille fran­çaise fuyant son pays (vi­sible sur le site du Ni­kon film fes­ti­val). À voir aus­si sur ce su­jet Et tou­jours nous mar­che­rons (courts mé­trage pro­gram­ me A, sa­me­di à 14 h 30).

Par­mi les as­tuces de pros, les scènes… qu’on n’est pas obli­gé de fil­mer : « Dans Ré­ten­tion , on ne voit pas la sé­quence où un homme se fait em­bar­quer, dé­crit Ni­co­las Bir­ken­stock. On le dit à un per­son­nage. On peut re­la­ter les choses sans en mon­trer une se­conde. Ça marche. C’est très in­té­res­sant, aus­si quand on a peu de moyens ».

À par­tir d’Es­tate, les élèves réa­li­sa­teurs d’un jour ont pu ex­pé­ri­men­ter le dé­ca­lage com­plet et l’iro­nie : « Ron­ny Tro­cker est par­ti d’une es­thé­tique de carte pos­tale, dans la­quelle on a l’im­pres­sion que seul l’homme qui vient de dé­bar­quer bouge. Les tou­ristes en short et les mouettes ne sont qu’un dé­cor dans le­quel on se ba­lade ».

En­fin, dans Tu­ni­sie 2045, le « point de vue sub­jec­tif » a été dé­cor­ti­qué. Au mo­ment où l’em­ployée de la pré­fec­ture se de­mande si elle va oui ou non ap­po­ser le tam­pon qui va sau­ver une fa­mille, le dos­sier est fil­mé via ses yeux. « Ce­la crée un point de vue fort par rap­port à une si­tua­tion. On en a l’exemple dans Les Pas­sa­gers de

la nuit avec Humphrey Bo­gart. La pre­mière par­tie, il s’évage de pri­son et la ca­mé­ra court comme lui. En deuxième par­tie, il change de vi­sage et garde un ban­dage. Ce n’est qu’à la fin qu’on voit l’ac­teur ».

Le réa­li­sa­teur conclut, avec un pe­tit sou­rire : « C’est une bonne idée pour tour­ner moins avec l’ac­teur prin­ci­pal ». Comp­tez entre 50.000 € et 100.000 pour un bud­get de court­mé­trage. Voi­là, vous sa­vez presque tout. À vos smart­phones !

PHO­TO : FRAN­ÇOIS-XA­VIER GUTTON

MAS­TER CLASS. Vingt-neuf jeunes en ser­vice ci­vique ac­com­pa­gnés de leurs tu­teurs ont pu bé­né­fi­vier d’une jour­née de « cours » avec le réa­li­sa­teur Ni­co­las Bir­ken­stock, fi­dèle du fes­ti­val : il est dé­jà ve­nu cinq fois.

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