La ges­tion 2010-2015 du dé­par­te­ment épin­glée

La Montagne (Moulins) - - La Une - Ariane Bou­hours ariane.bou­hours@cen­tre­france.com

La pré­sen­ta­tion du rap­port de la Chambre ré­gio­nale des comptes a don­né lieu hier à quelques passes d’armes entre les an­ciens pré­si­dents Gé­rard Dé­riot et JeanPaul Du­frègne.

La Chambre ré­gio­nale des comptes (CRC) a exa­mi­né la ges­tion du dé­par­te­ment de l’Al­lier sur la pé­riode 2010­2015. Un pre­mier rap­port, por­tant sur la ges­tion fi­nan­cière et le sec­teur so­cial, avait été pré­sen­té lors de la ses­sion du con­seil dé­par­te­men­tal de juin (notre édi­tion du 23 juin). La CRC s’est aus­si pen­chée sur la ges­tion des achats, et sur­tout sur la ges­tion des res­sources hu­maines et le contrat de par­te­na­riat pu­blic­pri­vé conclu pour la réa­li­sa­tion du contour­ne­ment rou­tier Sud­Ouest de Vi­chy.

1 La ges­tion des res­sources hu­maines.

La CRC pointe « de nom­breuses ir­ré­gu­la­ri­tés, graves pour la plu­part, pour l’at­tri­bu­tion de primes et in­dem­ni­tés, dont beau­coup sont ver­sées sans fon­de­ment et sans que l’as­sem­blée dé­li­bé­rante ait été ap­pe­lée à en dé­ci­der. La ré­gu­la­ri­sa­tion en fin d’an­née des heures sup­plé­men­taires conduit le dé­par­te­ment à ef­fec­tuer des écri­tures de paye in­sin­cères ». Elle note que « des marges de pro­grès sont im­por­tantes en termes de ré­gu­la­ri­té et d’éco­no­mies ».

Le pré­sident du Con­seil dé­par­te­men­tal de l’époque, Jean­Paul Du­frègne a lon­gue­ment dé­fen­du son bi­lan, et qua­li­fié ce rap­ port « de par­tial et sus­pi­cieux, por­tant sur des as­pects mar­gi­naux, qui n’en­tache pas une ges­tion ri­gou­reuse et trans­pa­rente ». Il a in­sis­té sur le contexte fi­nan­cier de l’époque : « une baisse dras­tique des do­ta­tions de l’Etat ». Et sur les ef­forts réa­li­sés pen­dant sa pré­si­dence : « Quand j’ai été élu, en 2008, j’ai créé un poste de contrô­leur de ges­tion char­gé de tra­vailler sur les postes et les ef­fec­tifs. Un am­bi­tieux pro­gramme de ma­na­ge­ment et de ré­duc­tion des frais gé­né­raux a été lan­cé. Un sché­ma unique pour l’en­semble du sec­teur so­cial, que vous avez d’ailleurs re­pris » a­t­il lan­cé à l’in­ten­tion de la ma­jo­ri­té ac­tuelle. En­fin, at­il re­gret­té, « les cor­rec­tions que nous avons mises en oeuvre à notre ar­ri­vée ne sont pas ci­tées. Je n’ai pas l’im­pres­sion que le dé­par­te­ment ait été dans une si­tua­tion si­nis­trée, je ne l’ai pas vu dans la liste des dé­par­te­ments concer­nés par l’aide ex­cep­tion­nelle aux dé­par­te­ments en dif­fi­cul­té ».

« Heu­reu­se­ment, avec les me­sures d’éco­no­mies de 7 mil­lions d’eu­ros qu’on a dû prendre en 2015 pour re­dres­ser le dé­par­te­ment ! », a ré­agi Gé­rard Dé­riot. « On a en­ga­gé dès notre ar­ri­vée un chan­tier de grande am­pleur sur la maî­trise de la masse sa­la­riale, l’ab­sen­téisme no­tam­ment. Comme quoi ce n’était pas for­cé­ment fait ! ».

2 Le contour­ne­ment sudouest de Vi­chy.

La CRC ex­plique que « le choix du contrat de par­te­na­riat pu­blic­pri­vé (PPP), a été prin­ci­pa­le­ment ar­rê­té pour des rai­sons fi­nan­cières ». Elle cible aus­si un cer­tain em­pres­se­ment du Con­seil dé­par­te­men­tal et « un dos­sier d’au­to­ri­sa­tion des tra­vaux in­com­plet à l’ori­gine d’une fra­gi­li­té ju­ri­dique connue de la col­lec­ti­vi­té ». Elle rap­pelle que « l’ar­rêt du chan­tier, suite au re­cours d’une as­so­cia­tion en­vi­ron­ne­men­tale, et la mise en oeuvre de me­sures com­pen­sa­toires re­quises par la loi ont ma­jo­ré le coût du par­te­na­riat de 14,1 mil­lions d’eu­ros TTC » (sur un coût to­tal d’opé­ra­tion de 95 M€TTC). Et dé­nonce « une re­la­tion contrac­tuelle dés­équi­li­brée ».

« Ce pro­jet était été dé­cla­ré d’uti­li­té pu­blique en mai 2007 », a ré­agi JeanPaul Du­frègne. « On n’a pas choi­si ce par­te­na­riat que pour des rai­sons fi­nan­cières, mais dans une dé­marche plus glo­bale. J’ai le sen­ti­ment d’une vi­sion a pos­te­rio­ri. Mal­gré les aléas, le coût du pro­jet n’a aug­men­té que de 17 %. On peut écrire qu’on s’est en­ga­gé dans un mon­tage com­plexe et coû­teux, mais qui peut af­fir­mer qu’une autre voie au­rait été plus éco­no­mique et moins ex­po­sée ? » a­t­il ques­tion­né. « L’im­por­tant, c’est que ce chan­tier ait été réa­li­sé, pour l’at­trac­ti­vi­té de Vi­chy. Je suis fier que cet ou­vrage ait été li­ vré, mal­gré les vents contraires ». Et, em­pha­tique : « Il y a ceux qui font des dis­cours et il y a ceux qui avancent et prennent leurs res­pon­sa­bi­li­tés ».

« Tant que l’État n’avan­çait pas sur sa par­tie, le contour­ne­ment nord de Vi­chy, cette opé­ra­tion n’était pas ur­gente », a ré­tor­qué Gé­rard Dé­riot, aux ma­nettes du dé­par­te­ment de 2001 à 2008, puis de mars 2015 à sep­tembre 2017. « Et les fi­nances n’étaient pas à la hau­teur. Ce PPP se ré­vèle com­plexe et coû­teux. On est pas­sé de 60 à 95 mil­lions d’eu­ros. Ce n’est pas rien. Il au­rait né­ces­si­té un exa­men en amont plus ap­pro­fon­di. Ce­la res­te­ra comme un exemple de ce qu’il ne faut pas faire ».

PHO­TO D’ARCHIVE DO­MI­NIQUE PARAT

CONTOUR­NE­MENT SUD-OUEST DE VI­CHY. La Chambre ré­gio­nale des comptes juge que « la vo­lon­té de voir abou­tir ce pro­jet d’in­fra­struc­ture rou­tière a conduit le dé­par­te­ment à s’en­ga­ger dans une re­la­tion contrac­tuelle dés­équi­li­brée ».

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