Le tra­fic de ci­ga­rettes n’épargne pas le Bour­bon­nais

La Montagne (Moulins) - - La Une - Mi­chaël Ni­co­las mi­chael.ni­co­las@cen­tre­france.com

Les deux cent dix bu­ra­listes du dé­par­te­ment sont in­quiets face à la hausse des prix du ta­bac et as­surent qu’elle va da­van­tage do­per le mar­ché pa­ral­lèle qu’ame­ner leurs clients à ar­rê­ter de fu­mer.

«J’ai vu beau­coup de clients, ce wee­kend. En­vi­ron deux sur dix me di­saient qu’ils al­laient es­sayer de ra­len­tir ou d’ar­rê­ter de fu­mer, les autres par­laient d’al­ler en Es­pagne. » L’exas­pé­ra­tion des bu­ra­listes face au mar­ché pa­ral­lèle lé­gal et illé­gal de vente de ta­bac n’est pas nou­velle, mais Laurent Ma­zal ne se prive pas de la rap­pe­ler alors que le pa­quet de ci­ga­rettes a aug­men­té de trente cen­times en moyenne, hier.

Pour le pré­sident de la chambre syn­di­cale des bu­ra­listes de l’Al­lier, la dé­ci­sion du gou­ver­ne­ment d’aug­men­ter le prix du pa­quet jus­qu’à dix eu­ros fin 2020, ne va faire que « dé­pla­cer le pro­blème ». « Oui, le ta­bac est un pro­duit dan­ge­reux, mais sans un vrai plan de lutte contre les tra­fics, et sans har­mo­ni­sa­tion de la fis­ca­li­té en Eu­rope, on ne fe­ra que mettre un peu plus en­core nos com­merces en dif­fi­cul­té. »

« Plus de fron­ta­liers »

Il en veut pour preuve l’opé­ra­tion « ra­masse pa­quets » réa­li­sée par le ca­bi­net KPMG, il y a quelques mois, qui consis­tait à col­lec­ter des em­bal­lages dans les pou­belles et sur les trot­toirs de plu­sieurs villes fran­çaises dont Mont­lu­çon. « Elle a mis en évi­dence que 43,2 % des pa­quets ne pro­ve­naient pas de notre ré­seau », sou­ligne Laurent Ma­zal. Dans l’Al­lier, Vi­chy poin­tait à 36,3 %, tan­dis que Cler­mont­Fer­rand était à 27 %, au ni­veau de la moyenne na­tio­nale.

Cette étude, même cri­ti­quée par les as­so­cia­tions de lutte contre le ta­ba­gisme pour sa mé­thode « opaque », met en évi­dence, se­lon Laurent Ma­zal « qu’il n’existe plus de fron­ta­liers. Nous sommes tous tou­chés par le phé­no­mène. Il faut rap­pe­ler qu’en 2003, le mar­ché pa­ral­lèle ne re­pré­sen­tait que 3 % des ventes. »

Les bu­ra­listes re­doutent le dé­ve­lop­pe­ment des nou­velles formes de tra­fic, via in­ter­net et les ré­seaux so­ciaux. « Au dé­but de l’été, nous en avons no­tam­ment si­gna­lé un à Mont­lu­çon, d’une per­sonne qui fai­sait des al­lers­re­tours à An­dorre pour re­vendre des car­touches à 50 eu­ros au lieu de 70 à l’époque alors qu’elles avaient été ache­tées 29 eu­ros. C’est in­to­lé­rable, poin­ te Laurent Ma­zal, et je m’en suis ou­vert au­près du pré­fet. Il ne faut pas oublier qu’au­de­là des mé­ventes pour nous, ce sont des ren­trées fis­cales en moins pour le dé­par­te­ment. »

Une conven­tion a été si­gnée, le 5 juillet à Mou­lins, par la chambre syn­di­cale, les trois par­quets de l’Al­lier et les forces de l’ordre pour jus­te­ment lut­ter contre ce mar­ché pa­ral­lèle. « Il faut des sanc­tions lourdes, in­siste Laurent Ma­zal. Les gen­darmes et les douanes font un très gros tra­vail que doit ac­com­pa­gner da­van­tage la po­lice. Il est im­por­tant de ne pas tom­ber dans la ba­na­li­sa­tion du tra­fic qui doit être trai­té au même titre que les stu­pé­fiants. »

PHOTO D’ARCHIVES FLORIAN SALESSE

CRAINTES. Les bu­ra­listes de l’Al­lier at­tendent des pou­voirs pu­blics qu’ils soient in­tran­si­geants sur la ques­tion du tra­fic de ci­ga­rettes.

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