Les Mou­li­nois sé­duits par leur patrimoine

Après la ré­ou­ver­ture, il y a un an, de la salle des re­tables, un nou­vel es­pace est créé

La Montagne (Moulins) - - La Une - Ariane Bou­hours ariane.bou­hours@cen­tre­france.com

JOUR­NÉES. Une tren­taine de sites ont ou­vert leurs portes au pu­blic hier. Clas­sique, tou­jours su­perbe, la ville de Mou­lins vue du toit de la Mal­Coif­fée. MU­SÉE ANNE-DE-BEAUJEU. Un nou­vel es­pace consa­cré aux arts dé­co­ra­tifs a ou­vert hier. Chi­noi­se­rie et ja­po­nisme pro­pose soixante­dix ob­jets, pour la plu­part in­édits.

Le mu­sée Anne-deBeau­jeu a ou­vert, hier, un nou­vel es­pace consa­cré aux arts dé­co­ra­tifs. “Chi­noi­se­rie et ja­po­nisme” pro­pose 70 ob­jets, pour la plu­part in­édits.

Le mu­sée Anne­de­Beaujeu a su ex­ploi­ter au maxi­mum le peu d’es­pace en­core dis­po­nible au sein du pa­villon Re­nais­sance du pa­lais des ducs de Bour­bon. Il a ou­vert hier un nou­vel es­pace dé­dié aux arts dé­co­ra­tifs, “Chi­noi­se­rie et ja­po­nisme”, qui s’ajoute au par­cours per­ma­nent. À dé­cou­vrir, 70 oeuvres, des XIXe et dé­but du XXe, dont la plu­part n’ont ja­mais été pré­sen­tées au pu­blic : mo­bi­lier du Viet­nam, por­ce­laines chi­noises, vases d’Émile Gal­lé, pion­nier de l’Art nou­veau, ar­mure de Sa­mou­raï…

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Une ou­ver­ture du mu­sée sur le XXe siècle. Cette nou­velle salle com­plète, par des pièces plus ré­centes, le par­cours per­ma­nent, qui dé­bute par des mo­mies égyp­tiennes et court jus­qu’à la peinture aca­dé­mique du XIXe. Et consti­tue dé­sor­mais l’ul­time salle du par­cours de vi­site. Ici, point d’aca­dé­misme : les oeuvres pré­sen­tées étaient toutes no­va­trices pour leur époque. La plu­part des pièces n’ont ja­mais été ex­po­sées, hor­mis les portes si­gnées Georges­An­toine Ro­che­grosse, dé­jà pré­sen­tées tem­po­rai­re­ment en 2013.

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Une pas­sion­nante plon­gée dans l’his­toire de la fin du XIXe et du dé­but du XXe. La nou­velle salle per­met d’en sa­voir plus sur l’at­trait des Eu­ro­péens pour l’Ex­trême­Orient : soie­ries, por­ce­laines et ob­jets en laque ont sus­ci­té très tôt dans l’his­toire un vif en­goue­ment, car ces tech­niques étaient in­con­nues en Eu­rope. Cer­tains ob­jets ont même été conçus pour l’ex­por­ta­tion, mê­lant formes eu­ro­péennes (comme les éton­nantes ca­fe­tières ex­po­sées) et tech­niques asia­tiques. En té­moignent des ser­vices en por­ce­laine or­nés des ar­moi­ries de leur com­man­di­taire eu­ro­péen. Sur cer­taines por­ce­laines, les per­son­nages res­semblent, de loin, à des Eu­ro­péens. Mais de plus près, leurs yeux bri­dés se de­vinent sans peine.

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Une col­lec­tion rare de vases d’Émile Gal­lé. À la fin du XIXe, l’ukiyo­e, mou­ve­ment ar­tis­tique ja­po­nais pré­sent dans des pein­tures et es­tampes ja­po­naises, de­vient une source d’ins­pi­ra­tion pour les ar­tistes eu­ro­péens, no­tam­ment les pro­ta­go­nistes de l’Art nou­veau. En té­moigne cet en­semble in­édit à Mou­lins de vases créés par Émille Gal­lé (1846­1904), maître ver­rier, chef de file de l’Art nou­veau. « Lorsque ces pièces avaient été don­nées au mu­sée, elles étaient dé­mo­dées, mais au­jourd’hui ces pro­duc­tions sont très re­cher­chées », ex­plique Maud Leyou­dec.

« On peut en avoir sur­tout à Pa­ris, au Mu­sée du Pe­tit Pa­lais et au Cnam, et au mu­sée de Nan­cy. Nous avons la chance d’avoir à Mou­lins un en­semble de pièces in­té­res­santes. C’était im­por­tant qu’il soit mon­tré au pu­blic. Cha­cune de ces pièces, sou­vent uniques ou fa­bri­quées en pe­tites sé­ries, at­teint de nos jours des sommes très im­por­tantes. Cer­tains vases sont dé­di­ca­cés à Ai­mé Laus­se­dat, per­son­nage bien connu des Mou­li­nois, qui di­ri­gea le Cnam (Con­ser­va­toire na­tio­nal des Arts et mé­tiers). Une vraie plus va­lue ».

Autres cu­rio­si­tés, ces portes réa­li­sées par Ro­che­grosse pour le bel ap­par­te­ment pa­ri­sien de son beau­père, Théo­dore­deBan­ville : dans la par­tie mé­diane, l’ar­tiste s’est ins­pi­ré d’un man­ga nar­rant l’his­toire de pay­sans en­ivrés, n’en ra­tez pas les dé­tails, par­fois san­gui­no­lents ! Ou en­core, ces boi­se­ries prove­ nant de la vil­la de Théo­dore­deBan­ville de Lu­ce­nay­lès­Aix, dans la Nièvre.

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Des col­lec­tions dé­sor­mois mieux connues. Sor­ties des ré­serves du mu­sée, les oeuvres ont été étu­diées par des spé­cia­listes, par­mi les­quels la conser­va­trice du mu­sée Cer­nu­schi, mu­sée pa­ri­sien consa­cré à l’Ex­trê­meO­rient. Ce­la a per­mis de da­ter et d’iden­ti­fier pré­ci­sé­ment les pièces. Et toutes ont été res­tau­rées. Autre source d’in­té­rêt, les oeuvres ont été don­nées pour la plu­part au mu­sée par des col­lec­tion­neurs : les époux Laus­se­dat, les amis d’Émile Gal­lé et une ex­plo­ra­trice­écri­vaine, Eri­qué Gillo­teaux. Une voya­geuse let­trée, à l’ins­tar d’Alexan­dra Da­vid­Néel, mais dont les écrits, pu­bliés au dé­but du XXe, sont au­jourd’hui in­trou­vables en France. Mais Maud Leyou­dec en a trou­vé la trace… en Aus­tra­lie. 5

Une di­men­sion lu­dique. Un écran tac­tile (en cours d’ins­tal­la­tion), offre aux plus jeunes trois jeux : re­cons­ti­tu­tion d’une ar­mure, jeu avec des por­ce­laines chi­noises… Des jeux qui sé­dui­ront au­tant les en­fants que leurs pa­rents. ■

PHO­TO PHI­LIPPE BIGARD

PHO­TOS FRAN­ÇOIS-XA­VIER GUT­TON

OEUVRES. En haut : por­ce­laines chi­noises et meubles asia­tiques. En bas : vase d’Emile Gal­lé, boi­se­ries, et dé­tails de por­ce­laine.

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