Chat rend fou

La Montagne (Thiers-Ambert) - - Lemag' -

Les chats ont en­fin un livre de re­cettes de cui­sine (alors qu’il existe heu­reu­se­ment des livres de cui­sine grecque ou por­tu­gaise). Les édi­tions Ma­ra­bout ont ré­pa­ré cet ou­bli avec

Pour la mo­dique somme de 16,90€, vous avez trente re­cettes en deux ver­sions, cha­cune avec les mêmes in­gré­dients, cha­cune avec des pho­to­gra­phies cou­leur. Exemple pour vous : « sa­lade exo­tique aux cre­vettes » ; et pour votre chat : « pe­tite crème à la ba­nane, cham­pi­gnons, cre­vettes ». Pour vous : « Sou­ris d’agneau, épices et po­ti­ron » ; pour le chat : « Agneau en sou­ris ». Vous vou­lez du gas­tro­no­mique ? pour vous : « ai­guillettes de ca­nard au poivre, bal­sa­mique et cour­gettes » ; pour lui : « émin­cé de ca­nard en ge­lée ». Plus rus­tique ? Pour vous : « tar­tare aux an­chois » ; pour lui : « steak chtar­tare » [sic]. C’est quoi un chtar­tare ? La re­cette du ma­tou com­mence par 20 g de cour­gettes cuites à l’eau, ajou­tez­y une cuille­rée à soupe de flo­cons d’avoine, et « 40g de steak ha­ché ul­tra­frais cru ». Le mes­sage est clair : vous pou­vez re­fi­ler des sur­ge­lés à vos gosses, mais pas au chat ! L’ou­vrage re­çoit la pré­face d’un vé­té­ri­naire nu­tri­tion­niste, le Dr Du­quesne. Que dit­il ? Que le chat est un car­ni­vore exclusif. Ques­tion : quel in­té­rêt alors de lui mi­ton­ner des cour­gettes et des flo­cons d’avoine ? D’au­tant que le pre­mier cha­pitre ra­conte sa chasse aux animaux vi­vants, « pe­tites formes cou­vertes de four­rures, de plumes ou d’écailles. » L’au­teur, qui adore les chats – moi aus­si –, les vé­nère au point de par­ler à leur place, à la pre­mière per­sonne : « Cette moi­tié faite de sang et de chair ap­porte à mon or­ga­nisme ce qu’il ré­clame. Il ne lui faut rien d’autre pour cou­vrir ses be­soins ». Va com­prendre. Les chats rendent fou. De­puis mars der­nier, le par­fu­meur amé­ri­cain De­me­ter com­mer­cia­lise de l’eau de Co­logne à l’odeur de pe­tit chat. La Fra­grance « Kit­ten Fur » (four­rure de cha­ton) a de­man­dé plus de 15 ans d’éla­bo­ra­tion. La marque s’est spé­cia­li­sée dans les par­fums in­so­lites, comme le gin­to­nic, le ham­bur­ger, la pâte à mo­de­ler, le pop­corn ou le talc de bé­bé. Et pourquoi pas ? cer­tains construc­teurs au­to­mo­biles va­po­risent du par­fum de cuir neuf dans l’ha­bi­table des mo­dèles de luxe (sans vous le dire) avant de les en­voyer chez leurs conces­sion­naires.

Plus franc du col­lier, voi­ci comment De­me­ter a van­té sa der­nière créa­tion : « Les chats, on les aime ou on les dé­teste. Il n’y a pas de de­mi­me­sure. Mais tout le monde adore les cha­tons ! » Les prix du par­fum de bé­bé chat courent de 3 dol­lars (un échan­tillon) à 39,99 $ pour le mo­dèle fa­mi­lial.

Ces anec­dotes n’ont rien d’anec­do­tique. Les chats pèsent d’un poids in­ver­se­ment pro­por­tion­nel à leur ap­pa­rente lé­gè­re­té. On es­time le mar­ché mon­dial de la nour­ri­ture pour chats à 12 mil­liards de dol­lars par an. Pas des mil­lions, des mil­liards ! Avec cette somme, le PSG au­rait pu s’of­frir une cin­quan­taine de Ney­mar, Air France une tren­taine d’Air­bus A380, et vous 34.682 Fer­ra­ri 812 Su­perFast, la der­nière née, le bo­lide le plus puis­sant et le plus ra­pide ja­mais construit par Fer­ra­ri (ta­rif sans les op­tions : 287.424 €).

Je vous l’ai dit : les chiffres donnent le ver­tige. Et les chats n’ont ja­mais le ver­tige. Comme di­sait Vic­tor Hu­go : chaque chat est un chefd’oeuvre. ■

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.