« Des études très in­tel­lec­tuelles, mais aus­si très ma­nuelles »

La Montagne (Thiers-Ambert) - - Enseignement Supérieur -

An­cien élève de l’école, en­sei­gnant ar­chi­tecte in­ter­na­tio­nal (ex­po­sé lors de la der­nière Bien­nale de Ve­nise) et pré­sident du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’En­sa, Si­mon Teys­sou est bien pla­cé pour par­ler de son mé­tier.

« Ce sont des études ex­trê­me­ment in­tel­lec­tuelles, mais aus­si ex­trê­me­ment ma­nuelles. » Si­mon Teys­sou ré­sume toute la ri­chesse et l’am­bi­va­lence de ce mé­tier. Né­ces­si­tant une grande ré­flexion, abs­traite, qua­si phi­lo­so­phique, pour une mise en pra­tique concrète et ar­ti­sa­nale.

« Quand nous fi­nis­sons nos créa­tions, elles com­mencent à vivre. Elles évo­luent et changent avec les gens qui l’ha­bitent. C’est ce qui fait la dif­fé­rence entre un ar­tiste et un ar­chi­tecte. » Alors re­pre­nons les choses à la base. Qu’est­ce que l’es­sence de l’ar­chi­tec­ture ? « C’est l’es­pace. Nous sommes des pro­fes­sion­nels de la ques­tion spa­tiale. » Des cho­ré­graphes du mode de vie. « C’est pour ça que beau­coup de di­plô­més d’ar­chi­ tec­ture de­viennent pho­to­graphes. Vous se­riez éton­nés. »

À ses yeux, être ar­chi­tecte, c’est « sim­ple­ment jouer avec les pleins et les vides ». Et quel est le plus im­por­tant ? Le plein ou le vide ? « Le vide évi­dem­ment, c’est là où vivent les gens. Nous, on gère les pleins, mais ce n’est pas le plus im­por­tant. » Étrange mé­tier.

Un mé­tier en pleine mu­ta­tion. « L’État est en train de lé­gi­fé­rer pour évi­ter d’étendre les villes sur les terres agri­coles. En dix ans, la France a consom­mé l’équi­valent d’un dé­par­te­ment de terres agri­coles. Donc, dans dix ou vingt ans, la ma­jo­ri­té du tra­vail d’ar­chi­tecte por­te­ra sur le pa­tri­moine exis­tant et son adap­ta­tion aux nou­veaux be­soins. »

D’ailleurs, dans ses ré­flexions me­nées de­puis son ca­bi­net du Cantal, dans le vil­lage de 1.000 ha­bi­tants du Rou­get, Si­mon Teys­sou in­tel­lec­tua­lise son pro­pos : « L’es­thé­tique a long­temps pré­va­lu sur la pra­tique. Au­jourd’hui, c’est l’in­verse. L’es­thé­tique est de­ve­nue presque ta­boue. »

La nou­velle gé­né­ra­tion ac­com­pagne plei­ne­ment cette ten­dance. « Ils sont na­tu­rel­le­ment in­té­res­sés par le dé­ve­lop­pe­ment du­rable et l’ar­chi­tec­ture d’ur­gence. Il y a aus­si un re­gain d’in­té­rêt pour l’ar­chi­tec­ture ru­rale. » ■

« Entre le plein et le vide, le plus im­por­tant, c’est le vide ».

SI­MON TEYS­SOU.

Pré­sident du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion

PHOTO FRAN­CIS CAMPAGNONI

IN­TÉ­RÊT. Des élèves por­tés vers les pro­blèmes de leur temps.

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