« Ça va­lait le coup de sur­en­ché­rir »

■ Les pro­prié­taires qui ne peuvent plus payer leur cré­dit voient par­fois leur bien mis en vente

La Montagne (Thiers-Ambert) - - Puy-de-dôme - Actualité - Émi­lie Zaugg emi­lie.zaugg@cen­tre­france.com

Deux fois par mois, des biens im­mo­bi­liers sont mis en vente au tri­bu­nal de grande ins­tance de Cler­montFer­rand. Les ache­teurs font mon­ter les en­chères.

5.700 m² de terres construc­tibles à Billom. Les trois pro­prié­taires qui en ont hé­ri­té ne se sont pas en­ten­dus sur la vente. Une pro­cé­dure en jus­tice a été en­ga­gée et la vente for­cée du bien or­don­née.

Il y a dix jours, à l’au­dience des criées, le ter­rain a été mis aux en­chères. Mise à prix 40.000 eu­ros. Dans la salle, les ac­qué­reurs po­ten­tiels sont prêts, re­pré­sen­tés – c’est obli­ga­toire – par un avo­cat. L’huis­sier de jus­tice lance le chro­no­mètre pour 90 se­condes. Re­mis à zé­ro à chaque nou­velle offre. C’est par­ti. 41.000 eu­ros, 42.000, 43.000 pour Me Treins. Le prix grimpe. Deux hommes se dis­putent le bien. Puis deux autres entrent dans la course. Ça monte jus­qu’à 100.000 eu­ros. Me Li­magne semble avoir le der­nier mot. Les se­condes dé­filent. Mais les en­chères se pour­suivent. Me Baf­fe­leuf s’en mêle. M Barge aus­si. 130.000, 140.000 eu­ros. Les pre­miers in­té­res­sés lâchent prise. 150.000, 160.000 eu­ros.

Chaque avo­cat jette un oeil vers son client pour sa­voir s’il doit conti­nuer à mon­ter le prix. 170.000, 180.000 eu­ros. Le client de Me Baf­fe­leuf fait signe d’ar­rê­ter. Me Barge a rem­por­té le bien pour son client. Ce der­nier est un pro­fes­sion­nel, comme la ma­jo­ri­té des ache­teurs. Mais des par­ti­cu­liers peuvent aus­si se por­ter ac­qué­reur.

« Je viens ré­gu­liè­re­ment et là je vou­lais avoir ce ter­rain en in­di­vi­sion avec un col­lègue pour le di­vi­ser en plu­sieurs lots, in­dique l’ache­teur, dé­sor­mais ad­ju­di­ca­teur des terres de Billom. C’est as­sez aléa­toire les en­chères, mais là, ça va­lait le coup de sur­en­ché­rir et de se battre. »

Un im­meuble à Am­bert est ac­quis après une seule en­chère, idem pour un im­meuble à Blan­zat où, là, il fau­dra pro­cé­der à l’ex­pul­sion du pro­prié­taire puis­qu’il vit en­core de­dans…

Si cette au­dience des criées est une manne pour les ache­teurs qui peuvent ob­te­nir un bien à un prix dé­fiant toute concur­rence, elle est aus­si l’il­lus­tra­tion de nau­frages fi­nan­ciers. Des par­ti­cu­liers ou des pro­fes­sion­nels qui n’ar­rivent plus à payer leur cré­dit im­mo­bi­lier. Ils sont alors dé­pos­sé­dés de leur bien se­lon une pro­cé­dure très pré­cise et tech­nique. Avec des or­ga­nismes ban­caires qui tiennent à ré­cu­pé­rer au­tant d’ar­gent que pos­sible. Si des so­lu­tions amiables sont par­fois trou­vées, la seule al­ter­na­tive de­vient par­fois la vente for­cée ­ qui ne peut être sus­pen­due que par une pro­cé­dure de sur­en­det­te­ment.

Un ter­rain mis à prix 40.000 eu­ros, ven­du 180.000 eu­ros

« Der­rière ces ventes, il y a des his­toires de vie »

« Der­rière ces ventes, il y a des his­toires de vie, sou­ligne Anne Ro­bert, pre­mière vice­pré­si­dente du TGI de Cler­mont­Fer­rand et juge de l’exé­cu­tion. Mon rôle est de veiller à ce que toutes les condi­tions pro­cé­du­rales soient res­pec­tées, à ce que les frais de­man­dés par les créan­ciers soient pré­ci­sé­ment dé­taillés. »

Avant d’ar­ri­ver à la vente for­cée, les banques ou les créan­ciers tentent, en gé­né­ral, d’autres re­cours. « Ce­la peut pas­ser par la mise en place, à l’amiable, d’un échéan­cier ou de sai­sies sur sa­laire », in­dique Anne Ro­bert. Mais les dé­bi­teurs, sou­vent pris à la gorge, ne sont par­fois plus en me­sure de trou­ver une quel­conque so­lu­tion de paie­ment.

En fin d’au­dience, les dé­bats tournent au­tour de biens où l’im­passe se des­sine pour les dé­bi­teurs. Où les créan­ciers ne savent qu’au­cun ar­ran­ge­ment amiable n’est pos­sible. Me Dos San­tos, qui re­pré­sente le créan­cier, vou­drait ar­ri­ver à la vente for­cée d’une su­perbe mai­son à Mi­re­fleurs es­ti­mée ­ avant qu’un in­cen­die ne l’en­dom­mage ­ à 500.000 eu­ros. Elle pour­rait être mise à prix entre 100.000 et 200.000 eu­ros. Anne Ro­bert ren­dra sa dé­ci­sion le 17 mai pro­chain. ■

PHO­TOS RE­NAUD BALDASSIN

AU­DIENCE. dé­comp­té. La pré­si­dente or­donne la vente et l’huis­sier va­lide les en­chères, qui doivent in­ter­ve­nir en un temps

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