« J’ai ten­dance à par­don­ner »

Criante de vé­ri­té et d’émo­tion à fleur de peau dans son nou­veau film, En mille mor­ceaux, elle campe une mère ren­con­trant l’as­sas­sin de son fils, à sa sor­tie de pri­son. « Je ne suis pas là pour don­ner des le­çons ».

La Montagne (Thiers-Ambert) - - Le mag - Oli­vier Bo­hin oli­vier.bo­hin@cen­tre­france.com

Une femme comme les autres

Elle a dit « ban­co » sur le simple SMS de la jeune réa­li­sa­trice Vé­ro­nique Mé­ria­dec lui écri­vant « J’ai un pro­jet im­pos­sible ». Clé­men­tine Cé­la­rié s’est lan­cée avec la fougue qui la ca­rac­té­rise dans En mille mor­ceaux, un film coup­de­poing sur la ré­si­lience, le par­don face à des actes ab­jects.

■ Vous cam­pez une mère qui ren­contre l’as­sas­sin de son fils tout juste sor­ti de pri­son et en­gage un échange qui va presque jus­qu’au par­don. Si ce­la vous ar­ri­vait, que fe­riez-vous ? Je ne peux pas ima­gi­ner un truc pa­reil, je ne me suis ja­mais po­sé la ques­tion. En re­vanche, le par­don, c’est quelque chose vers le­quel j’ai ten­dance à al­ler. Par­don­ner, c’est dé­ga­ger le mau­vais qu’il y a dans chaque être hu­main. Ne pas tout le temps ron­ger l’os de la ven­geance.

■ Êtes-vous fa­vo­rable au dé­ve­lop­pe­ment de la jus­tice ré­pa­ra­trice, consis­tant en un dia­logue entre l’au­teur d’un crime et les proches de ses vic­times ? Le dia­logue est im­por­tant, même si ce­la ne doit pas être évident. Dans le film, mon per­son­nage veut par­ler au bour­reau de son fils, on ne sait pas trop pour­quoi au dé­part. Je ne suis pas là pour don­ner des le­çons, j’en­file une peau l’es­pace d’un film. Il faut beau­coup de pu­deur. Ce qui est dingue, dans une pro­jec­tion, j’ai ren­con­tré une femme qui avait vé­cu cette ren­contre avec l’as­sas­sin de son fils.

■ Comment vous êtes-vous pré­pa­ré à ce rôle com­plexe, dur ? J’ai pris beau­coup de re­cul. Pour moi, cette femme est to­ta­le­ment “sé­ chée”, sé­chée, comme quel­qu’un qui n’a plus de sens à sa vie. Je joue une si­tua­tion ex­cep­tion­nelle, c’est ce qui m’a plu dans ce film tor­tueux. C’est gé­nial de faire un truc im­pos­sible. Je fais ce mé­tier pour ça, pas for­cé­ment pour faire plein d’en­trées. C’est aus­si une belle aven­ture hu­maine, un truc d’équipes. J’ai beau­coup tra­vaillé avec Serge Ria­bou­kine, mon par­te­naire, la réa­li­sa­trice du film, Vé­ro­nique Mé­ria­dec et Gé­rald Mas­sé, le cos­cé­na­riste.

■ Avez-vous pui­sé dans vos propres dou­leurs ? Je ne me mets pas dans la peau d’une autre. C’est le per­son­nage qui entre dans ma peau, le temps du film, je suis Ni­cole Par­men­tier, ren­con­trant l’as­sas­sin de son fils Oli­vier. Il y a donc un peu de moi dans ce rôle mais je ne suis pas pour au­tant Ni­cole ! Il y a tout un pro­ces­sus qui se met en place ! Pour un tel per­son­nage, il faut de la ma­tu­ri­té, al­ler cher­cher des choses au fond de soi­même.

■ Avez-vous le sen­ti­ment de cas­ser cette image de femme un peu fri­vole que le pu­blic re­tient avec des per­son­nages po­pu­laires ? Je ne casse au­cune image, ce­la m’im­porte peu. J’ignore si c’est le rôle de ma vie. Tous les rôles qui sont bons sont un peu les rôles de notre vie.

■ Comment res­sort-on d’une telle ex­pé­rience ? Je pense sou­vent à cette ques­tion. Mon per­son­nage de cette femme meur­trie n’est qu’un rôle au ci­né­ma. C’est un tra­vail où la com­pli­ci­té du par­te­naire est im­por­tante. Pour moi, c’est plus fa­cile de faire une vic­time que pour Serge Ria­bou­kine. Pour lui, c’est dur de jouer un bour­reau. Après les prises, on ri­gole. Je peux pas­ser du truc dou­lou­reux à l’au­to­dé­ri­sion hors ca­mé­ra. Le drame de­mande une éner­gie, on se vide. On peut sor­tir par­fois un peu KO phy­si­que­ment, mais ce­la fait du bien. C’est un plai­sir. On es­saye de faire de l’art, je ne pré­tends pas être une ar­tiste mais j’ai­me­rais, un jour, l’être.

■ Vous aviez dé­cla­ré il y a 2 ans « être fau­chée ». Ça va mieux ? Cette dé­cla­ra­tion avait été mon­tée en épingle. Je suis comme tout le monde, avec des hauts et des bas fi­nan­ciers. J’ai beau être à l’af­fiche de films ou de pièces de théâtre, je suis une femme comme les autres, une per­sonne comme les autres. ■

➔ En mille mor­ceaux, de Vé­ro­nique Mé­ria­dec. Sor­tie le mer­cre­di 3 oc­tobre.

PHO­TO OLI­VIER BO­HIN

EN­GA­GE­MENT. ! « Je suis partante pour tous les beaux pro­jets. C’est gé­nial de faire des trucs im­pos­sibles

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