« Coût » dur pour le CHU de Li­moges

L’hô­pi­tal de­vra dé­sor­mais prendre en charge les trans­ferts in­ter­hos­pi­ta­liers as­su­rés par le Smur

La Montagne (Tulle) - - Limousin | Actualité - Co­ra­lie Zarb

Le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif a tran­ché en fa­veur de la po­ly­cli­nique de Li­moges, qui re­fu­sait de payer la fac­ture con­cer­nant les trans­ferts in­ter­hos­pi­ta­liers de ses pa­tients.

La dé­ci­sion que le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif de Li­moges a ren­due hier n’est pas une sur­prise. Sui­vant le sens des conclu­sions du rap­por­teur pu­blic, li­vrées à l’au­dience du 28 sep­tembre der­nier, la po­ly­cli­nique de Li­moges vient de ga­gner en pre­mière ins­tance la ba­taille ju­ri­dique qui l’op­pose au CHU de Li­moges.

650 trans­ferts pour 950.000 €

En jeu : la note s’éle­vant à en­vi­ron 950.000 € que le CHU a en­voyée à la po­ly­cli­nique pour ré­gler les frais de près de 650 trans­ports as­su­rés par le Smur (ser­vice mo­bile d’ur­gence et de ré­ani­ma­tion) des pa­tients trans­fé­rés de la po­ly­cli­nique vers le CHU.

L’éta­blis­se­ment pri­vé es­time que le trans­port de ses pa­tients en dé­tresse vi­tale vers les ser­vices d’ur­ gences du CHU est une mis­sion de ser­vice pu­blic et entre par consé­quent dans la do­ta­tion de ce der­nier, ges­tion­naire du Sa­mu.

Cette « pa­tate chaude » que se ren­voient de­puis 2015 les deux géants de la san­té de Li­moges n’est pas un cas unique. Bien au contraire. À Caen, Tou­louse ou Nice, les ju­ri­dic­tions ad­mi­nis­tra­tives ont eu à exa­mi­ner le même conten­tieux. Avec, par­fois, des dé­ci­sions de jus­tice contra­dic­toires. Des tri­bu­naux ont es­ti­mé que cer­tains trans­ferts in­ter­hos­pi­ta­liers as­su­rés par le Smur ne re­le­vaient pas de l’ur­gence vi­tale et que les cli­niques de­vaient en as­su­mer la charge.

De l’ur­gence et c’est tout

Le Con­seil d’État s’est sai­si de la ques­tion à tra­vers le li­tige op­po­sant le CHU de Nice à la po­ly­cli­nique Saint­Jean de Cagnes­sur­Mer.

Son ar­rêt du 8 fé­vrier 2017 est lim­pide. Se­lon lui, « uns struc­ture mo­bile d’ur­gence et de ré­ani­ma­tion n’in­ter­vient que dans le cadre de sa mis­sion de ser­vice pu­blic d’aide mé­di­cale d’ur­gence, sur dé­ci­sion du mé­de­cin ré­gu­la­teur du SA­MU ». Par consé­quent, seuls les CHU ont à prendre en charge les coûts du trans­port. Le Con­seil d’Etat ne fait au­cune dis­tinc­tion dans les trans­ports as­su­rés par le Smur, es­ti­mant qu’il re­lève tous de l’ur­gence.

C’est en s’ap­puyant sur cet ar­rêt que le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif de Li­moges a don­né sa­tis­fac­tion to­tale à la po­ly­cli­nique de Li­moges.

Un « coût » dur pour l’éta­blis­se­ment pu­blic qui de­vra donc s’as­seoir sur cette fac­ture de 950.000 € alors qu’il af­fiche dé­jà un dé­fi­cit bud­gé­taire im­por­tant, es­ti­mé à 11 mil­lions d’eu­ros par an de­puis 2015.

Con­tac­tée, l’avo­cate du CHU, Me Anne Mon­pion, se dit « très frus­trée de cette dé­ci­sion, car le tri­bu­nal tout comme le Con­seil d’Etat n’ont pas été au fond du su­jet ». Le CHU se ré­serve le droit de faire ap­pel.

Quant à la po­ly­cli­nique, si son avo­cat, Ri­chard Dou­det, dé­clare qu’elle se ré­jouit de la dé­ci­sion, il pré­cise qu’elle « au­rait pré­fé­ré une so­lu­tion à l’amiable, qu’elle a ten­té à plu­sieurs re­prises ».

PHO­TO BRI­GITTE AZZOPARD

UR­GENCES. Sui­vant l’ar­rêt du Con­seil d’Etat, le tri­bu­nal a es­ti­mé que les trans­ports du Smur re­vêtent par es­sence un ca­rac­tère d’ur­gences et re­lèvent donc de l’en­ve­loppe des mis­sions de ser­vice pu­blic du CHU.

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