Le sa­von Li­mou­sin des sa­vants li­mou­geauds

Na­ture et Li­mou­sin connaît une crois­sance forte et por­te­ra de nom­breux pro­jets en 2018

La Montagne (Tulle) - - Les mercredis de l'économie - Sé­bas­tien Du­bois se­bas­tien.du­bois@cen­tre­france.com

Im­plan­tée à Li­moges, la so­cié­té Na­ture et Li­mou­sin y conçoit des sa­vons et pro­duits de beau­té « made in Li­mou­sin ». Et le suc­cès et les pro­jets abondent.

«En fait, on fai­sait de la prose sans le sa­voir. » Sou­rire écla­tant et crâne lui­sant, Alain Dou­gnac fait un Mon­sieur Jour­dain très mo­derne. Une dif­fé­rence, ce­pen­dant : à 63 ans, cet an­cien pro­fes­seur de l’AFPA ne veut comp­ter fleu­rette à per­sonne et n’en­vi­sage pas da­van­tage de se re­con­ver­tir dans une pièce à suc­cès. Son théâtre des rêves à lui se si­tue à Li­moges, quelque part, entre le quar­tier des Cou­tures où son en­tre­prise Na­ture et Li­mou­sin tient bou­tique et les abords de la ca­thé­drale où se trouve son ate­lier de fa­bri­ca­tion.

« Pro­gres­sion ful­gu­rante »

« De­puis dix ans », Alain Dou­gnac confec­tionne des sa­vons « na­tu­rels ». « Pas d’ad­di­tif, ni d’émul­si­fiant », dé­taille­t­il. La mode étant au re­tour aux choses simples, l’af­faire car­tonne : « De­puis la créa­tion de l’en­tre­prise, on pro­gresse de 25 % par an, pré­cise l’ar­ti­san. Et l’an­née der­nière, la pro­gres­sion a été en­core plus ful­gu­rante. » L’idée lui est ve­nue en sou­ve­nir de sa grand­mère. « Elle n’ai­mait pas dé­pen­ser in­uti­le­ment, se rap­pelle­t­il. Et donc, elle fa­bri­quait elle­même ses pro­duits, son sa­von, ses on­guents. »

Au­jourd’hui en­core, Na­ture et Li­mou­sin per­siste dans cette veine fa­mi­liale. Re­ve­nue des États­Unis vers 2003, la fille d’Alain Dou­gnac est à l’ori­gine de la créa­tion d’en­tre­prise. « Elle cher­chait du tra­vail, mais à Li­moges, ce n’est pas fa­cile », se re­mé­more le pa­ter­nel. Sa femme, ex­ DRH chez Al­stöm, a re­pris des études de na­tu­ro­pathe et oeuvre à la confec­tion des pro­duits Na­ture et Li­mou­sin. Quant au fils, Al­ban, cet in­gé­nieur a tro­qué des chan­tiers à 30 M€ mi­ni­mum et la di­rec­tion de cen­taines de per­sonnes au Moyen­Orient, pour le mé­lange de soude caus­tique et de ma­tière grasse qui pré­side à la fa­bri­ca­tion du sa­von. « C’est une autre vie, une lo­gique to­ta­le­ment dif­fé­rente, ra­conte­t­il. Et en plus, on prend soin de nous. »

Avec 130 pro­duits ac­tuel­le­ment en ca­ta­logue, ven­dus sur In­ter­net ou sur les mar­chés lo­caux, il y a de quoi se re­le­ver les manches. Et se frot­ter les mains. « On es­saie de faire un ou deux pro­duits nou­veaux par tri­mestre, sou­ligne Alain Dou­gnac. Outre le sa­von, on es­saie d’avoir une gamme com­plète de pro­duits de beau­té, mais aus­si de pro­duits d’en­tre­tien. On es­saie éga­le­ment de ti­rer les coûts au maxi­mum, mais en gar­dant des pro­duits de qua­li­té. Ceux qu’on uti­lise ne sont pas don­nés, mais le ré­sul­tat est là. »

Cette « éthique » de l’au­then­ti­ci­té trouve son ori­gine dans une ap­proche ar­ti­sa­nale du mé­tier. « On ne veut pas de­ve­nir une pe­tite in­dus­trie », spé­ci­fie le di­ri­geant. Pour preuve, Alain Dou­gnac conçoit lui­même les ins­tru­ments qui per­mettent la fa­bri­ca­tion du sa­von. Des moules en bois, dé­cou­poirs ma­nuels ou se­mi­au­to­ma­tiques. Une sorte de presse, striées de cordes de pia­nos ten­dues pour la dé­coupe des pe­tits sa­vons. In­gé­nieux. MacGyver lui­même ne re­nie­rait pas ce cô­té bri­co­le­tout touche­à­tout. « Comme on est les pre­miers à faire ce qu’on fait, il n’y a au­cun ins­tru­ment qui existe, on est obli­gé d’in­ven­ter », sa­voure­t­il.

For­ma­tion et dé­mé­na­ge­ment

En bon pion­nier, Alain Dou­gnac, re­con­nu au prin­temps der­nier, « pre­mier maître sa­von­nier », dis­pense au­jourd’hui des for­ma­tions, no­tam­ment sur la tech­nique de « sa­po­ni­fi­ca­tion à froid ». « C’est des­ti­né aux pro­fes­sion­nels sur­tout », ex­plique­t­il. D’ici la fin de l’an­née, il es­père ob­te­nir une re­con­nais­sance na­tio­nale de la cer­ti­fi­ca­tion pro­fes­sion­nelle et « pou­voir ain­si don­ner ses pre­miers di­plômes de sa­von­nier. » Si la bou­tique his­to­rique res­te­ra rue des Cou­tures, 2018 se­ra éga­le­ment mar­quée par un dé­mé­na­ge­ment de son ate­lier vers « un an­cien res­tau­rant de l’ave­nue Mont­jo­vis à Li­moges », « plus grand, entre 110 et 120 m2 », me­sure­t­il. Ou­ver­ture : « avant les va­cances d’été », afin de re­faire une pe­tite beau­té aux nou­veaux lo­caux. « Et de les mettre aux normes », pré­cise Alain Dou­gnac. Mon­sieur Jour­dain au­rait sans doute ap­pré­cié ce dé­tail cos­mé­tique. ■

PHO­TO BRI­GITTE AZZOPARD

SA­VOIR-FAIRE. De­puis dix ans, Alain Dou­gnac (à dr.) dé­ve­loppe une gamme de sa­vons, pro­duits de beau­té et d’en­tre­tien, na­tu­rels et de qua­li­té.

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