Le re­mords fait face au cha­grin

Res­pon­sable d’un ac­ci­dent mor­tel en état d’ébrié­té à Am­ba­zac

La Montagne (Tulle) - - Limousin | Actualité - Mar­cel Ou­dot mar­cel.ou­dot@cen­tre­france.com

L’émo­tion était pal­pable, hier, à l’évo­ca­tion du drame qui a coû­té la vie à un jeune père de fa­mille, dans un ac­ci­dent de la route pro­vo­qué par un conduc­teur ivre.

Pour­quoi le pré­ve­nu, un homme alors âgé de 28 ans, a­t­il pris le vo­lant ce di­manche soir de mai 2014, pour se rendre à la pis­cine de Li­moges ­ de toute fa­çon fer­mée ­ alors qu’il était for­te­ment al­coo­li­sé, au point que les amis chez qui il avait dé­jeu­né à Saint­Léo­nard­de­No­blat avaient pré­fé­ré le rac­com­pa­gner à Am­ba­zac ?

« En une se­conde, leur vie a bas­cu­lé ! »

Cette ques­tion hante les jours et les nuits des pa­rents, des beaux­pa­rents, de l’épouse, des frère et soeur et des quatre jeunes (de 4 à 12 ans) en­fants de la vic­time, un homme de 33 ans ré­cem­ment pro­mu cadre dans l’en­tre­prise qui l’em­ployait et pour qui l’ave­nir s’an­non­çait sou­riant. « En une se­conde, leur vie a bas­cu­lé et ils sont res­tés là, in­ter­dits, in­cré­dules », ré­sume l’avo­cate des par­ties ci­viles avant de sou­li­gner que « les graves consé­quences, pra­tiques, ma­té­rielles, in­duites par ce drame et aux­quelles doivent faire face son épouse et leurs quatre en­fants, sa­chant que la com­pa­gnie d’as­su­ rance au­to­mo­bile du pré­ve­nu n’a pas ver­sé un eu­ro de pro­vi­sion, deux ans et de­mi après les faits. En­fin, in­siste­t­elle dans un si­lence de ca­thé­drale, com­ment ex­pli­quer, les yeux dé­jà pleins de larmes, à un en­fant d’1 an et de­mi que son pa­pa ne ren­tre­ra pas ce soir, qu’il ne ren­tre­ra plus ja­mais ? Pour dé­crire une réa­li­té aus­si bru­tale, il faut des mots aus­si crus », s’ex­cuse presque l’avo­cate de­vant le tri­bu­nal.

« C’est ter­rible d’être un monstre »

De l’autre cô­té de l’al­lée cen­trale, le pré­ve­nu, dé­jà sou­mis au feu rou­lant des ques­tions des ma­gis­trats sur sa pos­sible ad­dic­tion à l’al­cool et au can­na­bis, se tasse un peu plus à chaque fois que l’avo­cate des par­ties ci­viles en­fonce le clou. Il ne cherche vi­si­ble­ment pas et les ex­perts l’ont d’ailleurs re­le­vé, à mi­ni­mi­ser sa faute. Il au­ra à ce pro­pos, se re­tour­nant vers la fa­mille de la vic­time, quelques phrases qui claquent comme des coups de fouet : « J’y repense tous les jours. J’ai cau­sé tant de mal­heur. C’est ter­rible d’être un monstre » ou en­core, s’adres­sant tou­jours à la fa­mille alors que la pré­si­dente vient de lui don­ner la pa­role pour la der­nière fois : « Je ne sais pas si vous pour­rez me par­don­ner, mais je sais que moi, je ne pour­rai ja­mais me le par­don­ner ». L’avo­cat de la dé­fense, Me Pi­chon, re­pren­dra à l’en­tame d’une plai­doi­rie com­pli­quée les mots du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique : « La jus­tice n’est pas la ven­geance » avant d’in­sis­ter sur « la vo­lon­té ma­ni­feste du pré­ve­nu, dé­sor­mais abs­ti­nent to­tal, d’ex­pier sa faute ». Une faute que le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique es­time de­voir être sanc­tion­née d’une peine de cinq ans d’em­pri­son­ne­ment as­sor­tie d’un sur­sis d’un ou deux ans (le pré­ve­nu a dé­jà ef­fec­tué six mois de dé­ten­tion pro­vi­soire).

Le tri­bu­nal a mis son ju­ge­ment en dé­li­bé­ré au 16 fé­vrier. ■

AU­DIENCE. Le pré­ve­nu et les membres de la fa­mille de la vic­time se sont cô­toyés, dans une am­biance for­cé­ment pe­sante.

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