Ces lu­mières qui éclipsent les étoiles

La Montagne (Tulle) - - La Une - Ma­rion Bu­zy ma­rion.bu­zy@cen­tre­france.com

EN­VI­RON­NE­MENT. L’éclai­rage ar­ti­fi­ciel noc­turne, pour utile qu’il soit, lors­qu’il se ré­vèle ex­ces­sif, nuit à notre san­té ain­si qu’aux plantes et aux in­sectes.

LI­MOU­SIN. 58 com­munes de la ré­gion ont re­mé­dié à ce pro­blème et dé­cro­ché le la­bel Villes et vil­lages étoi­lés, dont 39 au cours du der­nier mois.

Le Li­mou­sin est un bon élève, avec ses 58 com­munes la­bel­li­sées

« Le meilleur ou­til pour ob­ser­ver les étoiles, c’est la voi­ture ! » La for­mule, certes amu­sante, dit com­bien la pol­lu­tion lu­mi­neuse s’est ré­pan­due au-des­sus de nos têtes. Mais l’éclai­rage de nuit ar­ti­fi­ciel ne gêne pas que les as­tro­nomes. Il agit sur la san­té hu­maine, les plantes et les in­sectes. En Li­mou­sin, la ré­sis­tance s’or­ga­nise : 58 com­munes ont dé­cro­ché le la­bel de « villes et vil­lages étoi­lé(e) s », dont 39 de­puis moins d’un mois.

Quoi de plus ba­nal qu’un lam­pa­daire qui s’al­lume à la tom­bée de la nuit ? En une cin­quan­taine d’an­nées, les hu­mains ont bou­le­ver­sé l’al­ter­nance na­tu­relle du jour et de la nuit en dé­ve­lop­pant consi­dé­ra­ble­ment l’éclai­rage ar­ti­fi­ciel ex­té­rieur. Dé­sor­mais, pour ap­pré­cier un beau ciel étoi­lé, un Li­mou­sin doit s’éloi­gner de Li­moges et de Brive de 20 km et par­cou­rir 10 km de­puis Gué­ret. Même le ciel du pla­teau de Mille­vaches, l’un des plus beaux de la ré­gion, n’échappe pas aux ha­los de Li­moges et Cler­montFer­rand.

L’As­so­cia­tion na­tio­nale pour la pro­tec­tion du ciel et de l’en­vi­ron­ne­ment noc­turnes (ANPCEN) prend ce su­jet à bras­le­corps de­puis vingt ans. Entre autres opé­ra­tions, elle ré­com­pense de son la­bel « Villes et Vil­lages étoi­lés » les com­munes qui font at­ten­tion à leurs éma­na­tions lu­mi­neuses. Bonne nou­velle : le Li­mou­sin est un bon élève, avec ses 58 com­munes la­bel­li­sées. Mieux, sur les 69 com­munes ré­cem­ment dis­tin­guées en Nou­velle Aqui­taine, 39 sont cor­ré­ziennes, creu­soises et haut­vien­noises. Bien, mais pas suf­fi­sant, au re­gard des ef­fets per­vers que l’éclai­rage ar­ti­fi­ciel peut avoir sur les êtres vi­vants.

En al­lon­geant ar­ti­fi­ciel­le­ment la du­rée du jour, la pol­lu­tion lu­mi­neuse, on le sait, al­tère les cycles bio­lo­giques des or­ga­nismes. Elle trouble éga­le­ment leur som­meil, leur re­pro­duc­tion, leur pré­pa­ra­tion aux va­ria­tions de sai­sons… « Plus de la moi­tié des es­pèces ani­males vivent la nuit » et ont un lien di­rect avec l’obs­cu­ri­té, rap­pelle Mi­chel De­romme, sen­ti­nelle lo­cale de l’as­so­cia­tion. On sait par exemple qu’après les pes­ti­cides, la pol­lu­tion lu­mi­neuse est la deuxième cause de mort chez les in­sectes, à la base de la chaîne ali­men­taire de nom­breuses es­pèces, comme les oi­seaux.

Les plantes aus­si semblent en pâ­tir : « en Suisse, on a ob­ser­vé que les par­celles éclai­rées la nuit sont moins pol­li­ni­sées (cer­taines es­pèces ne peuvent l’être que la nuit) et pro­duisent moins de fruits », ex­plique Mi­chel De­romme. « Par­fois, en ville, sous un lam­pa­daire, vous voyez une plante qui n’a plus beau­coup de feuilles : la lu­mière ar­ti­fi­cielle l’épuise. » Dif­fi­cile de faire plus clair.

L’homme, dont l’or­ga­nisme a be­soin d’obs­cu­ri­té pour se ré­gé­né­rer, n’échappe pas da­van­tage aux in­fluences, no­tam­ment sur le som­meil. Certes, dans un noir qui n’est pas to­tal, « le corps s’adapte et on s’en­dort. Mais on ré­cu­père moins, la ré­tine ne peut pas se re­po­ser », dé­crypte l’ad­mi­nis­tra­teur. Ré­sul­tat : la sé­cré­tion de mé­la­to­nine est per­tur­bée et ce­la joue sur l’ap­pé­tit, la li­bi­do, le vieillis­se­ment… Cer­taines études ont éta­bli « des rap­ports avec la dé­gé­né­res­cence ma­cu­laire liée à l’âge, un type de dia­bète et le risque de can­cer chez les in­fir­mières qui tra­vaillent de nuit », in­siste le bé­né­vole.

De moins en moins de lu­mière du jour pour da­van­tage de rayons ar­ti­fi­ciels noc­turnes… L’homme pour­ra­t­il mieux ré­agir que les plantes, qui, elles, ont conser­vé leur ex­po­si­tion à la lu­mière na­tu­relle diurne ?

PHO­TO STÉ­PHA­NIE PA­RA

LU­MIÈRES. Comme ici à Li­moges, la pol­lu­tion lu­mi­neuse a de nom­breuses ré­per­cus­sions sur les or­ga­nismes ani­maux et vé­gé­taux.

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