Porte-dra­peaux père et fils sont en­ga­gés pour le de­voir de mé­moire

Ch­ris­tian Bous­si­gnac, âgé de 54 ans, et sont fils Mi­chael, 22 ans, se re­trouvent au sein de l’as­so­cia­tion Sou­ve­nir fran­çais.

La Montagne (Tulle) - - La Une - Ju­lien Ba­chel­le­rie

Ch­ris­tophe Bous­si­gnac et son fils Mi­chael, tous les deux porte-dra­peaux au Sou­ve­nir fran­çais, évoquent leur im­pli­ca­tion pour la trans­mis­sion mé­mo­rielle. Deux gé­né­ra­tions, mais un même sou­ci de conju­guer l’his­toire au pré­sent.

On est loin des fi­gures aux­quelles l’évo­ca­tion du porte dra­peau fait im­man­qua­ble­ment son­ger. Non, Ch­ris­tophe Bous­si­gnac n’est pas an­cien com­bat­tant mais un en­sei­gnant très concer­né par l’his­toire et sa trans­mis­sion, et oui, son fils Mi­chael a sou­hai­té, à seule­ment 22 ans pour­tant, s’en­ga­ger pour faire vivre lui aus­si les cou­leurs de la mé­moire au sein du Sou­ve­nir fran­çais.

C’est un peu par ha­sard, re­trace ce pa­pa de 54 ans, à la voix calme et as­su­rée, que cette mis­sion de porte­dra­peau lui a été pro­po­sée. « C’était en 2007. Quel­qu’un du Sou­ve­nir fran­çais m’a in­vi­té à ve­nir as­sis­ter à l’as­sem­blée gé­né­rale et c’est là où j’ai ap­pris qu’ils cher­chaient de­puis long­temps un porte­dra­peau. La pré­si­dente de l’époque m’a dit : “por­ter le dra­peau est un hon­neur”. Ça m’a beau­coup tou­ché qu’on me fasse cette pro­po­si­tion, car le dra­peau est le sym­bole fort de la Ré­pu­blique, des morts pour la France. J’ai ac­cep­té. »Pen­dant les 10 an­nées qui ont sui­vi, l’en­sei­gnant guen­nois est de toutes les cé­ré­mo­nies com­mé­mo­ra­tives, dont celles du 9 juin 1944 qui ré­sonnent par­ti­cu­liè­re­ment avec la mé­moire fa­mi­liale. « C’est un mo­ment fort », dit­il so­bre­ment. Gants blancs, veste de cuir noir re­haus­sée des in­signes du Sou­ve­nir fran­çais, Ch­ris­tophe Bous­si­gnac tranche avec l’idée que beau­coup se font des por­te­dra­peaux : « Je m’ha­bille en ci­vile so­bre­ment. Je ne suis pas mi­li­taire, même si, par tra­di­tion, de porte­dra­peaux sont des mi­li­taires à la re­traite. Mais le Sou­ ve­nir fran­çais n’est pas une as­so­cia­tion d’an­ciens com­bat­tants. C’est une as­so­cia­tion mé­mo­rielle dont la vo­ca­tion pre­mière est l’en­tre­tien des tombes de sol­dats aban­don­ nées, mais aus­si de trans­mettre le de­voir de mé­moire aux jeunes. »

Cette fibre de la trans­mis­sion, qui anime au quo­ti­dien l’en­sei­gnant à l’école de La­guenne, a donc na­tu­rel­le­ment vi­bré pour dire l’his­toire aux jeunes gé­né­ra­tions dans le cadre as­so­cia­tif. « Ac­tuel­le­ment, je m’oc­cupe d’ini­tia­tives tour­nées vers les jeunes à la sec­tion tul­liste du Sou­ve­nir fran­çais », ex­plique Ch­ris­tophe Bous­si­gnac, qui pré­cise avoir été du­rant 10 ans porte­dra­peau : « Main­te­nant, c’est moi le rem­pla­çant de mon fils ca­det aux cé­ré­mo­nies ! »

En 2014, Mi­chael son fils ca­det ac­cepte de le sup­pléer à une cé­ré­mo­nie du 8 mai. « J’ai ré­pon­du oui, pour rendre ser­vice. Puis dans les mois qui ont sui­vi, je l’ai rem­pla­cé en­core de temps en temps », re­late le jeune homme, qui a étu­dié la mu­si­co­lo­gie et la phi­lo­so­phie. De­puis quelques mois seule­ment, il a fran­chi le pas et in­té­gré di­rec­te­ment l’as­so­cia­tion en tant que membre du bu­reau. Les ren­contres y ont été riches et ont ré­son­né avec l’en­vie de par­ta­ger du jeune homme : « Quand un an­cien com­bat­tant vient té­moi­gner de­vant une classe, on n’en­tend pas un bruit. J’ai eu des dis­cus­sions in­croyables avec cer­tains d’entre eux. Il ne faut pas que tout ça se perde, leur dire que, même s’ils dis­pa­raissent, il y a de l’es­poir, de la re­lève. »

« Main­te­nant, c’est moi le rem­pla­çant ! »

« J’es­saie d’être un lien entre ma gé­né­ra­tion et cette mé­moire »

A son tour, c’est Mi­chael que les membres du co­mi­té du Sou­ve­nir fran­çais ap­pellent af­fec­tueu­se­ment « le pe­tit ». Lui qui ne se dit pas pour au­tant pa­triote. « Cer­taines va­leurs me parlent, mais je ne me dé­cri­rais pas comme pa­triote au sens où on en­ten­dait le pa­trio­tisme voi­là cin­quante ans. » Mo­deste, il tâche de trans­mettre à sa ma­nière cette mé­moire en­core vi­vante qui dis­pa­raît peu à peu. « Je parle des cé­ré­mo­nies au­tour de moi avec des amis et ça les in­té­resse. J’es­saie d’être un lien entre ma gé­né­ra­tion et cette mé­moire », ex­plique Mi­chael, que les a prio­ri sur sa gé­né­ra­tion ex­cèdent un peu : « Les gens disent que les jeunes s’en fichent, n’ont pas d’en­ga­ge­ment. Mais c’est faux. Ils savent s’en­ga­ger pour l’éco­lo­gie, les Res­tos du coeur… La mé­moire, c’est peu connu. »

De­main, il se­ra avec son père pour com­mé­mo­rer le 11 no­vembre. Une image de l’his­toire qui, sous des formes dif­fé­rentes, passe en­core de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion. ■

PHO­TO AGNÈS GAU­DIN

DUO. Cha­cun à sa ma­nière, père et fils par­tagent ce sou­ci de gar­der et trans­mettre l’his­toire.

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