Le pre­mier ro­man star de la ren­trée

La Montagne (Tulle) - - Foire Du Livre De Brive - Blan­dine Hu­tin-Mer­cier blan­dine.hu­tin@cen­tre­france.com

La ren­trée lit­té­raire le prouve : les pre­miers ro­mans ont la cote. Mais comment naissent-ils, ces ma­nus­crits pas­sés de l’ombre in­time à la lu­mière de la lec­ture ? Quels liens se nouent entre un édi­teur et un pri­mo-ro­man­cier ? Exemple avec un duo so­laire…

Toutes ses an­nées d’édi­tion ont ap­pris une chance à Eli­sa­beth Sa­ma­ma, au­jourd’hui édi­trice in­dé­pen­dante : « Je suis tou­jours très mé­fiante face à l’en­thou­siasme. Sou­vent, la deuxième lec­ture d’un ma­nus­crit n’y ré­siste pas, comme si le ro­man s’était épui­sé. Je ne les ap­pelle ja­mais dès que j’ai re­fer­mé le ma­nus­crit. Il faut que ça lève, voir comment je suis pour­sui­vie par le texte. Mon ob­ses­sion tra­duit l’ob­ses­sion de l’au­teur, c’est ça la clé. »

Fran­çois­Xa­vier Del­mas (*) a donc fait comme les autres : il a at­ten­du le ver­dict de l’édi­trice, à la­quelle, sur les conseils d’un ami, il avait en­voyé son ma­nus­crit. Un texte qu’il avait dé­bu­té 10 ans plus tôt, puis re­mi­sé, dans une im­passe nar­ra­tive, dans un ti­roir. « J’ai cru long­temps que ce n’était pas une prio­ri­té, confesse­t­il. Un jour, il a fal­lu qu’il sorte, qu’il soit in­dé­pen­dant, qu’il soit lu ; comme un ga­min, il fal­lait qu’il vive sa vie. »

En­voyer le texte. « C’est flip­pant ! La grande ques­tion, c’est “est­ce que c’est le bon mo­ment ?” Après, la chose vrai­ment pas fa­cile, c’est at­tendre… » « Je dis tou­jours aux au­teurs quand je vais lire leur texte, ré­pond Eli­sa­beth Sa­ma­ma. Il ne faut ja­mais que la lec­ture d’un édi­teur soit une prise de pou­voir ; il n’est pas un em­ployé qui at­tend d’être em­bau­ché. »

Tra­vailler le texte. « A la pre­mière ren­contre, je suis contente de voir la tête de la per­sonne, ap­pré­cie Eli­sa­beth Sa­ma­ma. On dit si ra­re­ment oui qu’il faut se faire plai­sir ! Mais je rentre tout de suite dans le su­jet du livre. Il faut bien com­prendre les in­ten­tions de l’au­teur et voir comment l’ame­ner plus haut. Un pre­mier ro­man, c’est la qua­dra­ture du cercle : on peut les ache­ter moins cher et ça peut rap­por­ter gros. Mais je ne cherche ja­mais un pre­mier ro­man tout seul. Plu­tôt un écri­vain qui va avoir une oeuvre ; c’est elle qui est pas­sion­nante. »

Le sens du texte

« La pre­mière dis­cus­sion a por­té sur le sens, la co­hé­rence du texte, se sou­vient Fran­çoisXa­vier Del­mas. Si j’avais pu l’en­re­gis­trer, je l’au­rais fait ! Il n’y a rien de ce qu’elle me di­sait que je ne trou­vais pas jus­ti­fié, après coup. Je trou­vais mon texte bien, mais c’est juste que j’y étais ha­bi­tué. »

« Je fais des sug­ges­tions sur le texte, pour­suit l’édi­trice, mais mon seul tra­vail, c’est de rendre moins im­pli­cite la construc­tion. C’est de la maïeu­tique, je n’im­pose rien, je ne suis pas une ins­tit ! Je sug­gère : soit ça fait “eu­rê­ka”, soit il y a une ré­sis­tance et ça veut dire que je suis à cô­té. Le pre­mier risque avec un pre­mier ro­man, c’est que l’au­teur ex­plique trop, parce qu’il n’a pas as­sez confiance en son lec­teur. Et ça, seul un oeil ex­té­rieur le voit. »

Dé­cou­vrir le mi­lieu. « Avant de si­gner, conti­nue Eli­sa­beth Sa­ma­ ma, j’ex­plique toute la chaîne du livre. Je dé­roule toute l’his­toire. Dans l’en­thou­siasme, l’au­teur est prêt à si­gner n’im­porte quoi, alors qu’il est in­dis­pen­sable qu’il com­prenne tout. On gagne en qua­li­té de re­la­tion, c’est in­dis­pen­sable. » « C’est très im­por­tant, ad­met Fran­çois­Xa­vier Del­mas, de connaître les dif­fé­rents mé­tiers. Quand on en­voie un ma­nus­crit, il y a tant de choses qu’on n’a même ja­mais ima­gi­nées. »

Re­ce­voir le livre. « Je dis tou­jours que pour un pre­mier ro­man, “tout ce qui ar­rive est une bonne nou­velle” ; il faut n’avoir au­cune at­tente. Si ce qu’at­tend un au­teur, c’est être com­pris et por­té, on y va ; si c’est être cé­lèbre et vivre de sa plume, ça ne

« Pour un pre­mier ro­man, tout ce qui ar­rive est une bonne nou­velle »

mar­che­ra pas, as­sure l’édi­trice. Avec 1.500 exem­plaires mis en place, on est dé­jà très heu­reux. » Et dé­jà Ma vie de saint est flé­chée dans les sé­lec­tions du Flore et du Monde, ac­quis en Poche avant même que le grand for­mat soit en li­brai­rie… « C’est un bon­heur in­croyable qui se ré­pand len­te­ment, sou­rit Fran­çois­Xa­vier Del­mas. « Là, c’est ga­gné, ac­quiesce son édi­trice. On n’est plus seul avec l’au­teur. »

Et la suite ? « La pu­bli­ca­tion est un ac­cé­lé­ra­teur de par­ti­cules, ça ac­cé­lère l’écri­ture. Je suis très in­tri­guée par ce qu’il va faire après. » « Bien sûr que j’y pense, mais je ne veux sur­tout pas en par­ler, lance Fran­çois­Xa­vier Del­mas. ■

(*) Ma vie de saint (Anne Car­rière) ;

250 pages, 18 €.

PHO­TO FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIERE

DUO. Eli­sa­beth Sa­ma­ma et Fran­çois-Xa­vier Del­mas, édi­trice et au­teur d’un pre­mier ro­man.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.