« On est tou­jours sur le fil du ra­soir »

Claude Can­cès, an­cien pa­tron de la po­lice de Pa­ris, ré­pond aux ques­tions de deux flics cor­ré­ziens

La Montagne (Tulle) - - Foire Du Livre De Brive - Émi­lie Auf­fret

L’an­cien pa­tron du 36 quai des Or­fèvres, Claude Can­cès, pré­sent à la Foire du livre de Brive pour son livre Ces grands flics qui ont fait le 36, a ré­pon­du aux ques­tions de deux po­li­ciers cor­ré­ziens.

Les flics parlent aux flics. Claude Can­cès a passé 35 ans de sa vie au my­thique 36 quai des Or­fèvres. Il a ac­cep­té de ré­pondre aux ques­tions de Yan­nick Sa­la­bert, pa­tron de la po­lice cor­ré­zienne et de Gaël Le Pense­Pen­verne, com­mis­saire de po­lice de Brive.

■ Yan­nick Sa­la­bert : « Que pen­sez-vous des po­lé­miques à ré­pé­ti­tion au su­jet de la ges­tion des in­for­ma­teurs dans le cadre de la lutte contre les stu­pé­fiants ? » Elles com­mencent à me fa­ti­guer. Une po­lice sans in­for­ma­teurs, ce n’est pas une po­lice. Il est évident que pé­rio­di­que­ment lors­qu’un col­lègue est en dif­fi­cul­té avec un in­for­ma­teur, on en fait une affaire d’État. Aus­si bien dans le droit com­mun que dans le ter­ro­risme, on a be­soin d’in­for­ma­teurs. La lutte contre l’usage de stu­pé­ fiants, c’est sans doute l’une des mis­sions les plus dé­li­cates de la po­lice na­tio­nale. On est tou­jours sur le fil du ra­soir. On est par­fois obli­gé de mettre un pied en de­hors du cercle de la lé­ga­li­té. Mais il ne faut ab­so­lu­ment pas mettre les deux.

■ Gaël Le Pense-Pen­verne : « Le siège de la PJ a été trans­fé­ré du 36 quai des Or­fèvres au quar­tier des Ba­ti­gnolles, pou­vez-vous nous don­ner votre sen­ti­ment ? » Je fais par­tie de ces vieux flics qui ont passé 35 ans de leur vie au 36 quai des Or­fèvres. Il est évident que j’ai eu un dé­chi­re­ment au coeur lors du dé­mé­na­ge­ment. Mais quand on vi­site le nou­veau 36, même s’il est mal si­tué dans Pa­ris, les lo­caux sont fonc­tion­nels. Les col­lègues tra­ vaillent dans de meilleures condi­tions. Ils ont tout sur place. Comment j’ai tour­né la page ? Un jour en jan­vier, je suis passé place Dau­phine, il y avait quatre fe­nêtres, al­lu­mées nuit et jour, celles des états ma­jors PJ. Et en jan­vier, tout était noir. Une d’entre elles était même ou­verte. Et j’ai tour­né la page. “Ce sont les hommes qui fa­briquent la mé­moire des pierres et pas l’in­verse. J’es­père que l’âme du 36 ha­bi­te­ra ra­pi­de­ment ces nou­veaux lo­caux”.

■ Gaël Le Pense-Pen­verne : « Vous êtes en­tré à l’école des com­mis­saires en 1972, moi en 2015, avez-vous un con­seil pour le jeune com­mis­saire que je suis ? » Ne ja­mais tri­cher. Tu exerces un mé­tier où tu as tôt ou tard des comptes à rendre. Dans une affaire cri­mi­nelle, tu te re­trouves en­suite aux As­sises, aux “as­siettes” comme on dit entre nous. S’il y a des conne­ries dans la pro­cé­dure, aux As­sises, c’est une ca­tas­trophe. Je lui sou­haite, à ce jeune com­mis­saire, d’avoir une femme telle que la mienne qui a com­pris que ma vie de flic pas­sait avant ma vie de fa­mille. C’est grâce à elle que j’ai fait cette car­rière et grâce au fils qu’elle a éle­vé que j’écris au­jourd’hui. ■

➔ A lire. Ces grands flics qui ont fait le 36 aux édi­tions Ma­reuil (21 €). L’au­teur est à re­trou­ver sur le stand L30 jus­qu’à di­manche.

PHO­TO STÉ­PHA­NIE PA­RA

REN­CONTRE. Claude Can­cès, an­cien grand flic, a pris le train du livre pour se rendre à Brive hier ma­tin.

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