Les bien­faits évi­dents de l’in­té­gra­tion so­ciale des han­di­ca­pés

Cé­dric Los­souarn, tri­so­mique, tra­vaille en mi­lieu or­di­naire dans une école li­mou­geaude

La Montagne (Tulle) - - Limousin L'actu - Laurent Bo­nilla

«Si on n’avait pas fait tout ça, Cé­dric se­rait al­lé en ins­ti­tu­tion, n’au­rait pas pro­gres­sé comme il l’a fait et au­rait coû­té bien plus cher à la so­cié­té. »

Gil­bert Los­souarn parle de son fils Cé­dric, 38 ans, tri­so­mique. Ce « tout ça », ce sont les ef­forts que les pa­rents du jeune homme ont faits pour in­té­grer au maxi­mum leur en­fant en mi­lieu or­di­naire, à l’école, au col­lège, dans le monde du tra­vail. Le fait est qu’au­jourd’hui, Cé­dric pa­raît heu­reux : il est sou­riant, à l’aise, plai­sante vo­lon­tiers.

C’est une évi­dence : l’in­té­gra­tion so­ciale des per­sonnes han­di­ca­pées leur est bé­né­fique.

Cé­dric tra­vaille à l’école Edouard­Her­riot de Li­moges de­puis l’an­née der­nière, à la can­tine, 21 heures par se­maine. Mais au­pa­ra­vant, il a tra­vaillé du­rant vingt ans dans un autre éta­blis­se­ment, pri­vé ce­lui­là, Beau­pey­rat (tou­jours à Li­moges donc, où vivent ses pa­rents). Tou­jours à la can­tine, où il rem­plit di­verses tâches : ran­ge­ment, ser­vice, net­toyage, plonge, etc. Tout se pas­sait bien à Beau­pey­rat, jus­qu’à un chan­ge­ment de di­rec­tion et la mise en place d’une nou­velle or­ga­ni­sa­tion peu com­pa­tible avec le han­di­cap de Cé­dric. Qu’im­porte, Gil­bert, son pa­pa, un bat­tant, tâche de lui trou­ver un nou­vel em­ploi et y par­vient donc l’an der­nier, la ville de Li­moges ayant prê­té une oreille at­ten­tive au dos­sier de Cé­dric.

En école pri­vée

Même si ce der­nier ren­contre quelques dif­fi­cul­tés in­hé­rentes à toute vie en en­tre­prise, il a trou­vé sa place à l’école et es­père y res­ter le plus long­temps pos­sible, d’au­tant que les en­fants sont plu­tôt bien­veillants dans l’en­semble. « Pour s’y rendre, il prend le bus ou on l’amène, pa­reil pour le re­tour », ex­pli­ que Gil­bert Los­souarn, Cé­dric vi­vant al­ter­na­ti­ve­ment chez sa mère et chez son père.

Avant de tra­vailler, Cé­ dric avait donc été sco­la­ri­sé, en ma­ter­nelle et pri­maire à l’école pri­vée Louise­de­Ma­rillac, la­quelle l’avait ac­cep­té sans dif­fi­cul­té, alors que c’était un peu plus com­pli­qué dans les écoles pu­bliques. Nous étions alors dans les an­nées quatre­vingt et la grande loi d’in­té­gra­tion sco­laire des en­fants han­di­ca­pés de 2005 n’avait, de fait, pas en­core vu le jour.

Créa­tion d’un Esat

Cé­dric y res­te­ra jus­qu’à 14 ans (lo­gique compte te­nu de son han­di­cap qui ra­len­tit ses ca­pa­ci­tés d’ap­pren­tis­sage), avant d’in­té­grer une Seg­pa (sec­tion d’en­sei­gne­ment gé­né­ral et pro­fes­sion­nel adap­té) au col­lège Ana­tole­France à Li­moges. Il y reste de la 6e à la 4e. Il pro­gresse et maî­trise de­puis lec­ture, écri­ture, cal­cul, in­for­ma­tique.

S’est en­suite po­sée la ques­tion de son orien­ta­ tion. Gil­bert Los­souarn fait alors par­tie des fon­da­teurs de l’as­so­cia­tion Tri­so­mie 21 Haute­Vienne, dont le but est jus­te­ment l’in­té­gra­tion de ces per­sonnes han­di­ca­pées. Il la di­ri­ge­ra même à deux re­prises et elle crée­ra en 2008 un Esat (Eta­blis­se­ment de ser­vice et d’aide par le tra­vail) « hors les murs » à Li­moges, afin d’ai­der les tri­so­miques à trou­ver leur place dans la so­cié­té, no­tam­ment à tra­vers un ac­com­pa­gne­ment in­di­vi­dua­li­sé. Après quelques stages ici et là, Cé­dric se montre plu­tôt à l’aise à la can­tine d’une école de Pa­na­zol. Il en­tre­ra à Beau­pey­rat dans la fou­lée.

Pour au­tant, il y a en­core trop peu de tri­so­miques in­sé­rés dans le monde du tra­vail. Puisse l’exemple de Cé­dric faire bou­ger les choses… ■

PHO­TO :

TRI­SO­MIE 21. Cé­dric Los­souarn tra­vaille à la can­tine de l’école Edouard-Her­riot, où il est ap­pré­cié de la di­rec­tion.THO­MAS JOUHANNAUD

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