Hom­mage demain aux écri­vains morts lors de la guerre de 14-18

Par­mi les 560 écri­vains fran­çais morts au cours de la Grande Guerre, quatre sont Bour­bon­nais. Demain à Mon­tai­gu-le-Blin, une cé­re­mo­nie rend hom­mage à ces hommes de lettres tom­bés au com­bat.

La Montagne (Vichy) - - La Une - Ré­mi Pi­ro­nin vi­chy@cen­tre­france.com

«Je vou­drais, comme on voit dans les vieilles bal­lades, être frap­pé en face un jour de lutte ayant com­bat­tu sans faillir jus­qu’au der­nier mo­ment, comme ja­dis, au temps des belles es­to­cades. Et puis tom­ber. »

Pas de belles es­to­cades en ce jour d’au­tomne 1915. Le poète Jean Du­flos, né à La­pa­lisse, en­file son uni­forme de ca­pi­taine et quitte le champ lit­té­raire pour ce­lui, moins ly­rique, du champ de ba­taille. À la tête de ses hommes, il meurt pul­vé­ri­sé par un obus lors de l’at­taque de la ferme Na­va­rin, point cen­tral du front de Cham­pagne. Loin, très loin, de sa vi­sion in­car­née par ces quelques vers de son Son­net d’armes, écrit en 1899, alors qu’il n’a que vingt ans.

Comme lui, 560 écri­vains com­bat­tants fran­çais ont per­du la vie dans les tran­chées de la Grande Guerre. Un siècle après l’at­tri­bu­tion du prix Gon­court à Hen­ri Bar­busse pour son ré­cit de guerre Le Feu et à Adrien Ber­trand pour L’Ap­pel du sol, un hom­mage na­tio­nal est lan­cé par l’As­so­cia­tion des écri­vains com­bat­tants et le Sou­ve­nir fran­çais. Demain dans l’Al­lier, l’hom­ma­ ge pren­dra la forme d’une cé­ré­mo­nie au mo­nu­ment aux morts de Mon­tai­gu­le­Blin, com­mune où vé­cu l’écri­vain, Émile Clermont (lire ci­des­sous). « Dans le Bour­bon­nais, nous avons re­cen­sé quatre écri­vains com­bat­tants : Jean Du­flos de La­pa­lisse, Ana­tole Mé­plain de Mon­tai­guët­en­Fo­rez, Ga­briel Su­chet de Buxières­les­Mines et Émile Clermont de Mon­tai­gule­Blin, », ré­sume Jean­Louis Pé­ri­chon ad­joint au maire de la com­mune et pré­sident du Co­mi­té du sou­ve­nir fran­çais de Saint­Ger­main et sa ré­gion. Si Jean Du­flos est mort à 39 ans en Cham­pagne, le 27 sep­tembre 1915, An­toine Mé­plain est mort à 26 ans, en­se­ve­li par une mine le 21 avril 1917, et Ga­briel Su­chet à seule­ment 22 ans, tué au fort de Sou­ville. « Les deux sont morts trop jeunes pour avoir le temps de réa­li­ser l’oeuvre qu’on au­rait pu at­tendre d’eux », pour­suit Jean­Louis Pé­ri­chon.

560 écri­vains sol­dats morts pour la France Quatre écri­vains dans le Bour­bon­nais

De son cô­té, Émile Clermont a eu le temps de pu­blier plu­sieurs ro­mans : Amour Pro­mis en 1909 et Laure en 1913. C’est à Mon­tai­gu­le­Blin, où il pas­sait ses va­cances chez ses grands­pa­rents ma­ter­nels, qu’il ap­prend l’an­nonce de la dé­cla­ra­tion de guerre. Quelques mois plus tard, il écrit sur son quo­ti­dien dans les tran­chées. La des­crip­tion d’une réa­li­té ma­cabre au coeur des tran­chées, pu­bliée de ma­nière post­hume dans Le Pas­sage de l’Aisne, en 1921.

« Chaque jour, il y avait des pertes im­por­tantes. […] Lors­qu’un homme était at­teint, la nou­velle, trans­mise à voix basse, cour­rait le long de la tran­chée. […] Le ca­davre ne pou­vait être en­le­vé de jour, ni même être pla­cé de­hors de la tran­chée. Aus­si, jus­qu’à la nuit, il de­meu­rait à sa place entre les vi­vants… » L’écri­vain meurt au com­bat le 5 mars 1916. Sa plume bri­sée par un éclat d’obus. ■

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