Les pro­me­neurs du rayon des jouets

Si Noël com­mence tôt, avec le ma­tra­quage té­lé­vi­suel qui vient avec, les consom­ma­teurs prennent le temps pour faire leurs courses. Au risque de se re­trou­ver le bec dans l’eau avec cer­taines ré­fé­rences…

La Montagne (Vichy) - - Vichy Vivre Sa Ville - Pierre Cham­baud vi­chy@cen­tre­france.com

«On vient juste pour voir… » À la Grande Ré­cré, aux Quatre­Che­mins, Cameron, 9 ans, fait sem­blant de s’in­té­res­ser à un rayon, avec sa mère et sa grande soeur. À un mois de Noël, il fait du re­pé­rage. Cameron ne le sait pas, mais il a tout du com­por­te­ment clas­sique du client des ma­ga­sins de jouet à l’ar­ri­vée des fêtes.

In­dé­cis

« En­vi­ron 20 % des clients an­ti­cipent, ex­plique San­drine Ron­gère, res­pon­sable du ma­ga­sin. Les autres viennent se pro­me­ner, quand on vient vers eux, ils nous ré­pondent “c’est bon, on re­garde…” » Un constat évident, sur place.

Et confir­mé par le concur­rent, King Jouet, à Cus­set : « Ils sont en pros­pec­tion, ex­plique Ab­dou Mar­ti­nez, le di­rec­teur. Ils viennent avec les en­fants, cer­tains nous de­mandent de ré­ser­ver mais la plu­part re­viennent plus tard. » Pro­blème : plus tard il n’y a plus rien. La rup­ture de stock guette dé­jà cer­tains gros suc­cès de la saison (voir par ailleurs).

Car si elle est en pros­pec­tion, la clien­tèle sait très bien ce qu’elle vient cher­cher. Cameron en est en­core la meilleure illus­tra­tion. Si les portes­clefs en tête de gon­dole ne sem­blaient pas fran­che­ment le pas­sion­ner, quand on lui de­mande, il sait très bien où trou­ver son ca­deau de Noël. En quelques se­condes, et une pe­tite hé­si­ta­tion sur le rayon, il le trouve : un fu­sil en plas­tique aus­si lourd que lui, et qui, se­lon la ré­clame, lance des flé­chettes à 25 mètres. Rien que ça.

La rai­son, c’est le fa­meux ca­ta­

logue de Noël. « Les gens viennent avec une image dé­cou­pée, ou une ré­fé­rence, conti­nue Ab­dou Mar­ti­nez. Et ils nous de­mandent de le trou­ver. » Pro­blème : les prix cas­sés du ca­ta­logue ne durent que le temps de ce­lui­ci. « Nous ne les aug­men­tons pas après ! »

La toile en concur­rente

Si la clien­tèle prend aus­si son temps, c’est tout sim­ple­ment… parce qu’ils ont le choix. In­ter­net est ve­nu sur le mar­ché du jouet, avec son ca­ta­logue mons­

trueux qui n’est pas dic­té par la taille des rayons. Le ma­ga­sin de San­drine Ron­gère est un dé­pôt de com­mandes in­ter­net : « Nous avons énor­mé­ment de ré­cep­tions, c’est en nette aug­men­ta­tion », ex­plique­t­elle. Et, si elle ne fait pas le lien avec le web, elle re­marque une fré­quen­ta­tion au même ni­veau que l’an pas­sé ­ sauf que, l’an­née der­nière, les consom­ma­teurs sor­taient peu après les at­ten­tats du Ba­ta­clan. « Si on com­pare avec les chiffres d’il y a deux ans, il y a une baisse. » Pour Ab­dou Mar­ti­nez, in­ter­net est une concur­rence par­mi d’autres, dans une pé­riode où il faut être ré­ac­tif. « Pour ne pas qu’ils aillent se perdre dans les rues de Cler­mont ! », plai­sante­t­il.

Car, pour les deux grandes en­seignes de l’ag­glo (*), les mois d’oc­tobre et no­vembre sont cru­ciaux. La Grande Ré­cré des Quatre­Che­mins fait pas­ser ses ef­fec­tifs de 5 à 8 per­sonnes, King Jouet, à Cus­set, de 3 à 5. « Nous fai­sons 45 à 50 % de notre chiffre d’af­faires de l’an­née sur les trois der­niers mois, ex­plique Ab­dou Mar­ti­nez. Dont 20 à 25 % sur le seul mois de dé­cembre. » Et, contrai­re­ment au centre­ville de Vi­chy, il ne peut pas ou­vrir le di­manche, sauf dé­ro­ga­tion. Il a le droit à cinq di­manches par an, en a pris deux en no­vembre et trois en dé­cembre.

Aux Quatre­Che­mins, la pro­blé­ma­tique est in­verse : ou­vert tous les di­manches, ils sont donc re­joints, en dé­cembre, par les ma­ga­sins ex­té­rieurs. Sans im­pact pour San­drine Ron­gère : « Il y a des ani­ma­tions sur le par­vis et nous sommes ou­verts le ma­tin pour les Féé­ries » ,ex­plique­t­elle.

Pas sûr que les ventes ex­plosent le di­manche, avec les en­fants à cô­té. Après tout, c’est bien le Père Noël qui fait les ca­deaux ! C’est là que Cameron quitte son cos­tume de consom­ma­teur té­moin. Du haut de ses 9 ans, il n’y croit pas une se­conde, ce se­rait un com­plot. Ses ca­ma­rades de classe lui ont mis la puce à l’oreille : « Même avec une Fer­ra­ri, c’est im­pos­sible de li­vrer tout le monde ! » Et pour­tant, Cameron, et pour­tant… ■

P. CHAM­BAUD

SHOP­PING. Cameron n’a pas eu à cher­cher long­temps. Mais il n’est pas re­par­ti avec son jeu.

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