Ver­sailles se­cret, la poé­sie sous les ors

Quatre pho­to­graphes couvrent jour et nuit l’ac­tua­li­té du châ­teau de Ver­sailles. Quand les vi­si­teurs sont par­tis, ils s’at­tachent à cap­ter la poé­sie des lieux. Ils nous ouvrent l’al­bum de leur Ver­sailles se­cret.

La Montagne (Vichy) - - Magdimanche - Jean-Marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france

Les quatre pho­to­graphes at­ta­chés à suivre et à do­cu­men­ter la vie du châ­teau de Ver­sailles nous convient à un mo­ment rare dans l’in­ti­mi­té d’un lieu clas­sé de­puis 30 ans au Pa­tri­moine mon­dial de l’Hu­ma­ni­té.

Pour réa­li­ser leurs plus beaux cli­chés, ils ont pous­sé toutes les portes, les plus se­crètes, les plus in­ter­dites, à toute heure du jour et de la nuit. Ils nous livrent au­jourd’hui le ré­sul­tat de leurs ba­lades à tra­vers un Ver­sailles poé­tique, sans pré­sence hu­maine, dans un bel al­bum en 272 pages que pu­blie Al­bin­Mi­chel. Dans les pas de Louis XIV, de Ma­dame de Pom­pa­dour, de Ma­rieAn­toi­nette… et de Gé­rald Van Der Kemp, l’un des conser­va­teurs qui im­pri­ma sa marque sur la bâ­tisse et sur tous ceux qui tra­vaillèrent à ses cô­tés.

L’an der­nier le même édi­teur avait pu­blié Les Jar­dins de Ver­sailles vus par le pho­to­graphe Her­vé Ter­ni­sien (272 p., 59 €). Il pour­suit au­jourd’hui l’ex­plo­ra­tion par le châ­teau, à tra­vers quatre re­gards qui se com­plètent, ceux de Ch­ris­tophe Foin, Tho­mas Gar­nier, Di­dier Saul­nier et Ch­ris­tian Mi­let.

Re­cru­té comme pho­to­graphe au châ­teau en 1979, pre­mier dans les lieux, Ch­ris­tian Mi­let, 53 ans, est pra­ti­que­ment né dans la chambre de Louis XIV. Ta­pis­sier à Ver­sailles, son père l’em­me­nait fré­quem­ment avec lui, dès ses 3 ans. Il nous guide dans « son Ver­sailles » se­cret.

■ Ma vie au châ­teau. Mon père tra­vaillait là, après avoir été ta­pis­sier au Louvre. Je pho­to­gra­phie le châ­teau de­puis que j’ai 10 ou 12 ans. C’est ma drogue ! Le plus dif­fi­cile est de conser­ver un oeil neuf, de trou­ver sans cesse de nou­veaux angles. J’ai com­men­cé à la chambre pho­to­gra­phique, en ar­gen­tique, le nu­mé­rique per­met d’ex­plo­rer d’autres voies. Je prends quelque fois le pe­tit train tou­ris­tique qui fait le tour du parc sim­ple­ment pour me mettre dans la peau d’un vi­si­teur. ■ Le châ­teau vit. Avant 1992 nous dé­pen­dions du Louvre. De­puis cette an­née­là nous sommes plus au­to­nomes, notre sta­tut d’Éta­blis­se­ment pu­blic nous a don­né la pos­si­bi­li­té de mul­ti­plier les tra­vaux, de meu­bler le châ­teau pour ar­ri­ver à l’en­semble co­hé­rent que l’on connaît au­jourd’hui. ■ Ma saison pré­fé­rée. Beau­coup de mes col­lègues pré­fèrent l’au­tomne. J’ai un faible pour l’hi­ver, quand il y a de la neige. Ce­la me rap­pelle tel­le­ment de sou­ve­nirs, quand en­fant je fai­sais de la luge dans le parc. ■ Le jour et l’heure. Le lun­di quand il n’y a per­sonne, c’est gri­sant. Le châ­teau et le Do­maine Ma­rie­An­toi­nette sont fer­més au pu­blic, nous en pro­fi­tons lar­ge­ment pour faire des pho­tos. Et mon heure pré­fé­rée : le le­ver et la tom­bée du jour, pour l’am­biance, la lu­mière. ■ La pièce. La salle des Croi­sades est celle que je pré­fère. En­tiè­re­ment en bois, d’un bois un peu miel, tout à fait dif­fé­rente du reste du châ­teau, un peu dé­ca­lé. Un en­droit où l’on est obli­gé de le­ver les yeux, où il y a des choses à voir tous les cen­ti­mètres. Une des pre­mières salles que j’ai connue quand j’étais ga­min. ■ Une oeuvre. Ma­rie­An­toi­nette « à la rose », au Pe­tit Tria­non. Un ta­bleau de Vi­gée Le Brun plein de dé­li­ca­tesse, très cham­pêtre. ■ Mon roi. For­cé­ment Louis XIV. Il a mar­qué les lieux, c’est lui qui est res­té le plus long­temps ici. Gé­rald Van Der Kemp, qui fut conser­va­teur en chef du châ­teau de 1953 à 1980, a aus­si beau­coup frap­pé ceux qui l’on connu. C’était le « pa­tron de Ver­sailles », notre Louis XIV mo­derne. Quel­qu’un d’im­po­sant, de très cha­ris­ma­tique, qui a beau­coup fait pour Ver­sailles. ■ L’at­ten­tat de juin 1978. C’est lui qui m’a fait em­bau­cher comme pho­to­graphe ici. J’ai ac­com­pa­gné mon père pour consta­ter les dé­gâts, j’ai fait des pho­tos qui ont été pu­bliées et à la suite de ce­la M. Van Der Kemp m’a

pro­po­sé le poste. J’étais tel­le­ment at­ta­ché à Ver­sailles, que ce fut un mo­ment dou­lou­reux de­vant l’am­pleur des dé­gâts. La bombe (ndlr : po­sée par deux in­dé­pen­dan­tistes bre­tons) avait ra­va­gé 8 salles de l’aile du Mi­di, le plan­cher de la ga­le­rie des ba­tailles avait été souf­flé, beau­coup d’oeuvres en­dom­ma­gées. Une ca­tas­trophe ! ■ La tem­pête de dé­cembre 1999. J’étais au coeur de l’ou­ra­gan. Je fai­sais beau­coup de films à l’époque. A 6 heures du ma­tin j’étais sur place avec ma ca­mé­ra. Les arbres tom­baient pen­dant que je fil­mais ! Apo­ca­lyp­tique ! Au Do­maine, der­rière la ferme de Ma­rie­An­toi­nette, il fal­lait une de­mi­heure pour avan­cer de quelques mètres et fran­chir les arbres en­che­vê­trés. ■ Stig­mates. La tem­pête a fait beau­coup de dé­gâts mais a per­mis la re­cons­ti­tu­tion de la fo­rêt, de toutes les par­ties boi­sées au­tour du bas­sin de Nep­tune. Les bles­sures ont été dif­fi­ciles à ci­ca­tri­ser, mais ce­la a per­mis de ré­gé­né­rer les es­paces boi­sés et de res­tau­rer ma­gni­fi­que­ment tous les bos­quets. ■

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