Vague de so­li­da­ri­té après l’in­cen­die

Di­manche 27 no­vembre. Toute la fa­mille, Sé­bas­tien, Lu­di­vine et ses quatre en­fants, en­tendent du bruit dans le ga­rage. Quelques mi­nutes plus tard, ils re­gardent leur mai­son s’em­bra­ser. Une se­maine après, les dons d’ha­bits et de meubles se comptent en mètre

La Montagne (Vichy) - - La Une - P. CHAMBAUD

AL­LIER. Il y a une se­maine, Lu­di­vine, Sé­bas­tien et leurs quatre en­fants de­vaient dor­mir en chambre d’hôte suite à l’in­cen­die de leur mai­son.

MO­BI­LI­SA­TION. L’Al­lier s’est mo­bi­li­sé pour ai­der cette fa­mille dans le be­soin. Meubles et vê­te­ments sont ar­ri­vés par ca­mions en­tiers. A leur grande sur­prise.

Quelques jours à peine après l’in­cen­die de sa mai­son, à Etrous­sat, où il vit avec sa com­pagne Lu­di­vine et ses quatre en­fants, Sé­bas­tien à des pe­tits yeux, mais les fos­settes rieuses. « Je ne de­vrais pas dire ça, mais on a presque l’im­pres­sion d’être en va­cances, ex­plique­t­il en fai­sant vi­si­ter la mai­son qu’un ha­bi­tant du vil­lage leur prête pour trois se­maines. C’est mieux qu’à la mai­son : il y a un grand ter­rain, c’est tout équi­pé… » En ri­go­lant, il re­garde ses chaus­sons. Neufs. Don­nés par le pro­prié­taire quand ils ont pris leurs quar­tiers.

Au soir de l’in­cen­die, dé­jà, la so­li­da­ri­té avait com­men­cé à se mettre en place. La fa­mille a été lo­gée dans une chambre d’hôte, juste en face de leur mai­son. Il y a même eu ba­garre entre la mai­rie, qui vou­lait prendre en charge la lo­ca­tion, et les pro­prié­taires de la chambre d’hôte, qui ont of­fert le gîte et le cou­vert. Avec, là en­core, un pe­tit air de va­cances pour les six membres de la fa­mille. « On des­cen­dait, le pe­tit­dé­jeu­ner était ser­vi… »

Le soir même, la mai­rie avait fait cher­cher des… brosses à dent. Une évi­dence pour le maire Gilles Vernay : « C’est la pre­mière chose. Il n’y avait pas moyen d’avoir de changes, c’est un mi­ni­mum de di­gni­té, pou­voir se la­ver les dents… »

Et, au bout de trois jours, cette mai­son, une ré­si­dence se­con­daire, gra­cieu­se­ment prê­tée jus­qu’au 20 dé­cembre. De quoi

voir un peu ve­nir. « On ne s’at­ten­dait pas à au­tant de confort, sou­rit Lu­di­vine. On se di­sait qu’on dor­mi­rait dans une pièce tous en­semble, pour se te­nir chaud… »

Le pre­mier ad­joint An­dré Du­pré évo­quait un ap­pel à la so­li­da­ri­té, le di­manche soir, de­vant la mai­son en­core en feu. Le lun­di ma­tin, une « cel­lule de crise » était mise en place à la mai­rie, pour com­men­cer les dé­marches. Il n’en fal­lait pas plus. « J’ai dû mettre le ho­là le lun­di après­mi­di, plai­sante Gilles Vernay, le maire. Si­non, nous

au­rions eu trois se­mi­re­morques ! » Le ves­ti­bule de la mai­son prê­té est plein de sacs divers, ha­bits, nour­ri­ture, four­ni­tures sco­laires et même… cro­quettes pour les ani­maux.

Un ga­rage plein de meubles at­tend chez un ami du couple. Et la salle du conseil de la mai­rie est, elle aus­si, pleine de car­tons. Dans le sa­lon, la fa­mille est ha­billée de pied en cape : là aus­si, tout leur a été don­né. Mais le couple est plus ha­bi­tué à don­ner qu’à re­ce­voir. Alors, ils ré­flé­chissent dé­jà à comment rendre. « Nous n’avons ja­mais

eu trop, ex­plique Sé­bas­tien. Nous fai­sons notre jar­din, nos meubles, c’était de la ré­cup… Alors, nous al­lons don­ner des choses aux écoles, à Étroussat, à Chan­telle, re­don­ner au Se­cours po­pu­laire. » « Ce n’est pas nor­mal pour nous. C’est bi­zarre, conti­nue Lu­di­vine. Nous vou­lons gar­der la tête haute. Nous ne sommes pas là à nous mor­fondre. Et là, nous sommes se­reins. »

« Un bruit de pop-corn »

Pen­dant l’en­tre­tien, l’un ou l’autre se lève, pour ré­pondre au té­lé­phone. As­su­reurs, ex­perts, une autre ba­taille com­mence. Dans la mai­son in­cen­diée, un ma­çon est ve­nu pour re­cou­vrir le toit. Il se rap­pelle le di­manche soir, un des en­fants qui en­tend « comme un bruit de pop­ corn » dans le ga­rage, et de la fu­mée qui re­flue par la hotte, dans la cui­sine. Quelques mi­nutes après, ils étaient de­hors, en chaus­settes : le feu est par­ti du ga­rage, avant de se pro­pa­ger à la mai­son.

Au­jourd’hui, il reste le mo­bi­lier, en­core hu­mide. Sur les lits, les vê­te­ments qu’il fau­dra la­ver, re­la­ver pour en­le­ver l’odeur de fu­mée en­core pré­gnante. L’in­for­ma­tique a été mise en sé­cu­ri­té par les pom­piers, mais Sé­bas­tien n’a pas osé en­core ral­lu­mer l’or­di­na­teur. Il a peur de « mettre le feu »… Quelques jours après le si­nistre, les es­ti­ma­tions vont bon train. Entre six et vingt mois d’at­tente pour re­trou­ver leur mai­son. En at­ten­dant, la mai­rie cherche une so­lu­tion dans le vil­lage, dé­marche les pro­prié­taires des mai­sons en vente. Ob­jec­tifs : qu’ils res­tent à Étroussat, où les en­fants ont leurs ha­bi­tudes.

Ha­bits, brosses à dent, four­ni­tures sco­laires… « Nous al­lons suivre leur évo­lu­tion. C’est dans 6, 8 mois qu’il pour­rait y avoir des sou­cis » GILLES VERNAY Maire d’Etrous­sat. Une voi­sine pro­pose un ca­na­pé, s’ex­cuse qu’il soit en « cuir, mais vert »

Une voi­ture s’ar­rête, se gare : You­nès El­gar­ni, son em­ployeur, la voi­ture rem­plie de dons… des clients. Une sous­crip­tion sur in­ter­net a été lan­cée au sein de l’en­tre­prise, qui dis­pose d’un ré­seau na­tio­nal. Plu­sieurs cen­taines d’eu­ros ont dé­jà été ré­col­tées, en quelques jours. Et Sé­bas­tien n’a pas à se sou­cier de son tra­vail, « il re­vient quand il veut, ex­plique You­nès El­gar­ni. Je le connais. Il ne va pas tour­ner en rond, mais s’il veut tra­vailler un jour sur deux, ou un jour sur trois, c’est à sa guise. »

Une autre voi­ture s’ar­rête. Le mo­teur tourne en­core, au mi­lieu de la rue. À la fe­nêtre, une voi­sine pro­pose un ca­na­pé, s’ex­cuse qu’il soit en « cuir, mais vert ». Sé­bas­tien rit : « Je ne vais pas prendre sur ca­ta­logue ! ». Et pro­met de ve­nir voir. Après avoir fait le point sur ce dont il a be­soin.

« Je suis fier d’être le maire d’un vil­lage aus­si so­li­daire, ter­mine Gilles Vernay. Nous n’avons pas de mots. Je n’ai même pas eu à ap­pe­ler d’autres mai­ries. Main­te­nant, nous al­lons suivre l’évo­lu­tion, jus­qu’à ce qu’ils re­tournent dans leur mai­son. C’est dans six, huit mois peut­être, qu’il pour­ra y avoir des sou­cis. » ■

PIERRE CHAMBAUD

FA­MILLE. Lu­di­vine, Do­na­tyien, Vy­vien et Ty­baud dans leur nou­veau sa­lon tem­po­raire, pen­dant que Sé­bas­tien fait le tour de la mai­son in­cen­diée. Dans le ves­ti­bule, des sacs de dons s’en­tassent.

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