L’ave­nir du fes­ti­val de théâtre de rue

La Montagne (Vichy) - - Région | Actualité - Ar­thur Ces­bron ar­thur.ces­bron@cen­tre­france.com

Quel ave­nir pour le fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de théâtre de rue d’Aurillac ? La ques­tion brûle les lèvres, ali­men­tée par les échauf­fou­rées de la 30e bis, par des di­ver­gences sur le dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té et par son coût.

La dé­ci­sion est tom­bée dé­but no­vembre et elle n’a pas contri­bué à éclair­cir la ré­flexion. Le fonds d’ur­gence du mi­nis­tère de la Culture par­ti­ci­pe­ra fi­na­le­ment à hau­teur de 180.000 € aux dé­penses liées aux me­sures de sé­cu­ri­té de la 30e bis du fes­ti­val de théâtre de rue. Pro­blème : ce dis­po­si­tif avait coû­té 260.000 €, mon­tant avan­cé par la ville à l’as­so­cia­tion or­ga­ni­sa­trice Éclat, qui gère un bud­get de 2 mil­lions d’eu­ros…

Ques­tions, po­sées no­tam­ment lors du der­nier Conseil mu­ni­ci­pal par le maire Pierre Ma­tho­nier et le pré­sident de la Com­mu­nau­té d’ag­glo­mé­ra­tion du bas­sin d’Aurillac (Ca­ba) Jacques Mé­zard : qui va payer la dif­fé­rence ? Et si ce dis­po­si­tif doit être re­con­duit en 2017, qui en as­su­me­ra la charge ? CET ÉTÉ. La ma­ni­fes­ta­tion contre ces « grilles non pas pro­tec­trices mais me­na­çantes », bon en­fant dans un pre­mier temps, avait dé­gé­né­ré en af­fron­te­ments, le 19 août.

Ces in­ter­ro­ga­tions ont noir­ci un ta­bleau dé­jà char­gé, de­puis la 30e bis. Pour­tant, le pa­ri était au­da­cieux : mal­gré les exi­gences de l’état d’ur­gence, l’am­bi­tion cultu­relle n’avait pas été re­vue à la baisse. En contre­par­tie, l’ac­cès aux scènes du fes­ti­val, et donc au centre­ville, était fil­tré, via la pré­sence de bar­rières, vi­giles et mi­li­taires en pa­trouille. Un état de fait que n’ont pas goû­té cer­tains. « La rue est aux po­li­ciers », pou­vait­on lire dans les rues au pre­mier jour du fes­ti­val, mal­gré une am­biance plu­tôt bon en­fant.

La ten­sion a ex­plo­sé le ven­dre­di 19 août au soir, lors­qu’une mo­bi­li­sa­tion contre « la mise en cage du fes­ti­val » dé­gé­nère en af­fron­te­ments. Les grilles tombent place des Carmes, où volent gaz la­cry­mo­gènes et pa­vés entre forces de l’ordre et une cen­taine de fes­ti­va­liers. « Des cas­seurs ma­ni­pu­lés », aux yeux des élus et re­pré­sen­tant de l’État, qui mar­tèlent alors : « Le dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té est in­dis­pen­sable. »

Cette tache in­dé­lé­bile sur cette 30e bis est ponc­tuée de cinq in­ter­pel­la­tions et d’une condam­na­

tion à deux mois de pri­son. « Dans cette édi­tion, on y a lais­sé des plumes », ré­agit à chaud Jean­Ma­rie Son­gy. Deux mois plus tard, le di­rec­teur ar­tis­tique du fes­ti­val ren­ché­rit dans Le Monde, où il ex­pose : « Soit on dit qu’on est fort et on conti­nue dans l’es­prit qu’on a créé. Soit on fait de l’au­to­cen­sure, on li­mite la cir­cu­la­tion des ar­tistes et des per­sonnes, on ré­duit le pé­ri­mètre, on évite le centre­ville, cer­taines rues, avec plein de contrôles, des bar­rières par­tout et mieux vaut ar­rê­ter. » La ques­tion est po­sée. Sans comp­ter qu’une autre rup­ture se des­sine : loin de la me­nace ter­ro­riste, la ten­sion se cris­tal­lise aus­si contre ces per­sonnes « qui veulent une zone de non­droit où on peut se dro­guer, s’al­coo­li­ser. Il y a une gêne gé­né­rée par une mi­no­ri­té, pour des mil­liers de fes­ti­va­liers », le pré­fet Ri­chard Vi­gnon avant son dé­part.

Deux mil­lions de re­tom­bées

Le dos­sier est dé­sor­mais sur le bu­reau de son suc­ces­seur, Isa­belle Si­ma. Elle doit ren­con­trer, au­jourd’hui, les ac­teurs du fes­ti­val (élus, or­ga­ni­sa­teurs d’Éclat…) pour faire le point. Car les ques­tions sont nom­breuses : faut­il main­te­nir, voire adap­ter, le dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té ? L’état d’ur­gence se­ra­t­il tou­jours en vi­gueur en août 2017 ? Quid des dé­ sac­cords sur la per­ti­nence de la pré­sence de bar­rières ? Tous les scé­na­rios sont mis sur la table, jus­qu’à une di­mi­nu­tion du nombre de com­pa­gnies du « off » ou du « in ». Autre ren­dez­vous im­por­tant ce mois­ci : un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’as­so­cia­tion Éclat, le 16 dé­cembre. D’au­tant plus im­por­tant que la der­nière réunion avait été par­ti­cu­liè­re­ment ten­due…

L’en­jeu, lui, est de taille pour le bas­sin au­rilla­cois : en 2013, une étude de la Ré­gion chif­frait à 2 mil­lions d’eu­ros les re­tom­bées éco­no­miques du fes­ti­val pour le ter­ri­toire (32 % pour la res­tau­ra­tion, 29 % aux com­merces, 22 % à l’hé­ber­ge­ment, 15,3 % aux ca­fés). Au­de­là de la ri­chesse cultu­relle de l’évé­ne­ment, son ave­nir a un prix. ■

Un ta­bleau char­gé, de­puis la 30e bis

Que tous les ar­tistes qui veulent se pro­duire lors du fes­ti­val d’Aurillac puissent le faire, c’est le sens de l’his­toire. Après, sa­voir si la ville a vo­ca­tion « à ac­cueillir tous les punks à chiens de la terre », comme on a pu l’en­tendre lors de la der­nière édi­tion du fes­ti­val, c’est une autre ques­tion sur la­quelle Jacques Mé­zard, pré­sident de la com­mu­nau­té d’ag­glo­mé­ra­tion, a un avis bien tran­ché : « Il ne faut pas que le fes­ti­val d’Aurillac soit un es­pace où l’on peut faire n’im­porte quoi, n’im­porte comment ». Pierre Ma­tho­nier, le maire (PS), ne dit pas autre chose. « Aurillac n’est pas une zone li­ber­taire ! Les ar­tistes n’ont pas dit ça, le pu­blic n’a pas dit ça. Il y a d’autres lieux pour faire ça. » Pierre Ma­tho­nier a de­man­dé aux élus et aux ser­vices mu­ni­ci­paux de plan­cher, en par­te­na­riat avec l’as­so­cia­tion Éclat, sur « les ajus­te­ments né­ces­saires » en ma­tière de nui­sances so­nores, de cam­ping sau­vage et de sta­tion­ne­ment des vé­hi­cules. ■

PHO­TO CH­RIS­TIAN STAVEL

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