Le bel es­prit de fa­mille

BET­TE­RAVES ■ Les bet­te­ra­viers fran­çais ont connu des ren­de­ments dé­ce­vants en 2016 pour la der­nière ré­colte avant la le­vée des quo­tas eu­ro­péens sur le sucre. NOU­VEAUX EX­PLOI­TANTS ■ 15.100 : c’est le nombre de nou­veaux ex­ploi­tants agri­coles re­cen­sés par la

La Montagne (Vichy) - - Vie rurale - Do­mi­nique Dio­gon do­mi­nique.dio­gon@cen­tre­france.com

Ins­tal­lée à Araules (Haute-Loire) de­puis 1947, la lai­te­rie Gé­rentes réus­sit, en de­hors de toute zone d’ap­pel­la­tion d’ori­gine, à va­lo­ri­ser le lait de quelque 200 éle­veurs, grâce à la mul­ti­pli­ca­tion des niches. Un es­prit de fa­mille qui per­met aux éle­veurs de mieux tra­ver­ser la crise ac­tuelle.

Dans le bourg d’Araules (Haute­Loire), dont le ter­ri­toire culmine à près de 1.400 m d’al­ti­tude, la lai­te­rie Gé­rentes fait par­tie in­té­grante du dé­cor. Son ma­ga­sin, ode à la pro­duc­tion mai­son, est ré­gu­liè­re­ment pris d’as­saut par les épi­cu­riens lo­caux qui y viennent presque les yeux fer­més.

« La lai­te­rie a été créée par mes grands­pa­rents, Ma­de­leine et Jules, en 1947. À l’ori­gine, ils étaient co­que­tiers. C’est­à­dire qu’ils al­laient de ferme en ferme pour ra­mas­ser des oeufs. Puis, ils ont ache­té du beurre, du fro­mage et de fil en ai­guille, ils ont fi­ni par col­lec­ter du lait et pro­duire beurre et fro­mages », ra­conte Di­dier Gé­rentes, qui in­carne la troi­sième gé­né­ra­tion à la tête de l’en­tre­prise, après avoir pris la suite de ses pa­rents et de ses oncles.

La pe­tite lai­te­rie d’après guerre a bien gran­di. Gé­rentes em­ploie au­jourd’hui une cen­taine de sa­la­riés et réa­lise un chiffre d’af­faires de 34 mil­lions d’eu­ros. « Il y a dix ans, nous étions à 24 mil­lions. Grâce au dé­ve­lop­pe­ment de notre ré­seau de com­mer­cia­li­sa­tion et au dé­ve­lop­pe­ment de pro­duits in­dus­triels, notre pro­gres­sion est constante », sou­ligne le Pdg.

Une vé­ri­table prouesse quand on sait que la lai­te­rie al­ti­li­gé­rienne est ins­tal­lée dans une zone de pro­duc­tion, où il n’existe au­cune AOP (Ap­pel­la­tion d’ori­gine pro­té­gée). « C’est un peu pour ça que nous sommes

obli­gés de nous dif­fé­ren­cier pour va­lo­ri­ser au mieux notre lait de mon­tagne et, par ri­co­chet, notre zone de mon­tagne et ses pro­duc­teurs. Nous mi­sons sur une di­ver­si­fi­ca­tion au­tour de pro­duits de qua­li­té, no­tam­ment dans le frais. Notre fro­mage blanc a dé­cro­ché cette an­née une mé­daille d’or au Concours gé­né­ral agri­cole, après une mé­daile d’ar­gent en 2015 et une autre en or en 2014. »

Des dis­tinc­tions qui sou­lignent l’ex­cel­lence du tra­vail me­né par la lai­te­rie et ses pro­duc­teurs avec les­quels les liens sont sou­vent an­ciens et pro­fonds. C’est que Di­dier Gé­rentes, comme ses pré­dé­ces­seurs, les connaît per­son­nel­le­ment tous. Et que ces der­niers font, pour ain­si dire, eux aus­si, par­tie de la fa­mille. « Nous avons 170 pro­duc­teurs de lait de vache, 8 de bre­bis et 12 de chèvre, énu­mère­t­il. Et on va de 40.000 litres par an à un mil­lion. »

Et après plus de deux ans d’une crise qui a vu les cours mon­diaux s’écrou­ler, les pro­duc­teurs de Gé­rentes ont fait leurs comptes. « Nous al­lons fi­nir l’an­née avec un prix moyen à 310 € la tonne, quand le prix na­tio­nal est au­tour de 280 €. Ces 30 € pour une ex­ploi­ta­tion à 400.000 litres par an, ce­la re­pré­sente au fi­nal 12.000 €. Ce­la per­met de gar­der la tête hors de l’eau. Les éle­veurs col­lec­tés par Bon­grain ne sont pas loin et nous en­vient énor­mé­ment car, eux, sont payés au prix du mar­ché », sou­ligne Jean­Ju­lien Dey­gas, le pré­sident de l’OP (or­ga­ni­sa­tion de pro­duc­teurs) de Gé­rentes.

La fixa­tion du prix payé aux pro­duc­teurs a ef­fec­ti­ve­ment de quoi faire rê­ver ceux qui tra­vaillent avec de grands groupes. « Nous pou­vons nous adres­ser di­rec­te­ment au pdg. Je doute que ce soit pa­reil avec Em­ma­nuel Bes­nier (NDLR le Pdg de

Lac­ta­lis), sou­rit Jean­Ju­lien Dey­gas. Nous avons une réunion tous les deux mois pour par­ler des vo­lumes et fixer le prix du mois en cours et du pro­chain. Nous sommes sur de la co­ges­tion, un rap­port de confiance. »

« C’est une chance pour le dé­par­te­ment d’avoir une lai­te­rie comme Gé­rentes. Ce­la per­met de main­te­nir la pro­duc­tion dans une zone plus dif­fi­cile que d’autres », en­chaîne Ni­co­las Merle, pré­sident des Jeunes agri­cul­teurs Au­vergne Rhône Alpes et pro­duc­teur de lait de chèvre pour Gé­rentes.

Un choix as­su­mé et re­ven­di­qué par le Pdg qui y voit aus­si son in­té­rêt. « La mon­tagne com­mence à 600 m d’al­ti­tude. Or, tous nos pro­duc­teurs sont ins­tal­lés à plus de 1.000 m, où les contraintes ne sont pas les mêmes. Si je des­cends trop bas en prix, est­ce que je n’au­rais pas une vague d’ar­rêts ? » ■

« Nous sommes sur de la co­ges­tion, un rap­port de confiance »

PHO­TOS THIER­RY LINDAUER

DI­VER­SI­FI­CA­TION. Le lait de mon­tagne UHT re­pré­sente 50 % des vo­lumes traités par la lai­te­rie di­ri­gée par Di­dier Gé­rentes même si les pro­duits frais re­pré­sentent un dé­bou­ché en plein dé­ve­lop­pe­ment.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.