52 épi­sode

La Montagne (Vichy) - - Au Quotidien -

Dame, il a bien fal­lu qu’il ad­mette que Ma­rie c’est pas la pre­mière à se re­trou­ver grosse à seize ans. Sûr qu’elle a pas rai­son mais puis­qu’ils veulent se ma­rier, y a moyen d’ar­ran­ger les choses. « Un re­pris de jus­tice de l’As­sis­tance. Elle au­ra ja­mais mon consen­te­ment, qu’il ar­rê­tait pas de ré­pé­ter. Plu­tôt cre­ver ! » Tu sais comment qu’il est tê­tu. Alors moi, ç’a m’éner­vait en­core plus. J’ai fi­ni par lui dire que c’était un con. – Bref, c’est à mi­nuit qu’il t’a fou­tu la claque… – Ah, nom de Dieu ! Là, j’ai vu rouge. Le seau de lait tout en­tier que j’lui ai ba­lan­cé à tra­vers la gueule. Il a pris l’arête en fer en plein dans le nez. Fal­lait voir comment que ça s’est mis à pis­ser le sang. Sur le coup, j’ai cru que je l’avais es­tour­bi pour de bon. Elle se tait. Émile re­garde ses bêtes. La ju­ment pleine dont la ma­melle lais­sait échap­per des gouttes de lait n’est pas avec les autres. Elle s’est iso­lée et se lèche les flancs. Ma­ni­fes­te­ment, la nais­sance ap­proche. – Et ce ma­tin, risque Émile, tu lui as cau­sé ? – Il a pas at­ten­du ce ma­tin. Une de­mi-heure après, c’est lui qu’est re­ve­nu, la queue entre les jambes. Le seau de lait, ça l’avait des­soû­lé. « Si tu signes pas, que j’lui ai dit, j’fous le camp. La ferme et tout le tou­tim, tu te dé­mer­de­ras tout seul. Moi, j’pars avec ma fille. » – Il t’a crue ? – Et comment qu’il m’a crue ! Il me connaît. Il sait que je le fe­rais. Et puis il sait aus­si que la moi­tié des terres viennent de mon cô­té. Ça compte. Mais c’est pas comme ça qu’il a ré­agi. Il a ré­pon­du : « Ta fille… ta fille… Et moi, alors ? – Ben oui, Ma fille, que je lui ai ré­pon­du, puisque toi tu la re­nies. – Comme tu y vas… » Là, il m’a un peu sur­prise et j’me suis dit que Ma­rie comp­tait en­core un peu pour lui. Je le connais, il est pas si mau­vais et je suis sûr que, dans le fond, il l’aime bien. On s’est ra­dou­cis tous les deux et on a cau­sé jus­qu’à 2 heures du ma­tin. Clé­mence reste plus dis­crète sur cette conver­sa­tion et donne peu de dé­tails. Émile sent qu’au­tant elle s’épan­chait avec fa­ci­li­té quand il s’agis­sait de ra­con­ter une en­gueu­lade, au­tant elle se montre ré­ti­cente à rap­por­ter des pa­roles de ré­con­ci­lia­tion. – Il re­vient en ar­rière ? – Pas en­core… mais il est prêt à ar­ran­ger les choses. – Il re­tire sa plainte ? Il donne son consen­te­ment ? – Il a pas dit oui, mais il a pas dit non. Moi, je le connais et je sens que c’est oui. – C’est pour ça que tu viens me voir ? – Oui. Tu com­prends, y a la fier­té. Faut que tu trouves un moyen pour qu’il perde pas la face. Après ce qu’il a gueu­lé par­tout, tout le monde di­rait que c’est un plat-cul et ri­go­le­rait s’il si­gnait sans condi­tions. Va le voir et trouve des ar­ran­ge­ments pour qu’il ait pas l’air d’avoir bais­sé sa cu­lotte. Pen­dant un ins­tant, Émile garde le si­lence et ob­serve la ju­ment. Chez elle, c’est net, le ventre re­cule et comble le creux des hanches, signe que le pou­lain se dé­place dans l’uté­rus. La nais­sance se pré­pare. Ques­tion de jours. (à suivre)

© Edi­tions

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.