Affaire de viol : des ver­sions contra­dic­toires

La Montagne (Vichy) - - La Une - Pierre Cham­baud vi­chy@cen­tre­france.com

Le 20 avril 2014, vers 19 h 30, So­nia (*) a-t-elle été vio­lée par Da­niel Bul­les­feld, SDF al­le­mand de pas­sage, dans une pe­tite ruelle du centre-ville de Vi­chy ? Était-elle trop ivre pour dire non ? Hier, à Mou­lins, de­vant la cour d’as­sise de l’Al­lier, les ver­sions se sont af­fron­tées, em­mê­lées, sur fond d’al­cool et de drogue.

Da­niel Bul­les­feld a le vi­sage ju­vé­nile, dans le box. Pour­tant, à 36 ans, il af­fiche un lourd pas­sé fait de drogue, d’al­cool et de nuits de­hors à tra­vers toute l’Eu­rope. Cet Al­le­mand, de pas­sage à Vi­chy, en avril 2014, a été ac­cu­sé de viol par So­nia.

Les faits se sont pro­duits en pleine rue. À ses cô­tés, Cé­dric R. com­pa­rait libre. De­puis les faits, il a trou­vé un tra­vail, est ré­in­sé­ré. Il est ac­cu­sé de ne pas avoir em­pê­ché l’acte de son « com­pa­gnon de for­tune » et de s’être ser­vi dans le sac de la vic­time.

Hier, c’est un mur d’al­cool qui s’est dres­sé entre la cour et la vé­ri­té. Ce soir d’avril 2014, les trois pro­ta­go­nistes étaient saouls. L’al­coo­lé­mie de So­nia était

im­por­tante : 2,66 grammes par litre de sang. Les deux hommes au­raient, en plus, pris de la drogue.

Un ma­ra­thon de ques­tions

Le pré­sident lit la dé­po­si­tion de la vic­time, dé­cé­dée dé­but 2016. Pen­dant l’énon­cé, les deux ac­cu­sés ré­agissent, la re­jettent du re­gard. So­nia a ex­pli­qué avoir été abor­dée, em­me­née mal­gré elle dans une ruelle. Se­lon les ac­cu­sés, ce n’est pas ce qu’ils ont

vé­cu. Et cette ver­sion ne cor­res­pond pas aux élé­ments de vi­déo­sur­veillance. Alors, le pré­sident Étienne Fra­din se concentre sur les deux tren­te­naires, en­tame un ma­ra­thon, in­ter­roge, contre­in­ter­roge, les met face à leurs contra­dic­tions, nom­breuses.

Se­lon eux, ils ont ren­con­tré une vic­time ti­tu­bante, qui les drague, leur de­mande de la drogue. Cé­dric R. a ten­té de re­ti­rer de l’ar­gent avec la carte de la vic­time et Da­niel Bul­les­feld en­tame l’acte sexuel. Il ra­conte, en al­le­mand, sa langue ma­ter­nelle. « J’ai en­le­vé le bou­ton, j’ai bais­sé le pan­ta­lon et elle s’est col­lée contre moi. Ça s’est fait en dou­ceur… » Plus tôt pen­dant l’au­dience, il a re­vu la scène : « Elle com­mu­ni­quait, elle au­rait pu dire non. Elle au­rait pu dire oui, aus­si… », s’em­mêle­til, avant de s’éner­ver, en fran­çais, « Elle peut dire non ! Elle peut dire non ! C’est pas pos­sible ! »

De son cô­té, Cé­dric R. est re­lan­cé sur des dé­cla­ra­tions faites pen­dant l’en­quête : a­t­il es­sayé de les ar­rê­ter ? Oui. « Y’avait pas de cris, de pas­sion, ex­plique­t­il. Il fal­lait ar­rê­ter, s’en al­ler. Da­niel m’a dit : “Je me dé­pêche” ». À18h30,Me Be­na­li­khoud­ja, conseil de Da­niel Bul­les­feld, re­con­naît que « sur le banc de la dé­fense, on a l’im­pres­sion que l’étau se res­serre. » Il re­grette la vi­déo­sur­veillance qui ne peut pas être dif­fu­sée du­rant l’au­dience, à cause d’un sou­ci tech­nique. Un élé­ment qu’il au­rait vou­lu uti­li­ser. ■

(*) Le pré­nom a été mo­di­fié.

PHO­TO D’AR­CHIVES RAPHAELE GI­GOT

VI­CHY. C’est de­vant ce ga­rage, en centre-ville, que la vic­time a dit avoir été vio­lée.

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