Les cri­tères du choix édi­to­rial d’une pho­to

La Montagne (Vichy) - - Médias - Mi­chel Fillière mi­chel.filliere@cen­tre­france.com

Émo­tion sur la pho­to de Fran­çois Hol­lande, à la Une de La Mon­tagne (ven­dre­di 2 dé­cembre) an­non­çant son re­non­ce­ment. Elle sym­bo­li­sait toute la dé­tresse d’un homme. Ex­pli­ca­tions sur le choix de cette image qui dé­range, ou pas.

In­for­mer est la fonc­tion es­sen­tielle de l’image. Qu’ap­porte­t­elle ? Es­telle une preuve ? Une ga­ran­tie que ce qui est écrit dans l’ar­ticle est vrai ? Face à la ba­na­li­sa­tion ico­no­gra­phique, il faut oser mon­trer. Comme La Mon­tagne l’avait fait en pu­bliant la pho­to d’Ay­lan, l’en­fant sy­rien mort sur une plage (*).

Avec pas­sion, nos lec­teurs ré­agissent à celle de Fran­çois Hol­lande illus­trant son re­non­ce­ment. Ber­nard ouvre le feu des cri­tiques : « Je trouve dé­plo­rable la pho­to af­fi­chée. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, il s’agit quand même du pré­sident de la Ré­pu­blique. Je ne suis ni

de droite, ni de gauche, mais il me semble qu’un mi­ni­mum de res­pect s’im­pose quand il s’agit du Pré­sident de tous les Fran­çais. » Alain (Riom) la trouve « in­digne, […] vous le mon­trez mi­nable ». Alain (Us­sel) aus­si : « in­digne, to­ta­le­ment dé­nuée de res­pect et d’hu­ma­ni­té ». Jean­Pierre, lui, nous re­proche « une illus­tra­tion ten­dan­cieuse ajou­tant à la des­cente aux en­fers d’un homme qui a vé­cu des ins­tants ter­ribles avec le ter­ro­risme. »

Mi­chel est par­ta­gé. Il es­time qu’elle « sus­cite un sen­ti­ment de com­mi­sé­ra­tion. Ca­drée en gros plan, dé­cou­vrant une ton­sure nais­sante, elle ne peut lais­ser de marbre tout un cha­cun po­li­ti­sé ou pas. Sa dé­ci­sion re­lève d’une prise de conscience d’une hu­mi­li­té qua­si hé­roïque. »

Et il y a ceux qui ap­pré­cient la pho­to. Comme Georges : « Hol­lande a consi­dé­ré que le pou­voir était une souf­france, cette image d’un homme seul est ex­cel­lente. » Comme Ma­ria : « Votre pho­to bien choi­sie prouve qu’il part en por­tant sur ses épaules toute la mi­sère du monde. » Comme Luc : « Ça, c’est du do­cu­ment ! »

Mu­riel fait dans le lan­gage cor­po­rel : « Voir une per­sonne bais­ser la tête peut être un signe de manque de confiance, d’abat­te­ment. En bais­sant les yeux elle peut com­mu­ni­quer un sen­ti­ment de culpa­bi­li­té ou de sou­mis­sion. ».

Sa­chant qu’une pho­to­gra­phie est un frag­ment de temps qui ne re­vien­dra pas, nous nous gar­de­rons bien de ren­trer dans une étude de com­mu­ni­ca­tion non ver­bale.

Il est temps de rap­pe­ler que dans la presse, l’image s’ins­crit comme un moyen de com­mu­ni­ca­tion ma­jeur qui vé­hi­cule un mes­sage, une in­for­ma­tion et du sens. Il ne s’agit pas de trans­mettre une vi­sion mais de tou­cher les gens à tra­vers une image. Pour­quoi donc pen­sez­vous que l’as de l’ob­jec­tif Oli­vier Föll­mi aime la pho­to­gra­phie ? « Elle per­met de vivre libre, d’al­ler vers tous les hommes, sans au­cun pré­ju­gé. » ■

➔ (*) Sur la­mon­tagne.fr. Re­lire la ru­brique du mé­dia­teur du jeu­di 10 sep­tembre 2015 in­ti­tu­lé « Toute la va­leur d’une pho­to cho­quante ».

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