Un im­pact sa­ni­taire au long cours

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités -

Plu­sieurs ré­gions fran­çaises connaissent un pic « in­ha­bi­tuel » de pol­lu­tion aux par­ti­cules fines mais la pol­lu­tion de l’air a un im­pact im­por­tant sur la san­té toute l’an­née, rap­pelle l’épi­dé­mio­lo­giste Syl­via Me­di­na.

Pour le Dr Syl­via Me­di­na, res­pon­sable du pro­gramme de sur­veillance air et san­té à l’agence San­té pu­blique France, la pol­lu­tion est une pré­oc­cu­pa­tion de tous les jours. ■ Quel est l’im­pact de la pol­lu­tion aux par­ti­cules fines ? À court terme, la pol­lu­tion pro­voque des symp­tômes plu­tôt bé­nins : ir­ri­ta­tion des yeux, de la gorge, des gênes res­pi­ra­toires. Chez les per­sonnes vul­né­rables (per­sonnes âgées, asth­ma­tiques), un re­cours aux soins peut être né­ces­saire pour des pa­tho­lo­gies res­pi­ra­toires ou car­dio­vas­cu­laires dans les jours ou les se­maines qui suivent l’ex­po­si­tion. Dans les cas les plus graves, des dé­cès peuvent in­ter­ve­nir.

À plus long terme, elle peut in­duire des ma­la­dies ch­ro­niques, res­pi­ra­toires ou car­dio­vas­cu­laires ou des can­cers du pou­mon. Chez les femmes en­ceintes, la pol­lu­tion aux par­ti­cules fines – qui est ca­pable de tra­ver­ser la bar­rière pla­cen­taire – peut en­traî­ner des nais­sances pré­ma­ tu­rées ou des bé­bés de pe­tit poids à la nais­sance. Des études ont éga­le­ment mon­tré un im­pact sur le dé­ve­lop­pe­ment cog­ni­tif chez l’en­fant et un lien pos­sible avec des ma­la­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­tives comme Alz­hei­mer ou Par­kin­son. En ce qui concerne l’asthme, elle ag­grave les cas exis­tants, mais fa­vo­rise aus­si l’ap­pa­ri­tion de nou­veaux cas, no­tam­ment chez les en­fants.

Nous es­ti­mons que la pol­lu­tion aux par­ti­cules fines en­traîne 48.000 dé­cès pré­ma­tu­rés par an en France, soit 9 % de l’en­semble des dé­cès. Sur ces dé­cès, 34.000 pour­raient être évi­tés si toutes les com­munes de France conti­nen­tale at­tei­gnaient les ni­veaux de par­ti­cules ob­ser­vées dans les 5 % de com­munes les moins pol­luées ayant le même type d’ur­ba­ni­sa­tion. ■ De quelle ma­nière les par­ti­cules fines af­fectent-elles l’or­ga­nisme et com­ment peut-on se pro­té­ger ? Les par­ti­cules fines et no­tam­ment les plus pe­tites, les PM2,5, pé­nètrent au plus pro­fond de l’ap­pa­reil res­pi­ra­toire, dans les al­véoles, puis dans la cir­cu­la­tion san­guine. Elles peuvent pro­vo­quer une in­flam­ma­tion ch­ro­nique qui peut abou­tir à la mort ou à la mu­ta­tion des cel­lules. Elles peuvent éga­le­ment contri­buer à l’épais­sis­se­ment des pa­rois des ar­tères, no­tam­ment co­ro­naires, et dé­bou­cher sur un in­farc­tus.

Pour se pro­té­ger, il faut agir sur toutes sources de pol­lu­tion (chauf­fage, tra­fic rou­tier, pol­lu­tions agri­coles et in­dus­trielles). Sur le plan in­di­vi­duel, on peut évi­ter la voi­ture, ré­duire l’uti­li­sa­tion du chauf­fage au bois qui gé­nère le plus de par­ti­cules fines. ■ Les pics de pol­lu­tion son­tils dan­ge­reux pour la san­té? Oui bien sûr, ils ont un im­pact im­por­tant, mais comme ils ne durent gé­né­ra­le­ment que quelques jours par an, leur im­pact est pro­por­tion­nel­le­ment net­te­ment moins im­por­tant que ce­lui de la pol­lu­tion ch­ro­nique. Se­lon une étude réa­li­sée entre 2007 et 2010, seule­ment 7 % des dé­cès et des hos­pi­ta­li­sa­tions car­diaques liées à la pol­lu­tion de l’air à Pa­ris ont pu être at­tri­bués aux pics, les 93 % res­tants étant dus à la pol­lu­tion ch­ro­nique.

En ce qui concerne l’épi­sode ac­tuel, dont on peut dire qu’il est « in­ha­bi­tuel », il au­ra for­cé­ment un im­pact qui com­men­ce­ra à ap­pa­raître dans nos in­di­ca­teurs dans quelques se­maines ou plus tard. ■

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