La laï­ci­té, si simple … sur le pa­pier

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - Flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com AFP

Flo­rence Ché­do­tal SIGNES RE­LI­GIEUX. Oui ou non ? port de vê­te­ments re­li­gieux, des de­mandes d’ab­sence pour fêtes re­li­gieuses… Et d’évo­quer des « re­ven­di­ca­tions de toutes les re­li­gions en hausse et des usa­gers de plus en plus exi­geants ».

En sep­tembre der­nier, 65 % des sa­la­riés di­saient avoir ob­ser­vé une pro­gres­sion des ma­ni­fes­ta­tions re­li­gieuses en 2016, se­lon une en­quête de l’Ins­ti­tut Rand­stad et de l’Ob­ser­va­toire du fait re­li­gieux en en­tre­prise. La mi­nistre tem­po­rise. Le nombre de cas pro­blé­ma­tiques reste « faible ». Pré­ci­sons qu’il n’y a pas en­core de re­cen­se­ment des in­ci­dents. La plu­part du temps, en­sei­gnait cette même en­quête, la pré­sence de la re­li­gion (ou de son in­ter­pré­ta­tion) en en­tre­prise ne gêne pas. Sauf dans quelques cas. Comme re­fu­ser de tra­vailler sous les ordres d’une femme, ou tout sim­ple­ment avec elle, faire du pro­sé­ly­tisme ou ses prières du­rant le temps de tra­vail…

Par­mi les me­sures an­non­cées et sou­hai­tées « im­mé­diates » : la mise en place d’une for­ma­tion obli­ga­toire sur la laï­ci­té pour tous les agents à leur ar­ri­vée. Au pro­gramme : des cas pra­tiques et des pi­qûres de rap­pel de la loi. An­nick Gi­rar­din sou­haite éga­le­ment que chaque ad­mi­nis­tra­tion dis­pose d’un « ré­fé­rent laï­ci­té », « joi­gnable », « de proxi­mi­té ». Pour que « toute ques­tion » trouve ré­ponse. Et « tout de suite ». Afin que les in­cer­ti­tudes n’abou­tissent pas à des « ré­ac­tions cris­pées » ou, à l’in­verse, une trop grande « pru­dence ».

La date choi­sie pour ces an­nonces ne l’a pas été au ha­sard. L’his­toire se sou­vient du 9 dé­cembre, 1905 en l’oc­cur­rence, où l’Église et l’État se sont sé­pa­rés, non sans ran­coeurs. Une loi bran­die ré­gu­liè­re­ment, mais à la­quelle on fait dire ce qu’on veut bien. Rap­pe­lons qu’il ne s’agit pas de chas­ser la re­li­gion de l’es­pace pu­blic, mais de mettre fin au ca­rac­tère of­fi­ciel de l’Église ca­tho­lique et à son fi­nan­ce­ment pu­blic. Et de lais­ser à cha­cun le droit d’exer­cer sa re­li­gion dans le res­pect des autres confes­sions, et même des athées. La loi de 1905, c’est la li­ber­té de conscience, la li­ber­té des cultes dans les limites de l’ordre pu­blic et la neu­tra­li­té de l’État. C’est « l’Église libre dans un État libre », di­sait le jeune dé­pu­té Aris­tide Briand, ci­tant Vic­tor Hu­go, lors de dé­bats qui rap­pellent cu­rieu­se­ment les nôtres.

Mais, 111 ans plus tard, sou­vent en équi­libre pré­caire, on n’a pas ré­so­lu l’épi­neuse et hy­per­sen­sible ques­tion de la laï­ci­té. Ou plus exac­te­ment, on s’en­trave dans des sym­boles parce qu’on ne sait pas vivre en­semble, faute de bon sens et de simple in­tel­li­gence.

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