Via­ger, un pla­ce­ment ou­blié

La Montagne (Vichy) - - Magazine - San­dra Ma­tho­rel ©LES FILMS DAR­GAUD

Même s’il consti­tue un mar­ché de niche, le via­ger connaît une nou­velle jeu­nesse. Ce dis­po­si­tif long­temps hon­ni gagne à être connu, d’au­tant qu’il se dé­cline en plu­sieurs for­mules pour la per­sonne qui cède son lo­ge­ment et l’ac­qué­reur.

Si le film de Pierre Tcher­nia est de­ve­nu un clas­sique du ci­né­ma fran­çais, il a aus­si contri­bué à don­ner une image gal­vau­dée du via­ger. « La du­rée moyenne d’un via­ger est de l’ordre de huit à dix ans », constate Me Da­vid Sous­san, no­taire pa­ri­sien. Ce dis­po­si­tif gagne à être connu, tant pour l’in­ves­tis­seur que pour les ven­deurs (d’un cer­tain âge, tou­te­fois). D’au­tant qu’il existe trois for­mules, ce qui lui confère une cer­taine sou­plesse : le via­ger dit « oc­cu­pé » (le plus connu), mais aus­si le via­ger libre et le via­ger sans rente (ou nue­pro­prié­té).

Pa­ri sur l’ave­nir

Le pro­cé­dé consiste à ache­ter un lo­ge­ment à une per­sonne ap­pe­lée « cré­di­ren­tière » en échange du ver­se­ment, d’une part, d’un ca­pi­tal (le bou­quet) au mo­ment de la si­gna­ture de l’acte (mais ce n’est pas obli­ga­toire) et, d’autre part, d’une rente que le ven­deur per­çoit jus­qu’à son dé­cès. L’ache­teur, ou dé­bi­ren­tier, fait donc un pa­ri sur l’ave­nir, l’ob­jec­tif étant d’ac­qué­rir un bien qui lui coûte EM­PREINTE. Le film de Pierre Tcher­nia (1972), avec Mi­chel Ser­rault dans le rôle d’un cré­di­ren­tier in­cre­vable, a contri­bué à don­ner une image gal­vau­dée du via­ger.

moins cher que s’il l’avait payé à sa va­leur de mar­ché.

Par ex­ten­sion, il sup­porte aus­si le risque de sur­payer le lo­ge­ment, puisque le prix ver­sé au to­tal dé­pend de la lon­gé­vi­té du ven­deur… Pour­tant, le mode de cal­cul de ce que doit payer l’ache­teur, fondé no­tam­ment sur l’âge du cré­di­ren­tier, consti­tue un garde­fou. « Plus le ven­deur est jeune et l’es­pé­rance de vie longue, plus la va­lo­ri­sa­tion du bou­quet et de la rente est faible », ex­plique Me Sous­san. De plus, l’ache­teur peut à tout mo­ment re­vendre un via­ger.

Dans la plu­part des cas,

le via­ger est ven­du oc­cu­pé. L’ob­jec­tif du cré­di­ren­tier est d’amé­lio­rer ses re­ve­nus grâce aux rentes, tout en conti­nuant de pro­fi­ter de son lo­ge­ment. L’ache­teur, lui, peut ré­cu­pé­rer le bien avant le dé­cès, à condi­tion d’ins­crire cette clause au contrat. « Il peut en ef­fet y vivre ou le louer dès que le cré­di­ren­tier quitte son lo­ge­ment dé­fi­ni­ti­ve­ment, par exemple pour en­trer en mai­son de re­traite », ex­plique Me Bar­ba­ra Tho­mas­Da­vid, no­taire à Pa­ris. La rente est alors ma­jo­rée, en gé­né­ral de 20 à 30 % en­vi­ron. « Il est in­té­res­sant, dans ce cas, de louer le bien, car le loyer “ef­face”

la rente », conseille Ben­ja­min Ma­bille, fon­da­teur de BM Fi­nance et spé­cia­liste du via­ger. Plus rare, le via­ger oc­cu­pé peut être ven­du avec ré­serve d’usu­fruit au pro­fit du cré­di­ren­tier, qui peut louer son lo­ge­ment plu­tôt que d’y vivre et per­ce­voir des loyers en plus de la rente.

Autre pos­si­bi­li­té, le lo­ge­ment peut être cé­dé en échange du seul bou­quet, sans ver­se­ment de rente. En réa­li­té, « il s’agit là d’ache­ter la nue­pro­prié­té en via­ger du bien », ex­plique Ben­ja­min Ma­bille. Le ven­deur conserve l’usu­fruit et peut conti­nuer de vivre dans son lo­ge­ment ou le louer. ■

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