L’art (mar­tial) de la trans­mis­sion

KA­RA­TÉ/IN­TER­NA­TIO­NAL ■ Jean­Ma­rie Gra­nouillet est de­puis no­vembre l’un des six Fran­çais juges mon­diaux

La Montagne (Vichy) - - Évasspionrtssport - Ma­rie Bey­tout

En passe d’ac­com­plir son rêve – par­ti­ci­per aux JO – en étant en­tré, lors des cham­pion­nats du monde de ka­ra­té de Linz (Au­triche) en no­vembre 2016, dans le cercle très fer­mé des ar­bitres mon­diaux, Jean-Ma­rie Gra­nouillet n’a de cesse de mar­cher dans les pas de son men­tor, Pierre Da­moi­seau, et d’agran­dir sa fa­mille.

Aus­si loin que ses sou­ve­nirs spor­tifs et ex­tra­spor­tifs le mènent, le Cler­mon­tois Jean­Ma­rie Gra­nouillet constate que son en­traî­neur de tou­jours, Pierre Da­moi­seau (pro­fes­seur di­plô­mé d’État, juge tech­nique na­tio­nal, cein­ture noire 6e Dan de ka­ra­té), « l’a em­pê­ché de mal tour­ner », « qu’il ne se­rait rien

sans lui ». Dis­cours d’une grande mo­des­tie au mo­ment de tou­cher du doigt son rêve olym­pique, c’est aus­si l’ex­pres­sion d’une his­toire réus­sie de trans­mis­sion dont l’es­sence même est de se per­pé­tuer.

Pas­sion­né de ka­ra­té de­puis ses dix ans et sa ren­contre avec Pierre et Ma­rie Da­moi­seau à l’école cler­mon­toise, Jean­Ma­rie Gra­nouillet a fait ses gammes avant de se plon­ger dans la com­pé­ti­tion com­bat. Il a été cham­pion d’Au­vergne à sept re­prises, vice­cham­pion de France et il a por­té plu­sieurs fois les cou­leurs de l’équipe de France.

Frei­né dans son par­cours par une ma­la­die au­to­im­mune qu’on lui a diag­nos­ti­quée à l’âge de 18 ans, il suit le con­seil de son pro­fes­seur de se lan­cer

dans l’ar­bi­trage. De­puis 22 ans qu’il le pra­tique, il lui a per­mis de ne ja­mais quit­ter le sport de haut ni­veau.

Un laps de temps au cours du­quel il a beau­coup vé­cu la nuit pour son tra­vail. Parce que l’ar­bi­trage est une pas­sion, mais c’est du bé­né­vo­lat. « J’étais vi­deur dans dif­fé­rentes dis­co­thèques “tra­di­tion­nelles” et “non tra­di­tion­nelles”. J’ai ap­pris à vivre avec l’avan­cée de la so­cié­té ! » « À tra­vailler dans des bouges où on ra­mas­sait les dents en fin de soi­rée… je peux écrire un livre : Mé­moire d’une vieille “hô­tesse de ren­voi” en mi­lieu noc­turne », ra­conte­t­il avec hu­mour. L’oc­ca­sion d’ap­pli­quer cer­tains sys­tèmes de dé­fense ? « Cer­tains oui, d’autres heu­reu­se­ment non ! » Et de ci­ter Bruce Lee, dans Opé­ra­tion dra­gon : « “L’art de com­battre est de ne pas vrai­ment com­battre” et je pense que c’est la meilleure so­lu­tion à une al­ter­ca­tion. » Il a donc mis à pro­fit le Zan­shin, en ja­po­nais vi­gi­lance, en­sei­gné en ka­ra­té pour pré­voir et pré­ve­nir au mieux l’im­pré­vi­sible.

Au­jourd’hui édu­ca­teur spor­tif,

c’est le res­pect qu’il veut en­sei­gner aux ga­mins. Le res­pect du lieu, de la per­sonne, des ob­jets et du temps, pour une gé­né­ra­tion qui lui semble prendre et je­ter tout aus­si fa­ci­le­ment. Alors qu’il pré­pare son 6e Dan de ka­ra­té avec Pierre et ses élèves, la chose la plus im­por­tante pour lui est de trans­mettre ce qu’il a re­çu. Avec une fa­çon bien à lui de se sen­tir re­de­vable : « Les arts mar­tiaux, on prend à droite, ça passe par le corps, ça passe par le coeur et on rend par la gauche. Et for­cé­ment, si ça pas­ se par le coeur, si on a pris quelque chose, on doit le rendre, on ne doit pas le gar­der au fond de soi­même. »

Ar­bitre 36 week­ends par an, à tra­vers la France et main­te­nant dans le monde en­tier, sa fonc­tion de juge ne peut être en­vi­sa­gée pour Jean­Ma­rie Gra­nouillet que comme une his­toire de fa­mille. Avec les autres ar­bitres d’abord, réunis par la même pas­sion, mais sur­tout avec son ex­femme Élo­die Flo­rès (son ad­jointe) et sa fille Jade (lau­réate du concours na­tio­nal de jeune ar­bitre) qui of­fi­cient elles aus­si.

Une fa­mille qui lui per­met d’en­vi­sa­ger les échéances mon­diales à ve­nir avec sé­ré­ni­té et eu­pho­rie. On va par­tir pour 3 ans jus­qu’à To­kyo où le ka­ra­té se­ra en lice. Il se­ra vé­ri­ta­ble­ment dis­ci­pline olym­pique pour les autres JO si le ca­hier des charges est rem­pli au ni­veau struc­tu­rel, au ni­veau mé­dia­tique, au ni­veau ar­bi­tral. « Je rêve d’ar­bi­trer aux jeux Olym­piques, peut­être pas à To­kyo, parce qu’il y au­ra des gens avant moi, je pense qu’il n’y au­ra que deux per­sonnes par pays. Mais je sou­haite énor­mé­ment être sur Pa­ris. Parce qu’on es­père très fort Pa­ris 2024 ! » ■

“Heu­reu­se­ment

que l’on par­tage la pas­sion de l’ar­bi­trage avec ma fille, si­non on ne se ver­rait pas beau­coup ! »

PHO­TO RÉ­MI DUGNE

COMME PÈRE FILS. « Pierre (Da­moi­seau, à gauche) est mon men­tor dans le ka­ra­té et dans l’ar­bi­trage, et c’est par­fois mon père de sub­sti­tu­tion », se ré­jouit Jean-Ma­rie Gra­nouillet.

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