Mo­ral le pré­ju­dice mo­ral ?

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités -

L’in­ter­ro­ga­toire des juges de la Cour de jus­tice de la Ré­pu­blique (CJR) a été im­pi­toyable hier pour l’an­cienne mi­nistre de l’Éco­no­mie en­ten­due dans l’af­faire Ta­pie.

Comment a­t­elle pu ac­cep­ter froi­de­ment un ar­bi­trage re­con­nais­sant à Ber­nard Ta­pie un « pré­ju­dice mo­ral » d’une gé­né­ro­si­té sans pré­cé­dent ? Ch­ris­tine La­garde a fait face, hier, à un in­ter­ro­ga­toire im­pi­toyable de la Cour de jus­tice de la Ré­pu­blique (CJR).

« Le coeur de cette af­faire, c’est quand même ce pré­ju­dice mo­ral de 45 mil­lions d’eu­ros, alors que […] le pré­ju­dice mo­ral pour la mort d’un en­fant, c’est éva­lué à 30.000 à 50.000 eu­ros. En­fin, c’est co­los­sal ! », s’in­digne la pré­si­dente de la CJR, Mar­tine Ract Ma­doux, au deuxième jour du pro­cès de l’ex­mi­nistre et ac­tuelle di­rec­trice gé­né­rale du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI).

Coup de poing

« Vous ne vous dites pas “mais je n’ai ja­mais au­to­ri­sé un pré­ju­dice mo­ral” ? », veut­elle sa­voir. « Mais ça au­rait chan­gé quoi au ni­veau ju­ri­dique ? », ré­pond CH­RIS­TINE LA­GARDE. « Mon sen­ti­ment a pos­te­rio­ri n’a pas d’im­por­tance ». « Si », ré­torque la pré­si­dente.

Ch­ris­tine La­garde, sur la dé­fen­sive. « C’est quand même un coup de poing dans l’es­to­mac, ça doit vous faire ré­agir ! », lance la pré­si­dente, qui de­puis le dé­but du pro­cès semble por­ter l’ac­cu­sa­tion.

Le mi­nis­tère pu­blic, qui était fa­vo­rable à un non­lieu, reste en re­trait.

Mar­tine Ract Ma­doux comme les juges par­le­men­taires en re­viennent tou­jours à ce « pré­ju­dice mo­ral ». Comme au dé­but du pro­cès, la di­rec­trice gé­

né­rale du FMI se re­tranche der­rière la « confiance » qu’elle porte, « à l’époque », à ses col­la­bo­ra­teurs de Ber­cy. C’est sur l’in­sis­tance de son di­rec­teur de ca­bi­net de l’époque, Sté­phane Ri­chard, que La­garde, « cu­rieuse », se­lon son propre aveu, de « voir le per­son­nage de près », avait dé­jeu­né avec Ta­pie au prin­temps 2008, pour en­tendre ses « idées » sur la bonne marche de l’éco­no­mie.

Les tra­vaux pré­pa­ra­toi­ res, avant l’ar­bi­trage, sur la pos­si­bi­li­té d’un « pré­ju­dice mo­ral » ? Ce­la se fait dans son dos. Le com­mu­ni­qué de Ber­cy qui « prend acte » de la sen­tence et pro­met que l’im­pact sur les fi­nances pu­bliques se­ra mi­nime ? Elle ne le lit pas avant dif­fu­sion.

Des ins­truc­tions ?

A­t­elle re­çu des ins­truc­tions de l’Ély­sée, où se tiennent, sans elle, des réunions sur le dos­sier Ta­pie ? « Non. » Alors re­la­ti­ve­ment no­vice en po­li­tique, a­t­elle dans son ca­bi­net une seule per­sonne dont elle se­rait réel­le­ment proche ? « Non. »

Très ra­pi­de­ment, après avoir consul­té dans un avion un dos­sier fai­sant la part belle aux ana­lyses dé­fa­vo­rables à tout re­cours, elle re­nonce à at­ta­quer la sen­tence ar­bi­trale. La Cour s’en étonne.

« At­tendre, faire du­rer les dos­siers, ça n’a ja­mais été ma pra­tique », dit­elle.

Elle a ex­pli­qué hier que son « sen­ti­ment » a pos­te­rio­ri sur l’ar­bi­trage frau­du­leux, an­nu­lé en 2015, « n’a pas d’im­por­tance ». « Si, c’est im­por­tant », in­siste la pré­si­dente. La­garde n’em­braye pas. ■

PHO­TO AFP

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