Trump fait de l’oeil à Mos­cou

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités -

Il vou­lait un homme qui sache « comment s’orien­ter dans l’ar­chi­tec­ture com­plexe des af­faires du monde et de dif­fé­rents di­ri­geants étran­gers ».

Do­nald Trump a nom­mé hier à la tête de sa di­plo­ma­tie Rex Tiller­son, le PDG du géant pé­tro­lier ExxonMo­bil et ami de la Rus­sie, un si­gnal fort du pré­sident élu qui sou­haite un ré­chauf­fe­ment des re­la­tions avec Mos­cou.

Tiller­son, 64 ans, connaît très bien la Rus­sie où, en sa qua­li­té de pa­tron du pre­mier groupe pé­tro­lier mon­dial, il a sou­vent fait des af­faires. Mais il a aus­si dé­ve­lop­pé une re­la­tion per­son­nelle avec le pré­sident russe Pou­tine.

C’est un « pro­fes­sion­nel » qui a « de bonnes re­la­tions de tra­vail » avec Vla­di­mir Pou­tine, a ré­agi le Krem­lin.

« Ferme et lu­cide »

Les re­la­tions avec Mos­cou sont au plus bas de­puis l’an­nexion de la Cri­mée et alors que la si­tua­tion en Syrie, en par­ti­cu­lier à Alep, est chaque jour plus dra­ma­tique.

« Je ne peux ima­gi­ner

une per­sonne mieux pré­pa­rée et aus­si dé­vouée, pour ser­vir en tant que se­cré­taire d’État à ce mo­ment cru­cial de notre his­toire », a dé­cla­ré Trump, ci­té dans le com­mu­ni­qué an­non­çant la no­mi­na­tion de Tiller­son. « En tant que se­cré­taire d’État, il se­ra un avo­cat ferme et lu­cide des in­té­rêts na­tio­naux vi­taux

de l’Amé­rique et il ai­de­ra à chan­ger des an­nées de mau­vaise po­li­tique étran­gère et d’ac­tions qui ont af­fai­bli la sé­cu­ri­té et la place de l’Amé­rique dans le monde », pour­suit­il.

Congrès mé­fiant ?

Le pro­chain pré­sident amé­ri­cain s’est aus­si ré­joui sur Twit­ter d’avoir choi­si l’un des plus « grands di­ri­geants d’en­tre­prise du monde » pour suc­cé­der au dé­mo­crate John Ker­ry.

Jus­ti­fiant le choix in­ha­bi­tuel d’un homme d’af­faires de l’en­ver­gure de Tiller­son pour le dé­par­te­ment d’État, l’équipe Trump sou­ligne dans son com­mu­ni­qué qu’il sau­ra « comment s’orien­ter dans l’ar­chi­tec­ture com­plexe des af­faires du monde et de dif­fé­rents di­ri­geants étran­gers ».

La confir­ma­tion de sa no­mi­na­tion risque tou­te­fois de se heur­ter à des op­po­si­tions au Congrès. Les liens de Rex Tiller­son avec la Rus­sie sont vus avec sus­pi­cion par de nom­breux élus ré­pu­bli­cains, au mo­ment même où Mos­cou est ac­cu­sé par la CIA d’avoir in­ter­fé­ré dans l’élec­tion amé­ri­caine en fa­veur de Do­nald Trump. La no­mi­na­tion de tous les mi­nistres doit être ap­prou­vée par le Sé­nat.

Car le pa­tron d’ExxonMo­bil est loin de faire l’una­ni­mi­té, y com­pris dans son camp : Vla­di­mir Pou­tine, qui lui avait re­mis en 2013 la dé­co­ra­tion russe de l’ordre de l’Ami­tié, des­ti­née aux étran­gers, « est un voyou et un as­sas­sin, je ne vois pas comment on peut être l’ami d’un an­cien agent du KGB », a no­tam­ment lan­cé le sé­na­teur ré­pu­bli­cain John McCain peu avant sa no­mi­na­tion.

L’en­tente Pa­ris-Ber­lin

Sur le plan in­ter­na­tio­nal, l’ar­ri­vée à la tête de la di­plo­ma­tie amé­ri­caine de Rex Tiller­son, qui s’est pu­bli­que­ment ex­pri­mé contre les sanc­tions im­po­sées à la Rus­sie par les Oc­ci­den­taux dans sa pré­cé­dente ca­pa­ci­té de pa­tron d’ExxonMo­bil, va aus­si à contre­cou­rant de la fer­me­té af­fi­chée par Pa­ris et Ber­lin et jus­qu’ici par l’ac­tuelle ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine.

An­ge­la Mer­kel et Fran­çois Hol­lande se sont en­core pro­non­cés hier en fa­veur de leur pro­lon­ga­tion.

Rex Tiller­son au­ra un autre su­jet brû­lant à trai­ter dès son en­trée en fonc­tion le 20 jan­vier : les re­la­tions avec la Chine. Pé­kin a lan­cé sa plus sé­vère mise en garde à ce jour hier, aver­tis­sant que toute per­sonne qui me­na­ce­rait les in­té­rêts de Pé­kin à Taï­wan « sou­lè­ve­rait un ro­cher qui lui écra­se­rait les pieds ». ■

PHO­TO AFP

REX TILLER­SON. Une re­la­tion per­son­nelle avec Pou­tine qui ne passe pas chez cer­tains ré­pu­bli­cains au Congrès.

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