Deux ans ferme re­quis pour le vol de billets

Deux quin­qua­gé­naires ont ex­pli­qué, hier, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel comment ils ont sor­ti des mil­lions d’eu­ros en billets de la pa­pe­te­rie de la Banque de France. Mais com­bien exac­te­ment ?

La Montagne (Vichy) - - La Une - PHO­TO AGNÈS GAU­DIN

PUY-DE-DÔME. Deux ex­sa­la­riés de la Banque de France et des proches ont com­pa­ru, hier, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Cler­mont­Fer­rand.

AF­FAIRE. Ils au­raient vo­lé des mil­lions d’eu­ros de billets des­ti­nés à être dé­truits. Deux ans ans de pri­son ferme ont été re­quis. Ju­ge­ment ren­du le 2 fé­vrier.

Le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Cler­mont­Fer­rand ren­dra sa dé­ci­sion le 2 fé­vrier pro­chain. Pen­dant sept heures, hier, le pré­sident Mi­chel Bous­sa­roque et ses deux as­ses­seurs ont dé­cor­ti­qué le dos­sier des billets vo­lés à la Banque de France.

Entre août 2011 et juillet 2014, deux sa­la­riés, qui ont été li­cen­ciés au mo­ment où l’af­faire a écla­té, sont sus­pec­tés d’avoir vo­lé plu­sieurs pa­quets de billets des­ti­nés à la des­truc­tion. Pour un mon­tant, très dis­cu­té à l’au­dience, es­ti­mé au mo­ment du ren­voi des deux hommes de­vant la jus­tice, entre 3,4 et 7,4 mil­lions d’eu­ros.

Aux cô­tés des deux hommes ont com­pa­ru la femme et le fils de l’un et l’ex­épouse de l’autre. Tous les trois étaient pour­sui­vis pour re­cel. 1

Les pré­ve­nus re­con­naissent mais mi­ni­misent. Se­lon Re­né M., 58 ans et Jean­Pierre G., 59 ans, tout a com­men­cé à l’été 2012. Un pa­quet de billets se­rait tom­bé d’une pa­lette que les deux hommes ma­ni­pu­laient dans « la serre », l’es­pace où sont dé­truits les billets, à la pa­pe­te­rie de Vic­le­Comte. Jean­Pierre G. dit l’avoir ra­mas­sé et mis dans le bac à dé­chets. Les deux hommes se sont re­gar­dés et sont sor­tis des lo­caux. Ils ont par­ta­gé l’ar­gent. Ils disent avoir re­pro­duit l’opé­ra­tion et pris des pa­quets de billets, « en ci­blant les cou­pures de

50 eu­ros », « six ou sept fois ». Leurs agis­se­ments ont pris fin le 7 juillet 2014, lors­qu’une contrô­leuse a si­gna­lé qu’ils avaient dé­ro­bé un sac de billets.

« En don­nant un coup de cut­ter dans le film de la pa­lette, on pou­vait plon­ger la main et at­tra­per un pa­quet de billets, en­suite on par­ta­geait », ra­conte Re­né M. Il re­con­naît s’être « fait plai­sir » avec cet ar­gent mais tem­père lorsque le pré­sident lui de­mande comment sa conjointe a pu dé­po­ser plus de 300.000 eu­ros sur dif­fé­rents comptes. Il parle « d’un hé­ri­tage et d’une do­na­tion ».

Sur les comptes en banque de Jean­Pierre G., des di­zaines de mil­liers d’eu­ros en li­quide ont été ver­sées. Lui aus­si ex­plique

que plu­sieurs dé­pôts d’es­pèces ont pu être faits « suite au dé­cès de mon père car on a trou­vé des en­ve­loppes qui conte­naient de l’ar­gent mais aus­si des Louis d’or qu’on a re­ven­dus ».

Du­rant l’au­dience, au­cun des deux hommes n’a ré­vé­lé le mon­tant exact qui a été sor­ti de la Banque de France.

La femme de Jean­Pierre G. a re­con­nu avoir été au cou­rant de la pro­ve­nance de cer­taines sommes d’ar­gent. Elle a as­su­ré avoir de­man­dé à son ma­ri, qui « vou­lait la trai­ter comme une prin­cesse et lui faire des ca­deaux », d’ar­rê­ter. Leur fils a lui aus­si confir­mé être au fait de la pro­ve­nance des billets.

L’ex­conjointe de Re­né M. – ils

se sont sé­pa­rés pen­dant l’ins­truc­tion – jure, mal­gré les 27 bor­de­reaux de dé­pôt d’es­pèces si­gnés de sa main, qu’elle ne sa­vait pas que l’ar­gent ve­nait de la Banque de France.

Au mo­ment de l’in­ter­pel­la­tion des deux em­ployés, en sep­tembre 2014, 1,8 mil­lion d’eu­ros est dé­cou­vert : 500.000 en­ter­rés dans le jar­din de l’un, 1,3 mil­lion dans un sac en­tre­po­sé chez une amie du deuxième. Tous deux re­con­naissent avoir brû­lé plu­sieurs mil­liers d’eu­ros, en­vi­ron 600.000, la veille. 2

Ce que ré­clame la Banque de France. La Banque de France, re­pré­sen­tée par Me Iweins du bar­reau de Pa­ris, ré­clame trois mil­lions d’eu­ros de pré­ju­dice ma­té­riel. « Sur les images de vi­déo­sur­veillance, on voit les trous cau­sés par le vol de pa­quet de billets dans les pa­lettes, a ex­pli­qué l’avo­cat. Nous es­ti­mons qu’ils ont dé­ro­bé 5,4 mil­lions d’eu­ros, ils ont brû­lé 600.000 eu­ros et 1,8 mil­lion a été ré­cu­pé­ré. » Et d’ajou­ter : « Il s’agit d’une fraude ré­flé­chie, or­ga­ni­sée sur plu­sieurs an­nées. » 3

Deux ans d’em­pri­son­ne­ment ferme re­quis. Le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique, Éric Maillaud, a no­tam­ment sou­li­gné que la fa­mille de Re­né M. avait « sen­si­ble­ment amé­lio­ré son ha­bi­tat et son train de vie à par­tir de 2011 ». Le couple s’est fait amé­na­ger une nou­velle cui­sine, une pis­cine et a fait plu­sieurs voyages. En plus des « 303.775 eu­ros dé­po­sés en es­pèces » sur les comptes ban­caires.

Concer­nant les époux G., le re­pré­sen­tant du mi­nis­tère pu­blic a rap­pe­lé qu’« au­cune preuve n’a été rap­por­tée sur la vente de Louis d’or ou la dé­cou­verte d’en­ve­loppes suite à un dé­cès ». Et comme chez l’autre couple, à par­tir de 2011, les re­traits par cartes ban­caires se sont ra­ré­fiés : « Il y en a 400 en 2010 et seule­ment 45 en 2014, c’est donc un autre ar­gent qui est uti­li­sé. »

Éric Maillaud a re­quis quatre ans de pri­son dont deux as­sor­tis d’un sur­sis avec mise à l’épreuve à l’en­contre des deux ex­em­ployés de la Banque de France, deux ans dont dix­huit mois avec sur­sis et mise à l’épreuve contre les épouses et six mois in­té­gra­le­ment as­sor­tis d’une mise à l’épreuve à l’en­contre du fils de Jean­Pierre G. ■

1,8 mil­lion d’eu­ros re­trou­vé au mo­ment des in­ter­pel­la­tions

PHO­TOS FRANCK BOI­LEAU

AU­DIENCE. Le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel a exa­mi­né, hier, du­rant plu­sieurs heures, comment des pa­quets de billets ont pu être vo­lés à la Banque de France.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.