Pierre-Vic­tor Lé­ger maire et ré­sis­tant sous l’Oc­cu­pa­tion

La Montagne (Vichy) - - La Une - Laurent Ber­nard

Pen­dant quatre ans, Pier­reVic­tor Lé­ger, maire de Vi­chy, a me­né ce que sa pe­tite-fille ap­pelle une double vie : ré­sis­tant, mais cour­tois avec le gou­ver­ne­ment Pé­tain.

Il y a un an, Mo­nique Blan­quet­Lé­ger dé­cide de ré­di­ger la bio­gra­phie de son grand­père, Pier­reVic­tor Lé­ger, maire de Vi­chy de 1929 à 1944 puis de 1949 à 1950, an­née de sa mort. L’an­cienne ju­riste de France Té­lé­vi­sions te­nait à ce que la bio­gra­phie sorte en 2016, en rai­son du col­loque sur l’ou­ver­ture des archives na­tio­nales sur la pé­riode 1940­1944, qui a eu lieu fin no­vembre à l’Alet­ti pa­lace. « On al­lait re­muer toute cette pé­riode, c’était le mo­ment », ex­plique­t­elle. Mo­nique Blan­quet Lé­ger s’est ap­puyée sur des archives fa­mi­liales, celles de la Ville de Vi­chy et du Dé­par­te­ment. Mais elle a aus­si re­lu l’in­té­gra­li­té des pe­tits car­nets de notes de son grand­père et éplu­ché les pro­cès­ver­baux des conseils mu­ni­ci­paux de l’époque. ■ Quel but re­cher­chez-vous ? « D’abord com­prendre.

J’avais 4 ans quand mon grand­père est mort, en 1950. Mon père par­lait peu de lui. Je suis moi­même in­tri­guée en temps que ju­riste par les per­son­nages à la char­nière de deux époques ou de deux mondes. Sa­voir com­ment on choi­sit son camp, qu’est­ce qui fait bas­cu­ler. Je trouve le per­son­nage em­blé­ma­tique de la ques­tion. » ■ L’am­bi­guï­té a pour­tant été vite ba­layée, au sor­tir de la guerre. « En 1941, il a été nom­mé par le Gou­ver­

ne­ment de Pé­tain comme maire de Vi­chy, car il était un bon ges­tion­naire. Cer­tains en ont dé­duit qu’il était com­pa­tible avec le ré­gime. C’est ce qui a cau­sé sa des­ti­tu­tion, son li­mo­geage comme il di­sait, par le co­mi­té na­tio­nal de la Li­bé­ra­tion. Pour­tant,

entre 1941 et 1944, il a en­vi­sa­gé plu­sieurs fois de dé­mis­sion­ner, car le grand écart était dif­fi­cile et il se sen­tait très me­na­cé par la mi­lice qui lui re­pro­chait de ne pas en faire as­sez pour le gou­ver­ne­ment. Mais le ré­seau de ré­sis­tance Mi­thri­date, spé­cia­li­sé dans le ren­sei­gne­ment et au­quel il ap­par­te­nait, lui a dit “non, non, non, res­tez, vous être trop pré­cieux, si un nou­veau maire est nom­mé, ce se­ra un vrai col­la­bo­ra­tion­niste”. Dans un de ses écrits, Pier­reVic­tor Lé­ger ra­conte qu’il dor­mait avec un pis­to­let char­gé, afin de se faire sau­ter la tête s’il était ar­rê­té. A sa mort, en 1950, le gé­né­ral De Gaulle a adres­sé ses condo­léances à sa veuve, c’est dire. » ■ Com­ment avez-vous pu gar­der le re­cul né­ces­saire ? « J’ai éplu­ché toutes les dé­li­bé­ra­tions du conseil mun­ci­pal, de fa­çon à avoir une ap­proche dis­tan­ciée du maire de Vi­chy, de le voir tel que ses élec­teurs le per­ce­vaient. J’ai pu consta­ter qu’il était vis­cé­ra­le­ment at­ta­ché à Vi­chy et ses ha­bi­tants. Pen­dant la pé­riode de guerre, son ob­ses­sion était de main­te­nir la ville et ses ha­bi­tants en l’état. Il fal­lait te­nir, te­nir, jus­qu’à ce que ce­la se ter­mine. » ■ Com­ment votre grand-père a-t-il réus­si sa « double vie » ? « Pierre­Vic­tor Lé­ger n’a ja­mais re­çu of­fi­ciel­le­ment ni Pé­tain, ni La­val. Il y a eu des ma­ni­fes­ta­tions à l’hô­tel de ville, comme la pres­ta­tion de ser­ment des pré­fets en 1942, mais elles n’ont ja­mais été or­ga­ni­sées par la mu­ni­ci­pa­li­té. Ce qui l’a sau­vé, c’est sa courtoisie, ce­la re­vient dans tous les écrits. Il était cour­tois en sur­face et en même temps il pou­vait sous cou­vert de cette ac­cli­ma­ta­tion, faire ce que son de­voir pro­fond lui dic­tait. Il a ca­ché des juifs, fait fa­bri­quer des faux pa­piers dans le sous­sol de la mai­rie avec la com­pli­ci­té d’un agent mu­ni­ci­pal. » ■

Pour­quoi s’être à nou­veau pré­sen­té en 1949 ?

« Il fal­lait qu’il re­çoive l’ap­pro­ba­tion des Vi­chys­sois, qu’ils le re­con­naissent pour ce qu’il était. Un an après, en 1950, il meurt. Ce n’est pas une coïn­ci­dence. La boucle était bou­clée. Il n’en pou­vait plus. Quand on voit les pho­tos de 1939, il est frin­gant. Et en 1950, il est usé. Il avait fait ve­nir Pierre Cou­lon au conseil. Son dau­phin étant en place, il a pu lâ­cher prise. » ■

➔ Dédicace. Di­manche, à 16 heures, à la li­brai­rie A la page, rue Sornin. Le livre à 19 € peut être trou­vé dans toutes les li­brai­ries de Vi­chy, et chez le mar­chand de presse du Grand Mar­ché.

« A sa mort, De Gaulle a adres­sé ses condo­léances à sa veuve, c’est dire ». MO­NIQUE LÉ­GER. Pe­tite-fille de P.-V. Lé­ger

COL­LEC­TION FA­MILLE LÉ­GER

GOU­VER­NE­MENT. Le ma­ré­chal Pé­tain et Pierre-Vic­tor Lé­ger tiennent une fille par la main, dans le parc des Sources. Une proxi­mi­té qui peut trou­bler. L’au­teure rap­pelle que le maire d’alors avait clai­re­ment choi­si le camp de la Ré­sis­tance.

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