Ex­tra­or­di­naire face­à­face La­garde­Ract Ma­doux

La Montagne (Vichy) - - France & Monde - AFP

Deux femmes puis­santes qui vivent, cha­cune, le pro­cès de leur vie : di­rec­trice gé­né­rale du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI), Ch­ris­tine La­garde, et la pré­si­dente de la Cour de jus­tice de la Ré­pu­blique (CJR), Mar­tine Ract Ma­doux, se livrent de­puis lun­di un duel ju­di­ciaire de haute te­nue.

Mar­tine Ract Ma­doux mène des in­ter­ro­ga­toires pré­cis, denses, sans con­ces­sion – « elle est cos­taude », souffle ad­mi­ra­tif un avo­cat ve­nu as­sis­ter, en spec­ta­teur, aux audiences.

Ch­ris­tine La­garde ne lui cède pas un pouce de ter­rain. La pré­si­dente pro­pose une courte pause, lui sug­gère de s’as­seoir pen­dant un ex­po­sé tech­nique : non et non.

Quand les té­moins dé­filent, l’ex­mi­nistre, qui s’est pré­pa­rée aux audiences avec des com­mu­ni­cants, prend des notes.

Ch­ris­tine La­garde est plus af­fable, Mar­tine Ract PRÉ­SI­DENTE DE LA CJR. Mar­tine Ract Ma­doux.

Ma­doux plus raide. Mais elles se res­semblent avec leurs che­ve­lures ar­gen­tées, leurs traits secs.

Des pion­nières

Elles ont le même aplomb de pion­nières : la pre­mière femme mi­nistre de l’Éco­no­mie en France, puis pre­mière di­rec­trice gé­né­rale du FMI, face à la pre­mière femme pré­si­dente de la CJR.

La ma­gis­trate is­sue de la pres­ti­gieuse Cour de cas­ sa­tion a 69 ans, La­garde en a 60. Pour cha­cune, c’est un ren­dez­vous ca­pi­tal.

La­garde n’a pas lié une éven­tuelle condam­na­tion à une dé­mis­sion du FMI, mais elle risque sa ré­pu­ta­tion et jus­qu’à un an de pri­son. Ract Ma­doux pré­side la CJR pour une an­née en­core : elle mène, sauf sur­prise, les der­niers dé­bats d’une riche car­rière.

Mère de quatre en­fants, ma­riée à un haut fonc­tion­naire, elle a entre autres pré­si­dé la cour d’ap­pel qui a condam­né Alain Jup­pé en 2004 dans l’af­faire des em­plois fic­tifs du RPR – ré­dui­sant son in­éli­gi­bi­li­té à un an contre dix en pre­mière ins­tance.

Face à Ch­ris­tine La­garde, elle porte l’ac­cu­sa­tion. Mar­di, elle l’a « bous­cu­lée » sur le « pré­ju­dice mo­ral » de 45 mil­lions ac­cor­dé à Ta­pie. « Le pré­ju­dice mo­ral pour la mort d’un en­fant, c’est éva­lué à 30.000 à 50.000 eu­ros », at­elle lâ­ché comme un coup de poi­gnard.

Ch­ris­tine La­garde qui a pré­si­dé un pres­ti­gieux ca­bi­net d’avo­cats amé­ri­cain ré­pond en « tech­ni­cienne » qui a « fait la balance » entre les avan­tages et les in­con­vé­nients d’une nou­velle ba­taille ju­di­ciaire.

La­garde va­cille

Mais Ract Ma­doux l’em­mène sur un ter­rain plus émo­tion­nel, en li­sant le brouillon d’une lettre, ja­mais en­voyée, à Ni­co­las Sar­ko­zy. Dé­but 2008, La­garde lui dit son « im­mense admiration », le ré­clame comme « guide », écrit : « Uti­lise­moi ».

La pa­tronne du FMI as­sure qu’aujourd’hui elle n’écri­rait plus tout ce­la. Elle avoue avoir su­bi les propos « co­lé­riques » du chef de l’État d’alors.

Celle qui fi­gure de­puis 2011 au clas­se­ment Forbes des dix femmes les plus puis­santes du monde semble va­ciller, pour la pre­mière fois. ■

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