Dans les fra­grances du di­vin par­fum

Sous l’Égypte an­tique, le par­fum était pré­pa­ré par les prêtres pour ho­no­rer les dieux. Au­jourd’hui, il conserve tout son mys­tère, sa ma­gie que le der­nier­né des mu­sées pa­ri­siens ex­hale. Ou­ver­ture jeu­di.

La Montagne (Vichy) - - Magdimanche -

Of­frande aux dieux puis eau mé­di­ci­nale, ins­tru­ment de sé­duc­tion, dé­sor­mais au coeur d’une in­dus­trie très dy­na­mique : le par­fum, à tra­vers son his­toire et ses in­gré­dients, dis­pose d’un nou­veau mu­sée à Pa­ris qui ou­vri­ra ses portes jeu­di 22 dé­cembre.

Le Grand Mu­sée du par­fum, ins­tal­lé dans un hô­tel par­ti­cu­lier de la rue du Fau­bourg Saint­Honoré qui a abri­té la mai­son Ch­ris­tian Lacroix, pro­pose une ex­pé­rience sen­so­rielle, re­ven­di­quant une « ap­proche dif­fé­rente et com­plé­men­taire » de celle du Mu­sée in­ter­na­tio­nal de la par­fu­me­rie à Grasse.

Le par­cours dé­rou­lé sur quatre étages fait le grand écart de l’An­ti­qui­té à la par­fu­me­rie d’au­jourd’hui.

Les re­cettes se trou­vaient sur les murs des la­bo­ra­toires à l’en­trée des py­ra­mides

Le ky­phi, qui re­monte à l’Égypte an­tique, est l’un des pre­miers par­fums dont la for­mule a été connue, ex­plique l’his­to­rienne Eli­sa­beth de Fey­deau, membre du con­seil scien­ti­fique et cultu­rel du mu­sée. « Ce par­fum était pré­pa­ré par les prêtres pour ho­no­rer les dieux. Ils se sont ren­du compte que dans sa pré­pa­ra­tion, ils trou­vaient une sorte d’apai­se­ment, et ils ont com­men­cé à le pro­po­ser

comme mé­di­ca­ment. »

Le ky­phi (qui si­gni­fie « par­fum deux fois bon »), as­so­cie les bois, les épices, les fleurs, pour une sen­teur très orien­tale. Ces par­fums, dont les re­cettes se trou­vaient sur les murs des la­bo­ra­toires à l’en­trée des py­ra­mides, étaient brû­lés, in­gé­rés ou en­core mé­lan­gés à des huiles pour des mas­sages.

Une reine sep­tua­gé­naire laide et pa­ra­ly­tique qui re­ trouve la santé et la beau­té de ses 20 ans grâce à un élixir concoc­té par un er­mite : la lé­gende de l’eau de la reine de Hon­grie est le meilleur concept marketing ja­mais in­ven­té, sou­ligne Eli­sa­beth de Fey­deau.

Contre la peste

Cette eau, qui date du 14e siècle, uti­lise le pro­cé­dé de la dis­til­la­tion mis au point par les Arabes, avec des plantes de la gar­rigue comme le thym, la mar­jo­laine, le ro­ma­rin.

Le par­fum est alors lié à la mé­de­cine, à l’hy­giène et à la lutte contre les épi­dé­mies qui dé­ciment l’Eu­rope, comme l’illustre l’his­toire du vi­naigre des quatre vo­leurs. Les quatre brigands dé­troussent les ca­davres pen­dant la peste de Tou­louse au 17e siècle sans être conta­mi­nés, grâce à une re­cette à base no­tam­ment de clous de gi­ro­ fle et d’ab­sinthe agis­sant comme an­ti­sep­tique.

D’apo­thi­caire, le par­fu­meur de­vient créa­teur à par­tir de la fin du 18e siècle, où s’ébauche un art du par­fum, au 19e et en­core plus au 20e siècle. Le par­fu­meur se li­bère des for­mules pour créer, trou­vant dans les ma­tières de syn­thèse des in­gré­dients qui viennent en­ri­chir sa pa­lette et l’aident à dé­pas­ser la na­ture.

La chi­mie per­met par exemple de re­pro­duire l’odeur du mu­guet, fleur trop fra­gile pour qu’on puisse en ex­traire le par­fum.

La par­fu­me­rie se lie à la mode. « Cette robe vous va à ra­vir, mais une larme de mon par­fum sur son our­let, et elle vous ira à mer­veille », di­sait Paul Poi­ret, pre­mier cou­tu­rier à com­mer­cia­li­ser ses propres par­fums en 1911. ■

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