La force du té­moi­gnage

La Montagne (Vichy) - - Cusset Et Agglo Vivre Son Pays -

Un vieux mon­sieur de 95 ans est ve­nu ra­con­ter à des élèves de 3e son ex­pé­rience des camps de concen­tra­tion. Sans haine. Sus­ci­tant émo­tion et com­pas­sion.

La ren­contre entre élèves et té­moins de la Deuxième Guerre mon­diale est tou­jours un mo­ment mar­quant dans une sco­la­ri­té. Elle joue même sou­vent un rôle es­sen­tiel dans la for­ma­tion des fu­turs ci­toyens.

Jeu­di, les élèves de deux classes de 3e du col­lège Cons­tan­tin­Weyer ont connu une très forte émo­tion en re­ce­vant Eu­gène Laurent, an­cien dé­por­té, au­jourd'hui âgé de 95 ans, qui a ra­con­té aux élèves la ter­rible ex­pé­rience des camps de concen­tra­tion, entre 1943 et 1945.

C’est Au­ré­lie Le­père, pro­fes­seur d’his­toire­géo­gra­phie, qui a pris l’ini­tia­tive de cette ren­contre, en pre­nant pour thème des EPI (en­sei­gne­ments pra­tiques in­ter­dis­ci­pli­naires) la né­ga­tion de l’homme au cours du XXe siècle comme en­trée pour trai­ter la ques­tion des to­ta­li­ta­rismes.

Eu­gène Laurent, ac­com­pa­gné de Ma­de­leine Bo­dez et Hen­ri Diot, membres du co­mi­té du Concours na­tion de la Ré­

sis­tance et de la Dé­por­ta­tion, a évo­qué avec force et non sans ma­lice son iti­né­raire de jeune bou­lan­ger à Saint­Gé­rand­le­Puy, ar­rê­té pour avoir re­fu­sé de par­tir au STO, le travail for­cé en Al­le­magne.

Avec la te­nue rayée des dé­por­tés

Com­mencent alors pour lui et plu­sieurs autres jeunes de l’Al­lier de longues tri­bu­la­tions et leur cor­tège de souf­frances, de la pri­son de la Mal Coif­fée, à Mou­lins, à Bu­chen­wald, à Pee­nemünde sur la mer Bal­tique pour tra­vailler à la construc­tion des V2, puis à Do­ra et à Ra­vens­brück et en­fin à leur li­bé­ra­tion par les Russes.

Ma­de­leine Bo­dez sou­ligne l’ex­tra­or­di­naire ins­tinct de sur­vie d’Eu­gène Laurent qui a lui a per­mis de sur­mon­ter toutes ces épreuves et de ré­sis­ter à sa ma­nière à cette for­mi­dable en­tre­prise de déshu­ma­ni­sa­tion qu’a été l’uni­vers concen­tra­tion­naire.

Por­teur du n° 14.537 à Bu­chen­wald, Eu­gène Laurent a connu la faim, le froid, les bru­ta­li­tés, les hu­mi­lia­tions. Il a tra­vaillé du­rant plu­sieurs mois dans les tunnels de Do­ra, vé­ri­table camp sous terre. Il a vu mou­rir au­tour de lui nombre de ca­ma­rades dé­por­tés. Il dé­crit avec l’aide de Hen­ri Diot l’or­ga­ni­sa­tion des camps, la hié­rar­chie im­pla­cable.

De­vant son jeune au­di­toire sai­si et im­pres­sion­né, il montre la te­nue rayée des dé­por­tés, la cuillère qui servait aus­si de ra­soir. Il parle sans haine, ren­dant même hom­mage à quelques ci­vils ren­con­trés ayant fait preuve d’hu­ma­ni­té.

En mars, les élèves par­ti­ci­pe­ront au concours na­tio­nal de la Ré­sis­tance et de la Dé­por­ta­tion. Nul doute que la séance de jeu­di leur au­ra four­ni ma­tière à leur ré­flexion.

Cir­cons­tance hau­te­ment sym­bo­lique : plu­sieurs élèves com­po­se­ront en Al­le­magne où ils se trou­ve­ront au mo­ment du concours à l’oc­ca­sion d’un échange sco­laire. ■

REN­CONTRE. Eu­gène Laurent face à son jeune au­di­toire at­ten­tif au ré­cit de l'an­cien dé­por­té.

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