C’était comment la pre­mière ré­pé­ti­tion ?

Les plus belles aven­tures sont ra­re­ment les plus tran­quilles. Le vio­lo­niste Phi­lippe Pierre rap­pelle les dé­buts un brin chao­tiques de l’Or­chestre d’Au­vergne qu’il n’a ja­mais quit­té, de­puis la toute pre­mière et mé­mo­rable ré­pé­ti­tion.

La Montagne (Vichy) - - Orchestre D'auvergne - Pierre-Oli­vier Feb­vret

Àpar­tir de 1981, les or­chestres poussent comme des cham­pi­gnons par­tout en France. C’est l’ap­pli­ca­tion du plan Lan­dows­ki pour la cul­ture sou­hai­té par Fran­çois Mit­te­rand. Cler­mont­Fer­rand et l’Au­vergne sautent sur l’oc­ca­sion, cher­chant à com­bler le vide lais­sé par­la ré­cente dis­pa­ri­tion d’un or­chestre com­po­sé de pro­fes­seurs et de brillants ama­teurs lo­caux.

Les concours ont lieu en oc­tobre 1981 pour une for­ma­tion Mo­zart : deux fois six vio­lons, cinq al­tos, quatre vio­lon­celles, deux contre­basses et au moins un quin­tette à vent. Le pro­jet : ne pas re­faire l’an­cien or­chestre exis­tant avec im­pos­si­bi­li­té pour le mu­si­cien de dou­bler avec un poste de pro­fes­seur au conser­va­toire. Sa­chant qu’à l’époque « le rayon de ca­che­ton » des Pa­ri­siens était as­sez res­treint (ils ai­maient ren­trer chez eux après les concerts), tout comme les mu­si­ciens de Mont­pel­lier, Tou­louse et même de Lyon. Ce­la ne

concerne pas le tout jeune Phi­lippe Pierre qui dé­barque de sa Nor­man­die avec son épouse, éga­le­ment vio­lo­niste, pour au­di­tion­ner. Ils sont re­te­nus tous les deux avec prise de fonc­tion un mois plus tard. « Ils ont te­nu la ligne, sans conces­sion sur le ni­veau et pour cette pre­mière ré­pé­ti­tion, nous n’étions que six, dont Thé­rèse Lor­rain à l’al­to et Hi­sa­shi Ono au vio­lon­celle qui sont tou­jours là eux aus­si. J’étais dé­jà un peu in­quiet car tout ce­la était chan­ce­lant et puis le choc… Jean­Louis Bar­bier avait été nom­mé chef par le mi­nis­tère. Il était seul pour me­ner l’ap­pli­ca­tion

du pro­jet, c’était une très lourde charge ad­mi­nis­tra­tive, il avait beau­coup de mé­rite, mais n’y connais­sait rien aux ins­tru­ments à cordes ». Phi­lippe Pierre n’exa­gère­t­il pas un peu ? « Pour notre pre­mière ré­pé­ti­tion, alors que nous ar­ri­vions de for­ma­tions pro­fes­sion­nelles avec cent concerts par an, il nous a fait faire des gammes. C’était dé­con­cer­tant. »

Bou­lettes et avions

Et puis d’autres concours ont eu lieu. Les fron­tières com­men­çant à être po­reuses, des mu­si­ciens fuyant le bloc de l’Est sont ar­ri­vés. « Jean­Louis Bar­bier a éga­le­ment fait ve­nir des

An­glais. L’or­chestre a mis un an à se consti­tuer dans sa forme ac­tuelle. »

Le concert d’inau­gu­ra­tion a eu lieu fin 1982. Il y a en­core du bri­co­lage et de grosses er­reurs mais l’exi­geante ligne ori­gi­nelle étant tou­jours te­nue, l’or­chestre a conti­nué d’at­ti­rer des très bons. C’est à cette époque que JeanMa­rie Tro­te­reau, qui cher­chait une place de vio­lon­celle so­lo, fait son ap­pa­ri­tion. Et pe­tit à pe­tit l’ad­mi­nis­tra­tif s’est consti­tué. « Mais on res­tait in­quiet. On glis­sait au mi­nis­tère qu’il y avait un pro­blème de ba­guette. Et il a fi­ni par nous en­voyer un chef… bien pire que le

pre­mier. » Phi­lippe Pierre l’avoue, au sein du re­mar­quable Or­chestre d’Au­vergne, « il y avait des bou­lettes et des avions qui vo­laient en ré­pé­ti­tion alors que le chef avait les yeux ri­vés sur sa montre. C’était en 1985, ça n’a du­ré que neuf mois mais l’Or­chestre a bien failli sau­ter. Je com­men­çais même à cher­cher ailleurs. Et puis le vio­lo­niste JeanJacques Kan­to­row est pas­sé par là. C’était dans sa car­rière un mo­ment où il cher­chait sa for­ma­tion propre. Il avait des contrats avec des grandes mai­sons de disque dont So­ny pour l’in­té­grale Mo­

zart. On s’est re­trou­vé du jour au len­de­main de presque rien à la fo­lie : cinq mois de tour­née à tra­vers le monde dans l’an­née, une croi­sière sur la Mé­di­ter­ra­née, le pla­teau du Grand échi­quier de Jacques Chan­cel. On n’a rien com­pris au truc sur le mo­ment mais, on pro­fi­tait juste de ce qu’il ap­por­tait de vie et de dy­na­misme et puis il a fait quelque chose de chouette : l’Or­chestre d’Au­vergne était dans un sale état mais il a dit qu’il avait un po­ten­tiel. Il a gar­dé tout le monde ! » Il a gar­dé la ligne et l’Or­chestre d’Au­vergne, entre chance et per­sé­vé­rance, était lan­cé. ■

PHO­TO P.-O. F.

EX­CEL­LENCE. L’Or­chestre d’Au­vergne, l’an­née der­nière, lors d’une grande tour­née au Ja­pon, loin très loin dans le temps et l’es­pace de la pre­mière ré­pé­ti­tion. Phi­lippe Pierre est as­sis, troi­sième à gauche.

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