Le sa­pin n’est plus ce qu’il était

La Montagne (Vichy) - - Jeux - Pau­line Ma­reix ig@cen­tre­france.com

Il trône, ma­jes­tueux, dès les pre­miers jours de dé­cembre, dans presque tous les sa­lons de France. Le sa­pin de Noël, c’est l’ac­ces­soire in­dis­pen­sable pour des fêtes de fin d’an­née réus­sies. Le sou­ve­nir d’en­fance au­quel nous sommes tous at­ta­chés. Pour­tant, d’un point de vue his­to­rique, il ne re­flète plus du tout le mes­sage d’ori­gine.

Tel qu’on le connaît au­jourd’hui, le sa­pin de Noël a to­ta­le­ment per­du sa si­gni­fi­ca­tion ori­gi­nelle. On le croit au­then­tique, mais il n’en est rien. « Un grand mal­en­ten­du ! », se­lon l’his­to­rien Fran­çois Wal­ter, au­teur de Noël, une si longue his­toire. Pour mieux le com­prendre, il faut re­mon­ter 500 ans en ar­rière…

D’abord, un arbre fes­tif que l’on dé­co­rait de pommes

En Al­sace et en Al­le­magne, on uti­li­sait dans l’es­pace pu­blic des vé­gé­taux à feuilles per­sis­tantes (buis, houx, ge­né­vrier…) pour mar­quer la pé­riode fes­tive du mois de dé­cembre, cé­lé­brer les jours qui al­laient ral­lon­ger. Des livres de comptes da­tant de dé­cembre 1521 et qui ré­gle­mentent la vente de sa­pins au mo­ment des fêtes ont bien été re­trou­vés à Sé­les­tat, en Al­sace. Dans les églises, au mo­ment de Noël, il était aus­si de tra­di­tion de dé­co­rer un arbre.

Mais du sa­pin, point en­core de trace for­melle. Au Moyen Âge, en Eu­rope du nord, il s’agis­sait plu­tôt d’un arbre fes­tif, sus­pen­du au pla­fond, sur le­quel on po­sait des bis­cuits en forme d’hos­ties et des pommes rouges. Elles sym­bo­li­saient l’arbre de la connais­sance du bien et du mal. Ce­lui qui se trou­vait dans le jar­din d’Eden et dont les ap­pé­tis­sants fruits, pour­tant dé­fen­dus, avaient fait suc­com­ber Ève.

Les arbres d’hi­ver et les traditions li­tur­giques ont fi­ni par se conden­ser et don­ner nais­sance à l’arbre de Noël. Une tra­di­tion qui nous vient d’Al­le­magne du nord et qui a ga­gné les couches po­pu­laires au XIXe siècle, bien après être en­trée dans les cours et chez la grande aris­to­cra­tie…

La France a mis un peu de temps avant de suivre cette mode. Du­rant la guerre de 1870, l’em­pe­reur Guillaume, ve­nu fê­ter Noël à Ver­sailles, y a fait ins­tal­ler deux grands arbres de Noël. Une in­ven­tion de l’oc­cu­pant par consé­quent mal per­çue des Fran­çais. Fi­na­le­ment, le sa­pin de Noël se ré­pand un peu par­tout sur le ter­ri­toire grâce à la dia­spo­ra al­sa­cienne, qui a adop­té la tra­di­tion de­puis long­temps. Il a pris son temps mais a en­fin ga­gné les terres fran­çaises…

Des sa­pins même au Bré­sil

Au­jourd’hui, fi­nies les pommes, ter­mi­nées les co­quilles de noix rem­plies d’huile pour éclai­rer l’arbre… Place aux boules en verre, en plas­tique, en mé­tal. Aux boules qui n’ont plus la forme de boules. Aux guir­landes, élec­triques, bien moins dan­ge­reuses que les bou­gies.

C’est ten­dance, mais ces re­pré­sen­ta­tions qui ont conquis le monde n’ont plus rien à voir avec le sens de dé­part. « Les gens ont be­soin de signes. D’un sa­pin, d’une crèche, d’étoiles… Car Noël, c’est avant tout une am­biance, une construc­tion so­ciale. On a amal­ga­mé ces signes sans sa­voir d’où ils ve­naient », ex­plique Fran­çois Wal­ter. Il s’étonne de voir chaque an­née des sa­pins dans l’hé­mi­sphère sud : « hal­lu­ci­nant », dit­il. Au Bré­sil, c’est vrai, pas de Noël sans bon­homme rouge et sans neige ar­ti­fi­cielle. Et le sa­pin – des thuyas ou des cy­près, en réa­li­té – est dé­co­ré dès le 1er dé­cembre. Le dé­ca­lage est to­tal. ■

PHO­TO AFP

SUS­PEN­DU. C’était en 2014. Entre mo­der­ni­té et tra­di­tion, le sa­pin des Ga­le­ries La­fayette de Pa­ris est pen­du au pla­fond, comme il y a des siècles.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.